« mou », définition dans le dictionnaire Littré

mou

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

mou, molle [1]

(mou, mo-l') adj.
  • 1Qui cède facilement au toucher, à la pression, tout en conservant une certaine adhérence. Du fromage mou. De même que le feu terrestre partage tellement sa vertu, qu'il y a des choses qu'il fait plus fermes, et qu'il y en a d'autres qu'il rend plus molles, Bossuet, 2e serm. Pentec. 2. On apporte à l'instant ses somptueux habits, Où sur l'ouate molle éclate le tabis, Boileau, Lutr. IV. Son menton sur son sein descend à double étage, Et son corps, ramassé dans sa courte grosseur, Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur, Boileau, ib. I. … Un ruisseau qui, sur la molle arène, Dans un pré plein de fleurs lentement se promène, Boileau, Art p. I. …Mangez sur ma parole ; J'aime à voir aux lapins cette chair blanche et molle, Boileau, Sat. III. Tout ce qui est humide est en même temps mou, c'est-à-dire moins dur que ce qui est sec ; aussi n'y a-t-il de parfaitement solide que ce qui est entièrement sec, Buffon, Min. t. I, p. 43. Le canon tirait contre la maison ; mais, les pierres étant fort molles, il ne faisait que des trous et ne renversait rien, Voltaire, Charl. XII, 6.

    Poires molles, voy. POIRE.

    Terme de physique. Corps mous, ceux qui ne tendent pas à reprendre la figure que le choc ou la compression leur a fait perdre.

    Terme d'anatomie. Parties molles du corps, ensemble des chairs ou des organes qui recouvrent le squelette.

    S. m. Ce qui est mou, chose molle. …L'une voudra du mou, L'autre du dur…, La Fontaine, Mazet. …L'un demande du mou, L'autre du dur, Molière, Dép. amoureux, IV, 2.

    S. m. pl. Nom qu'on donne quelquefois aux mollusques.

  • 2 Par extension. Le temps est mou, le vent est mou, le temps est relâché, le vent est chaud et humide.
  • 3 Fig. Qui a peu de vigueur. Ce cheval est mou. Homme mou au travail.

    Qui a peu de suite, de ténacité. Cet homme est mou à servir ses amis. M. de la Poplinière, qui a du pouvoir sur cette âme molle [Thiriot], et qui a quelque intérêt que la mollesse n'aille pas jusqu'à l'ingratitude, Voltaire, Lett. Helvétius, janvier 1739.

    Il se dit aussi des choses. Et tous mes vœux pour vous seront mols et timides, Corneille, Héracl. III, 1.

    Style mou, style qui manque de vigueur.

    Terme de peinture. Touche molle, manière molle, faiblesse d'expression dans le mécanisme de l'art. Pauvre, sale, mou de touche, Diderot, Salon de 1767, Œuvres, t. XIV, p. 47, dans POUGENS.

    On dit dans le même sens : un pinceau mou.

  • 4Qui perd sa vigueur dans les plaisirs, dans une vie énervante. Les hommes sont lâches dans les petites tentations ; ils sont mous dans les plaisirs, Fénelon, t. XVII, p. 281. Savez-vous, leur dit-il, à quels ennemis vous aurez affaire ? à des hommes mous, lâches, efféminés, déjà à demi vaincus par les délices, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 147, dans POUGENS. La Grèce entière est libre, et la molle Ionie Sous un joug odieux languit assujettie, Voltaire, Brutus, I, 2. Ce peuple mou, volage et facile à fléchir, Voltaire, M. de Cés. II, 4.
  • 5Qui appartient à une âme sans vigueur. Qu'à tant de violence Il oppose, non plus une molle prudence, Mais un courage mâle, Corneille, Théod. V, 6. L'amour que j'ai pour vous hait ces molles bassesses, Corneille, Perthar. IV, 5. Et dont, à tous propos, les molles complaisances Donneraient de l'encens à mes extravagances, Molière, Mis. II, 5. N'est-ce pas ainsi qu'une molle complaisance a perdu tant de femmes, et tous les jours en perd tant d'autres ? Bourdaloue, 2e dim. après l'Épiphan. Dominic. t. I, p. 104. Je craignais beaucoup plus sa molle résistance, Racine, Alex. II, 5. Les molles faiblesses d'un cœur fragile, Massillon, Carême, Mélange. Je suis persuadé que ceux qui ont dit que je m'étais emporté dans cette dernière réponse sont les mêmes qui ont dit que mes précédentes réponses étaient molles et marquaient un ménagement trop timide, Bayle, Lett. à des Maizeaux, 23 juill. 1706. Nos mœurs sont trop molles ; j'aurais dû peindre avec des traits plus caractérisés la fierté sauvage des Tartares et la morale des Chinois, Voltaire, Lett. d'Argental, 17 septembre 1755.

    Qui éteint la vigueur de l'âme. Qui s'apprête à mourir, qui court à ses supplices, N'abaisse pas son âme à ces molles délices, Corneille, Théod. IV, 6. Ils [les grands] livrent leurs cœurs aux vaines douceurs d'une vie molle et oisive, Fléchier, Aiguillon. Vous avez eu une éducation molle, Fléchier, I, 220. …Bajazet dédaigna de tout temps La molle oisiveté des enfants des sultans, Racine, Baj. I, 1. La molle volupté, sur un lit de gazons, Satisfaite et tranquille, écoute leurs chansons, Voltaire, Henr. IX. Par la molle douceur de ses impressions [de l'amour], Voltaire, Adél. du Guesclin. II, 1. Et dont la danse molle aiguillonne aux plaisirs, Chénier, Élég. XXIX.

  • 6 Terme de marine. Se dit d'un navire qui tient mal le vent, qui va mal.

    Molle mer, mer étale, intervalle entre le flux et le reflux.

    Cordage mou, cordage lâche qui n'est pas roidi.

    S. m. Le mou d'un cordage, la partie d'un cordage qui n'est pas roidie.

    Donner du mou à une manœuvre, à un câble, en diminuer la tension. Embraquer le mou, roidir un cordage.

  • 7Bronze mou, bronze chauffé au rouge et trempé dans l'eau fraîche.
  • 8 Terme de pêche. Molle salée, morue à laquelle on n'a pas donné assez de sel.

REMARQUE

Dans le style soutenu et surtout en poésie, on dit quelquefois mol au masculin quand le mot qui suit commence par une voyelle : un mol abandon. Qui le souffre a le cœur lâche, mol, abattu, Corneille, Cinna, II, 1. Cependant, même quand le mot commence par une consonne, la poésie peut préférer mol à mou : L'affront que m'eût fait ce mol consentement, Corneille, Hor. III, 5. Au reste, autrefois mol était aussi usité que mou. S'il pardonne, il est mol, s'il se venge, barbare, Rotrou, Vencesl. I, 4. On n'en voudrait pas [de l'argent gagné au jeu], s'il était offert ; ce n'est pas cet usage mol et paisible et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche…, Pascal, Pensées, éd. LAHURE, t. I, p. 265.

HISTORIQUE

XIIe s. Si aturnad un mol mangier devant lui à son oes [à sa commodité], Rois, p. 163.

XIIIe s. Soies [sois] movans, mais non pas mos, Latini, Trésor, p. 385. Et quant li airs iert [sera] apaisiés, Et li tens cler et aesiés, Et li vens mol et delitables, la Rose, 8442. Se ge disoie d'eus parole Qui ne lor fust plaisante et mole, ib. 11002. Atant me vindrent dui [deux] vilain, Chascun un baston en sa main, Qui tant me donerent de cous Que tous les costez en ai mous, Ren. 18823.

XVe s. Par estre trop mol, les franchises de Gand se pourroient perdre qui estoient si très nobles, Froissart, II, II, 53. Tendres et mols comme un petit oison, Deschamps, Poe sies mss. f° 207. Est bon avoir grant garnison de potz plains de mol savon, le Jouvencel, f° 90, dans LACURNE.

XVIe s. Nostre corps sera cendre esteinte, et l'esprit sera espars comme le mol air, et nostre nom sera oublié avec le temps, Lanoue, 5. N'ayans autre but qu'un mol et vain plaisir exterieur, Lanoue, 205. Croupir en mols plaisirs et paresse, Lanoue, 210. Ses gents faisans plus molle garde, Montaigne, I, 28. J'admire de les veoir si doulces et molles [les guerres civiles], Montaigne, I, 170. Une beauté molle, affettée, delicate, artificielle, Montaigne, I, 177. Pour arracher de leur bouche quelque parole molle et rabaissée, Montaigne, I, 242. Ô ployables esprits, o consciences molles, Temeraires jouets des vents et des paroles, D'Aubigné, Tragiques, Princes.

ÉTYMOLOGIE

Picard, mau ; Berry, mou, mouillé, moule, mouillée ; wallon, mô, au fém. mole ; namur. mol ; Hainaut, mo ; provenç. molh ; cat. moll ; esp. mole, muele ; port. et ital. molle ; du lat. mollis, pour molvis, comme l'indiquent les formes en u du persan et du sanscrit ; pers. mardu ; sanscr. mridu. Palsgrave écrit au pluriel molz, prononcé moz, p. 25

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. MOU. Ajoutez :
9 En termes d'artillerie, on dit qu'un tir est mou, quand la charge employée est faible et que l'angle de tir est très élevé.