« court », définition dans le dictionnaire Littré

court

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

court, courte

(kour, kour-t' ; usage variable pour la liaison du t ; les uns disent : un kour espace de temps ; les autres : un kour-t espace de temps ; au pluriel, même incertitude pour l's ; quelques-uns disant : les kour espaces de temps ; plus souvent : les kour-z espaces de temps) adj.
  • 1Qui a peu de longueur. Cheveux courts. Herbe courte. Manteau court. Que le chemin est court d'un palais au tombeau ! Rotrou, Bélis. V, 4. Il a bien jugé que le plus court chemin de persuader était de plaire, Guez de Balzac, liv. VI, lett. 5. J'en vis plusieurs s'approcher sur une espèce de courte allée qui séparait en deux le terre-plein, Rousseau, Hél. IV, 11.

    Anciennement, prévôt, lieutenant criminel de robe courte, juge qui porte l'habit court et l'épée, qui n'est point gradué ; ces juges étaient particulièrement établis pour la capture et le jugement des voleurs et des vagabonds.

    Terme d'anatomie. Vaisseaux courts, artères et veines qui s'étendent de la rate au grand cul-de-sac de l'estomac.

    Courte paume, courte boule, jeu de paume ou de boule renfermé dans un espace étroit, et où l'on ne pousse pas la paume, la boule de toute sa force, mais où l'on fait voir plus d'adresse en la menant en des endroits limités.

    On dit d'un homme adroit et habile, que l'herbe sera bien courte s'il ne trouve à brouter.

    Fig. Son épée est trop courte, c'est-à-dire il n'a pas assez de crédit, de capacité, de force pour… On dit dans le même sens : il a les bras trop courts.

    Tirer à la courte paille, décider par le sort au moyen de plusieurs pailles dont la plus courte assigne ce dont il s'agit à celui à qui elle échoit.

    Faire la courte échelle, présenter son dos comme marchepied à quelqu'un qui veut escalader un mur. Escalader un mur à la courte échelle. Et, figurément, faire à quelqu'un la courte échelle, lui faciliter les moyens d'arriver à son but.

    Tenir quelqu'un de court, lui laisser peu de liberté. Mme de Marsan ne fut regrettée ni des siens, ni de son mari qu'elle tenait de court, et qui demeurait riche usufruitier d'une partie de ses biens, Saint-Simon, 73, 203. Le duc de Bourgogne était peu accompagné, et de personne qui le tînt de court, Saint-Simon, 306, 3. Ne sachant à qui nous en avions, on nous tenait de plus court qu'auparavant, Rousseau, Conf. I.

    Prendre quelqu'un de court, ne pas lui laisser assez de temps pour faire la chose dont il s'agit. On l'eût pris de bien court à moins qu'il ne songeât à l'endroit où gisait cette somme enterrée, La Fontaine, Fabl. IV, 20.

    Terme de poterie. Pâte courte, pâte qui ne s'étend pas beaucoup. Cette porcelaine diffère essentiellement des autres, en ce qu'elle est faite d'une pâte plus courte, qu'elle est très dure et très solide, Raynal, Hist. phil. V, 27.

  • 2Qui a peu de taille. La trop courte beauté monta sur des patins, La coquette tendit ses lacs tous les matins, Boileau, Ép. IX. Ce peuple imitateur, ce singe de la cour A commencé depuis un jour D'humilier enfin l'orgueil de ses coiffures ; Mainte courte beauté s'en plaint, gronde, tempête, Et, pour se rallonger consultant les devins, Apprend d'eux qu'on retrouve en haussant ses patins La taille que l'on perd en abaissant la tête, Chaulieu, Pour Mme de Lassay.

    Terme de manége. Cheval court, celui dont le corps a peu de longueur du garrot à la croupe.

    Terme de chasse. Longue levrette et court lévrier.

  • 3Insuffisant. Il vint des gens qu'on n'attendait pas, et le dîner se trouva court. Le bouillon est un peu court, mettez-y de l'eau. Tu diras qu'aux coffres du roi L'argent est court comme chez moi, Boisrobert, Ép. XI. Voilà ce qu'un marchand appellerait le nécessaire, mais le nécessaire est bien court entre ceux qui trafiquent d'esprit, Diderot, Lett. à M. de Ramsay. Depuis lors mes finances ont souvent été fort courtes, mais jamais assez pour être obligé de jeûner, Rousseau, Conf. IV.

    Avoir la vue courte, ne pas voir de loin. Pour servir à ceux qui ont la vue courte, Descartes, Diopt. 2. La faiblesse de sa vue, qui était si courte qu'il ne voyait pas à dix pas, Fontenelle, l'Hôpital. Et fig. N'avoir pas assez de sagacité, de prévoyance. On dit dans le même sens : un homme à courte vue. On dit aussi : des vues courtes, il n'a que des vues courtes.

    Terme de marine. Un navire a le vent court, quand il n'atteint que difficilement, à la bordée, le point vers lequel il se dirige.

    Fig. Avoir l'esprit court. La sagesse humaine est toujours courte par quelque endroit. M. Basnage ne s'aperçoit pas, tant ses lumières sont courtes, qu'il est pris par son aveu, Bossuet, Var. déf. 1er disc. § 65. Cette religion de l'esprit, tout intellectuelle et morale, ils l'ont faite toute physique et matérielle, pour la mettre à leur brute et courte portée, Ségur, Hist. de Napol. VII, 8.

    Monnaie courte, monnaie qui n'a pas tout à fait le poids requis.

    En parlant des personnes, être court de, manquer de. Être court d'argent, de mémoire. Plus heureux cent fois que le roi Si je n'étais court de finance, Régnier, Ép. III. Et que deviendra lors cette publique estime Qui te vante partout comme un fourbe sublime Et que tu t'es acquise en tant d'occasions à ne t'être jamais vu court d'inventions ? Molière, l'Étour. III, 1. Fénelon prit Godet pour un homme sans monde, sans talents, de peu d'esprit et court de savoir, Saint-Simon, 34, 136.

    Absolument. Être court, n'avoir pas une grande portée d'esprit. C'était [Boufflers] un homme fort court, mais pétri d'honneur et de valeur, Saint-Simon, 207, 38.

  • 4Qui est de peu de durée. En hiver les jours sont courts. De quels jours assez longs peut-il borner sa vie, Que notre affection ne les trouve trop courts ? Malherbe, II, 1. Toute action, tout temps, tout lieu Était propre à penser à Dieu ; Toute heure était trop courte à cette sainte idée, Corneille, Imit. I, 18. Leur amitié fut courte autant qu'elle était rare : Le sang les avait joints, l'intérêt les sépare, La Fontaine, Fabl. IV, 18. Comptons comme très court, ou plutôt comptons comme un pur néant tout ce qui finit, Bossuet, le Tellier. Qu'importe que sa vie ait été si courte ? jamais ce qui doit finir ne peut être long, Bossuet, Duch. d'Orl. Les autres ennemis n'ont que de courtes haines, Racine, Théb. III, 6. Ces jours, si longs pour moi, lui sembleront trop courts, Racine, Bérén. IV, 5. Mais toi seul, ô mon Dieu, par siècles tu mesures Ce temps qui sous tes mains coule éternellement ; L'homme compte par jours ; tes courtes créatures Pour naître et pour mourir ont assez d'un moment, Lamartine, Harm. IV, 4.

    Courte et bonne, disent les dissipateurs en parlant de la vie. La faire courte et bonne, mener joyeuse vie en mangeant sa fortune et ruinant sa santé.

    Terme de commerce. Lettre de change à courts jours, celle qui n'a plus que peu de jours à courir. On dit de même, tirer ou remettre à courts jours, c'est-à-dire pour un terme qui doit bientôt échoir.

  • 5Avoir la courte haleine, l'haleine courte, la respiration courte, respirer peu profondément et coup sur coup ; être facilement essoufflé.
  • 6Bref. Courte harangue. Une courte réprimande. Une courte prière. [Il] s'est défait de cet esprit jaloux Avec un compliment encor plus court qu'à vous, Corneille, Tite et Bérén. III, 4. Je n'ai fait celle-ci plus longue que parce que je n'ai pas eu le loisir de la faire plus courte, Pascal, Prov. 16.

    Être court, ne pas parler longuement. Monseigneur, vous avez d'autres affaires que celles du pays de Gex, ainsi je serai court, Voltaire, Lett. Turgot, 22 déc. 1775.

    Pour le faire court, pour abréger. Et pour le faire court, Dire qu'il n'est rien…, Régnier, Sat. III. Il le prit en homme de courage, En galant homme, et, pour le faire court, En véritable homme de cour, La Fontaine, Joc. Enfin, pour faire court, l'aventure fut telle…, Mairet, Soliman, I, 1. On lui dit, pour faire court, Qu'il mette ordre à ses affaires, La Fontaine, Glout.

  • 7Prompt et facile. Les moyens les plus courts pour réussir. Le plus court expédient. Le général a plus court de céder, mais d'éviter à les avoir dans son armée [les gendarmes et mousquetaires], Saint-Simon, 471, 231.
  • 8Courte honte, refus, affront, insuccès. Il en a eu la courte honte. Qu'il serait pris ainsi qu'au trébuchet Et s'enfuirait avec sa courte honte, La Fontaine, Confid.

    L'explication de cette locution paraît être une honte avec laquelle on demeure court, on est arrêté court.

  • 9 Substantivement. Le court, ce qui est court. Savoir le court et le long d'une chose, en connaître tous les détails.

    Le plus court, le chemin le plus court. Quel est mon plus court ? En passant par là, vous prenez le plus court.

    Fig. Le plus court, ce qu'il y a de plus simple, de plus facile. Votre plus court sera, madame la mutine, D'accepter sans façon l'époux qu'on vous destine, Molière, Sgan. 1. Il faut qu'avec notre famille Nous prenions dès demain chacun une faucille ; C'est là notre plus court, La Fontaine, Fabl. IV, 22. Votre plus court est de ne dire mot, La Fontaine, Rich. Il faudrait que votre imagination nous représentât aussitôt leurs figures, elle ne le peut pas ; c'est le plus court de croire qu'ils ne sont point, Fontenelle, les Mondes, 6e soir.

  • 10Court, adv. Couper court, abréger, ou même interrompre. Et moi, pour trancher court toute cette dispute, Molière, Femmes sav. V, 3. Laissez un peu de temps agir la maladie ; Cela fait, tranchez court ; quelquefois un moment Est maître de toute une vie, La Fontaine, Quinquina, II. Coupons, morbleu, coupons court Aux erreurs de la jeunesse, Béranger, Chapons.

    Couper court à quelqu'un, le quitter brusquement ; rompre l'entretien par une parole brève et décisive.

    Se trouver court, être arrêté tout à coup dans une entreprise, faute de moyens, de ressources, de capacité. Les ressources leur ont manqué, et ils se sont trouvés court. Les souscriptions ne vinrent pas, et la compagnie se trouva court. Se trouvant court par celui-là ; C'est par l'esprit que je veux dire, La Fontaine, Nic. N'as-tu point honte, toi, de demeurer court à si peu de chose ? Molière, Scapin, I, 2. Il demeure court dans ses entreprises, Bossuet, Amb. 5. La hardiesse humaine n'aime pas à demeurer court, Bossuet, Gornay. Puisque, entreprenant de marquer ces faits, il demeure court dans la preuve, Bossuet, Var. 2e instruct. past. § 81. Si j'avais mis nos gens à bord [à terre] Sans argent et sans pierreries, Seraient-ils pas demeurés court ? La Fontaine, Fianc.

    Rester court, tout court, manquer de mémoire, être confondu. Je ne saurais plus écrire ; me voilà demeurée tout court, Sévigné, 99. J'aime mieux demeurer court sur cette demande, Bossuet, Satisf. D'où vient que son dictionnaire demeure court en celle-ci ? Bossuet, Préf. Il a la confusion de demeurer court, La Bruyère, Théophr. 27. C'est le plus petit inconvénient du monde que de demeurer court dans un sermon ou dans une harangue, La Bruyère, XII.

    Tourner court, en parlant d'un cocher qui ne se donne pas assez d'espace pour faire tourner sa voiture. Un cocher risque de verser quand il tourne court.

    Par extension. Tourner court, faire un brusque changement de direction. Il tourna tout court sur l'infanterie des Arabes, La Fayette, Zayd, Œuvres, t. I, p. 275, dans LACURNE.

    Dans un sens analogue, tomber court. Il est bon que j'imite Phoebus qui, sur la fin du jour, Tombe d'ordinaire si court Qu'on dirait qu'il se précipite, La Fontaine, Fianç.

    Tourner court, être interrompu brusquement. L'engagement fut d'abord vif, mais il tourna court ; l'avant garde russe se retira précipitamment derrière le ravin, Ségur, Hist. de Napol. IV, 8.

    Fig. Tourner court, ne pas ménager les transitions dans sa conduite, dans son langage. Ils [les hommes faibles] tournent si court quand ils changent de sentiments qu'ils ne mesurent plus leurs allures, Retz, IV, 49. Tournons tout court, et venons à la conclusion, Bossuet, Réf. On a dit un mot de Chantilly, mais cela est tombé si court qu'il n'en est plus question, Sévigné, 378.

  • 11Court-vêtu, qui a un vêtement court. Légère et court-vêtue…, La Fontaine, Fabl. VII, 10. La véritable reine reprenait un bon teint frais et vermeil, mais elle était crasseuse, court-vêtue, Fénelon, XIX, 5. D'un regard étonné j'ai vu sur les remparts Ces géants court-vêtus, automates de Mars, Voltaire, Voy. à Berlin.

    Les Orientaux chevauchent court, ils n'allongent pas leurs étriers autant que nous.

    Être pendu haut et court, être exécuté à la potence. Sinon, il consentait d'être en place publique Guindé, la hart au col, étranglé court et net, La Fontaine, Fabl. VI, 19. On le menace, on lui dit que sous peine D'être pendu, d'être mis haut et court En un gibet, il faut que sa puissance Se manifeste avant la fin du jour, La Fontaine, Belph.

  • 12Tout court, loc. adv. Sans ajouter un mot, sans plus d'explication. Il ne fut plus que messire tout court, La Fontaine, Faucon. Hé bien, monsieur tout court, et non plus monsieur de Sotenville, j'ai à vous dire que…, Molière, G. Dand. I, 4. Ce nom de Mademoiselle tout court passa ainsi dans l'esprit du monde pour être affecté à la première petite-fille de France, Saint-Simon, 227, 43.

    Brusquement, subitement. Je lisais votre lettre et je m'arrêtais tout court, Sévigné, 52. Quand il lui échappe quelque chose, elle s'arrête tout court, Sévigné, 181. Souvent l'on trouvait de l'eau en quantité qui arrêtait tout court les ouvriers et semblait devoir les rebuter pour toujours, Rollin, Hist. anc. œuvres, t. I, p. 213, dans POUGENS.

PROVERBES

On dit d'un homme peu dévot, qu'il fait courte messe et long dîner.

Courte prière pénètre les cieux, ce n'est pas la longueur, c'est la ferveur de la prière qui en fait l'efficacité.

Les plus courtes folies sont les meilleures, il convient de se retirer le plus tôt possible d'une mauvaise affaire où l'on est engagé.

Le chemin le plus long est quelquefois le plus court, c'est-à-dire, en se détournant de la route directe on évite parfois des obstacles et on arrive plus vite au but.

À vaillant homme courte épée, un homme courageux n'a pas besoin d'être bien armé, un homme habile n'a pas besoin d'être bien outillé.

REMARQUE

1. Dans le XVIIe siècle, les grammairiens ont discuté la question de savoir si une femme devait dire : je suis demeurée courte ou court. Marguerite Buffet voulait que courte fût ici un adjectif et s'accordât. Vaugelas, Chifflet, Th. Corneille ont décidé que court était adverbe et invariable ; et tel est l'usage aujourd'hui. Une femme dit : je suis demeurée court. L'interprétation de cette locution est : demeurer dans le court, sans aller jusqu'au bout.

2. Une femme doit-elle dire : je suis courte d'argent. Les mêmes grammairiens se sont partagés, Marguerite Buffet voulant qu'une femme dît : je suis courte ; et les autres : je suis court. L'Académie en fait, dans cet emploi, non un adverbe, mais un adjectif ; et la construction grammaticale ne paraît pas permettre ici un adverbe.

3. Être court d'argent, et non être à court d'argent, qui est une locution fautive, puisque rien n'y justifie la préposition à.

HISTORIQUE

XIe s. Curte la cuisse et la crope bien large, Ch. de Rol. CXIII. Espiez [ils] ont forz, et les hanstes sont curtes, ib. CCXXII.

XIIe s. Gardez bien ces messages [messagers], car lor vivres est cors, Sax. XXVII. Car joie a corte durée Qui avient par tel folor, Couci, I. Jambes [ils] ont cortes, gros les os, Rou, 14459.

XIIIe s. Chascuns l'a fiancé [promis], cours en fu li sermons, Berte, XXIII. Il les tenoient si court, que sept ou huit fois les convenoit le jour armer, Villehardouin, LXXIV. Et nequedent [cependant] il les tenoit si cours qu'il ne savoient pooir de movoir cascuns de son lieu, Chr. de Rains, p. 73. La court retient mieus le court que le lonc, Ass. de J. 46.

XVe s. Lors les seigneurs Poulains luy dirent tout court, qu'ils ne le serviroient plus en tel estat, Jeh. de Saintré, ch. 50. Incontinent le duc d'Aquitaine coupa court, Monstrelet, liv. I, ch. 134. Nous avons un de leurs prescherres Tué et lapidé à pierres ; Les autres plus en douteront ; S'en les tient court, ilz cesseront, Mart. de S. Étienne. [Il] Retourna tout court, et [je] croy que, s'il fust passé oultre deux traictz d'arc, qu'il eust été prins comme aucuns autres qui chassoient devant lui, Commines, I, 4. Et pour le vous faire court, il sejourna aucuns jours en la cité, Commines, II, 4. Et après le disner, lequel fut court et sec, monterent à cheval, Louis XI, Nouv. LXXXI. Il les convint departir, voulsissent ou non ; et moult en pesa au chevalier au tref d'argent ; mais Gulphar en fut joyeux, car il se sentoit de courte alaine, Perceforest, t. VI, f° 37. Très cher sire, bien est vrai que, quand nous eusmes esté entre vous et moy secretement ensemble, aucunes fois je vous ay moult court tenu [sollicité] de sçavoir vostre nom et dont vous estes, ib. t. I, f° 39. Pour ce ne laissent pas qu'ilz ne se mettent à la voye par devers la vieille que la jeune damoiselle et ses deux chamberieres tenoient toute courte ; car elle s'en vouloit fuyr, ib. f° 45. Lors regarde son compaignon et voit que le chevalier le tenoit si court, qu'il ne pouvoit yssir hors de l'eaue et lui avoit ja fait une playe au cousté senestre, ib. f° 52. Quant je ouy ce, si fus moult courroucé et convoiteux de sçavoir qui il estoit ; si la tins de si court [une femme] et tant la requis qu'elle me dist que c'estoit Lancelot, Lancelot du lac, t. III, f° 120.

XVIe s. Il y en a aucuns meschans, lesquels pensent estre leur plus court d'avoir en moquerie toutes religions, Calvin, Instit. 283. Et pour le faire court [en un mot], Calvin, ib. 605. Il nie plat et court que…, Calvin, ib. 573. L'ennemy ne avoyt pensée plus urgente que de sa retraicte, accompaignée de courte honte, Rabelais, Pant. IV, Nouv. prol. Si mon argent est court, je me recommanderay à voz aulmosnes, Rabelais, Épi. I. Demeurer court [à faire quelque chose], Rabelais, I, 190. Un parler court et serré, Rabelais, I, 191. Et, en estants assiegez tout court [par la neige], ils furent…, Rabelais, I, 262. Si la douleur est violente, elle est courte, Rabelais, I, 304. Ces bœufs, ayants faict leur tasche, s'arrestoient tout court, Rabelais, II, 174. Je trouvay mon plus court de gaigner les solitudes, Rabelais, II, 193. Il tenoit les soldats de plus court, estant prez des ennemis, Rabelais, III, 174. Avoir la veue courte, Rabelais, IV, 32. Pirithous ne s'en fouit point, ains retourna tout court au devant de luy, Amyot, Thésée, 38. Estant pour lors l'argent fort court à Athenes, ces amendes là estoient fort griefves, Amyot, Solon, 44. Les vivres commencerent à estre courts aux Gaulois, Amyot, Cam. 41. En ceste extreme necessité les Atheniens eurent une courte joye pour 150 galeres que l'on apperceut près d'Aegine, Amyot, Démétr. 44. Cela ne se peut pas faire des terres sableuses ; parce qu'elles sont toutes courtes et vaines [cassantes, sans consistance], Palissy, 305. Les vivres estant courts et chers, D'Aubigné, Hist. I, 212. Vienne se trouva en peu de jours courte de vivres, D'Aubigné, ib. III, 349. Les seditieux que l'on tiendra de si court qu'ilz n'oseront entreprendre…, Condé, Mémoires, p. 643. Avons esté contraints de retourner, je n'ozeray dire avecques nostre courte honte ; car elle n'a esté que trop grande, Pasquier, Lett. t. II, p. 89, dans LACURNE. Ayant un desir importun de mon retour, pour en sçavoir moy mesmes, comme l'on dit, le court ou le long, l'Amant ressuscité, p. 486, dans LACURNE. Se on ne tient jeunesse bien court, elle sera bien tost gastée, Palsgrave, p. 597. Tesmoignage de la foiblesse et insuffisance humaine, qui, à faute de bonne monnoye, employe la courte et la fausse, Charron, Sagesse, p. 220, dans LACURNE.

ÉTYMOLOGIE

Bourguig. cor ; provenç. cort ; espagn. corto ; portug. curto ; ital. corto ; du latin curtus ; sansc. krita, couper.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

COURT.
13 En termes de marin, temps court, temps qui ne permet pas de voir au loin.

HISTORIQUE

Ajoutez :

XIVe s. Il faudra qu'avec moy veigniez Pour les mener [des prisonniers] jusqu'à la court, Et que nous les tenions de court Et près de nous, Théâtre français au moyen âge, Paris, 1839, p. 317.