« philosophe », définition dans le dictionnaire Littré

philosophe

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philosophe

(fi-lo-zo-f') s. m.
  • 1Dans l'ancienne Grèce, ami de la sagesse. Il [Pythagore] est le premier qui se soit fait appeler philosophe ; avant lui, les hommes qui se livraient à la contemplation de la nature portaient le nom de sages ; il prit celui de philosophe par modestie, Bailly, Hist. astr. anc. p. 209.
  • 2Celui qui s'applique à la recherche des principes et des causes. Nulle religion que la nôtre n'a enseigné que l'homme naît en péché, nulle secte de philosophes ne l'a dit ; nulle n'a donc dit vrai, Pascal, Pens. XI, 4 ter, édit. HAVET. La vanité est si ancrée dans le cœur de l'homme qu'un soldat, un goujat, un cuisinier se vante et veut avoir ses admirateurs ; et les philosophes mêmes en veulent, Pascal, ib. II, 3. Que je méprise ces philosophes qui, mesurant les conseils de Dieu à leurs pensées, ne le font auteur que d'un certain ordre général, d'où le reste se développe comme il peut ! Bossuet, Mar.-Thér. En fait de découvertes nouvelles, il ne se faut pas trop presser de raisonner, quoiqu'on en ait toujours assez d'envie, et les vrais philosophes sont comme les éléphants, qui, en marchant, ne posent jamais le second pied à terre que le premier n'y soit bien affermi, Fontenelle, Mondes, 6e soir. Il y a eu des philosophes de cabinet en France ; et tous, excepté Montaigne, ont été persécutés, Voltaire, Dict. phil. Philosophe 1. Ce sentiment [que les bêtes ont de l'intelligence] est celui du vulgaire : il n'est combattu que par des philosophes, c'est-à-dire par des hommes qui d'ordinaire aiment mieux une absurdité qu'ils imaginent, qu'une vérité que tout le monde adopte, Condillac, Traité des anim. part. 2.

    Fig. Je crois qu'il faut un peu modérer notre enthousiasme pour le Nord ; il produit d'étranges philosophes [à propos de l'assassinat d'Ivan], Voltaire, Lettres, d'Alembert, 7 septembre 1764.

    Absolument. Au moyen âge, le philosophe, Aristote.

    Au féminin. À propos, monsieur le conseiller, vous saurez que cette philosophe [Mme du Chatelet] a gagné un préliminaire de son procès, fort important et qui paraissait désespéré, Voltaire, Lett. en vers et en prose, 72.

  • 3 Particulièrement. Celui qui s'applique à l'étude de l'homme et de la société, à l'effet de rendre ses semblables meilleurs et plus heureux. Le philosophe consume sa vie à observer les hommes, et il use ses esprits à en démêler les vices et le ridicule, La Bruyère, I. Il est bon d'être philosophe, il n'est guère utile de passer pour tel, La Bruyère, XII. Je n'accorde le titre de philosophe qu'à celui qui s'exerce constamment à la recherche de la vérité et à la pratique de la vertu, Diderot, Claude et Nér. II, 6.
  • 4Celui qui cultive sa raison, conforme sa conduite aux règles de la saine morale, et affermit son âme contre les coups du sort. Pour détromper ma sœur, et lui faire connaître Ce que son philosophe à l'essai pouvait être, Molière, Femm. sav. v, 5. Voilà tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux [les divertissements] ; et ceux qui font sur cela les philosophes… ne connaissent guère notre nature, Pascal, Pens. IV, 1. Écoutez à ce propos [la vanité des choses humaines] le profond raisonnement non d'un philosophe qui dispute dans une école, ou d'un religieux qui médite dans un cloître…, Bossuet, Duch. d'Orl. Qu'il y a de différence entre être philosophe et parler de philosophie ! Voltaire, Lett. Mme Denis, 24 août 1751.

    Au féminin. …à votre fille aînée On voit quelque dégoût pour les nœuds d'hyménée ; C'est une philosophe enfin ; je n'en dis rien, Molière, F. sav. II, 8. J'apprends que l'on vient d'imprimer deux nouveaux mémoires sur la vie de cette philosophe [Ninon], Voltaire, Mél. litt sur Mlle de Lenclos. J'imagine que votre grand'maman [la duchesse de Choiseul] est une vraie philosophe, Voltaire, Lett. à Mme du Deffant, 25 mai 1770.

  • 5Celui qui mène une vie tranquille et retirée, hors de l'embarras des affaires. Il n'y a rien qui coûte moins à acquérir aujourd'hui que le nom de philosophe : une vie obscure et retirée, quelques dehors de sagesse, avec un peu de lecture, suffisent pour attirer ce nom à des personnes qui s'en honorent, Dumarsais, Œuv. t. VI, p. 25.
  • 6En un sens particulier, celui qui ne reconnaît pas la révélation. Ce royaume autrefois le soutien de la foi, et la plus pure portion de son Église, devenu par la licence des discours et l'impiété des sentiments, le théâtre d'honneur des philosophes et des incrédules, Massillon, Carême, Mot. de conv. Troisvilles fréquenta les toilettes ; le pied lui glissa ; de dévot il devint philosophe, Saint-Simon, 133, 222.

    Nom donné, en particulier dans le XVIIIe siècle, à des hommes qui cultivaient la philosophie et la faisaient servir au renversement des anciennes opinions. On avait assuré le roi de Danemark que les philosophes étaient mauvaise compagnie, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 19 déc. 1768. Je suis quelquefois tenté de dire du titre de philosophe ce que Jacques Rosbif dit de celui de Monsieur, dans la comédie du Français à Londres : Je ne veux point de ce titre-là, il y a trop de faquins qui le portent, D'Alembert, ib. 8 juin 1770. Il y avait à l'Académie quatre hommes désignés sous le nom de philosophes, étiquette odieuse dans ce temps-là, Marmontel, Mém. VII.

  • 7Dans les colléges et lycées, étudiant en philosophie.
  • 8Alchimiste. Les principes des philosophes sont le sel, le soufre et le mercure.

    Huile des philosophes, huile d'olive dont on imbibe des briques rougies au feu.

    Poudre des philosophes, la poudre de projection.

  • 9 Adj. Qui est philosophe. La religion seule fait quelquefois des conversions surprenantes et des changements miraculeux, mais elle ne fait guère toute une vie égale et uniforme, si elle n'est entée sur un naturel philosophe, Fontenelle, Des Billettes. La plupart des femmes et des courtisans n'observèrent autre chose dans cette reine philosophe [Christine], sinon qu'elle n'était pas coiffée à la française, et qu'elle dansait mal, Voltaire, Louis XIV, 6. Je désirerais de voir cette question proposée à tous les philosophes de l'Europe par le plus philosophe des souverains, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 27 nov. 1777. Le grand défaut de ce siècle philosophe est de ne l'être pas encore assez, D'Alembert, Lett. à J. J. Rouss. Et sur le même plan l'amour nous voit rangés ; C'est un dieu philosophe, il est sans préjugés, De Bièvre, Séducteur, I, 5.
  • 10Il se dit quelquefois pour philosophique, mais en ce sens il vieillit. Et je crois qu'à la cour, de même qu'à la ville Mon flegme est philosophe autant que votre bile, Molière, Mis. I, 1. Qu'il a bien découvert son âme mercenaire ! Et que peu philosophe est ce qu'il vient de faire ! Molière, F. sav. V, 5. Quand ils [Platon et Aristote] se sont divertis à faire leurs Lois et leur Politique, ils l'ont fait en se jouant ; c'était la partie la moins philosophe et la moins sérieuse de leur vie ; la plus philosophe était de vivre simplement et tranquillement, Pascal, Pens. VI, 52. Il [Mazarin] mourut au bois de Vincennes avec une fermeté beaucoup plus philosophe que chrétienne, La Fayette, Hist. de Mme Henriette, 1re part. Il me semble que la mort du roi d'Angleterre [Charles Il] devient plus philosophe et anglaise que chrétienne et catholique, Sévigné, 7 mars 1685. D'un œil philosophe et tranquille Tu vois les intrigues des cours, Bernis, Ép. 2, Mœurs.

HISTORIQUE

XIIIe s. Et si a en ceste cité moult de philosophes et moult de mires [médecins], Marc Pol, p. 489.

XIVe s. Le philosophe [Aristote] dist ou [au] premier des Elenches, H. de Mondeville, f° 7.

XVe s. Jà tant ne montera la niceté du peuple, que nom de philosophe très honorable et très saint ne demeure, Christine de Pisan, Hist. de Ch. V, III, 64. Ce bon mareschal se peut bien appeler philosophe d'armes, c'est à dire amateur de la science d'icelle, Hist. de Bouciq. IV, 6.

XVIe s. Veistes vous oncques chien rencontrant quelque os medulaire ? c'est, comme dict Platon, la beste du monde plus philosophe, Rabelais, Garg. Prol. Les femmes philosophes qui se mesloient à leur secte [des cyniques], Montaigne, II, 352. Vous verrez au long aller ce beau nom de poete venir au nonchaloir du peuple, ainsi que celuy de philosophe que l'on adapte maintenant à ces tireurs de quint-essence, Pasquier, Lett. t. I, p. 26.

ÉTYMOLOGIE

Prov. philosophe ; espagn. et ital. filosofo ; du lat. philosophus ; grec, φιλόσοφος, composé de φίλος, qui aime, et σοφία, sagesse, lequel est de même radical que le lat. sapus, habile, sapere, savoir.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PHILOSOPHE. Ajoutez :
11Un des noms de l'argilah ou cicogne à sac (voy. ARGILAH au Supplément). Le public, frappé de la gravité de sa démarche et de l'air penseur de son crâne dénudé, lui a donné le nom plus pittoresque de philosophe ou d'adjudant, Journ. offic. 18 mars 1874, p. 2094, 2e col.