« quiconque », définition dans le dictionnaire Littré

quiconque

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

quiconque

(ki-kon-k'), pronom masc. indéfini, ou plutôt nom général de personne ; il n'a point de pluriel.
  • 1Qui que ce soit qui, toute personne qui. Il passe pour tyran, quiconque s'y fait maître [à Rome], Corneille, Cinna, II, I. Quiconque est riche est tout ; sans sagesse il est sage, Boileau, Sat. VIII. Dès que l'impression fait éclore un poëte, Il est l'esclave né de quiconque l'achète, Boileau, ib. IX. Quiconque est capable de mentir est indigne d'être compté au nombre des hommes, Fénelon, Tél. III. Quiconque flatte ses maîtres les trahit, Massillon, Pet. carême, Tent. des gr. Le mépris qu'on doit à quiconque se cache d'un homme pour le diffamer, Rousseau, Lett. à M.... Corresp. t. II, p. 125, dans POUGENS.
  • 2Quiconque a été employé absolument. Il y en a qui se laissent tellement aller à une envie de railler de toutes choses et de quiconque, qu'ils le font sans ménagement et sans égard, Bourdaloue, Retraite spirit. 6e jour. Est-ce une fonction à remplir pour une femme d'âge ? je le demande à quiconque, Bayard Et Duvert, le Mari de la femme de chœur, I, 3.
  • 3La règle est de ne pas mettre, après quiconque, il dans la proposition principale, et cependant plusieurs auteurs l'ont mis. Quand on a dit quiconque, il ne faut pas dire il après, quelque distance qu'il y ait entre deux ; par exemple : quiconque veut vivre en homme de bien et se rendre heureux en ce monde et en l'autre, doit… et non pas il doit, Vaugelas, Rem. t. II, p. 508, dans POUGENS. Certes quiconque a vu pleuvoir dessus nos têtes Les funestes éclats des plus grandes tempêtes… En ce miracle seul il peut assez connaître…, Malherbe, II, 1. Quiconque ne résiste pas à ses volontés, il est injuste au prochain, Bossuet, Serm. Quinq. 1. Quiconque veut prier, il doit commencer par se mettre dans le cœur cette parole…, Bossuet, Médit. sur l'Évang. 2e part. 7e jour. Quiconque, fût-il maître de l'univers, s'éloigne de la règle et de la sagesse, il s'éloigne du seul bonheur où l'homme puisse aspirer sur la terre, Massillon, Pet. carême, Malh. des grands.

    Malgré la décision des grammairiens, cela ne peut être considéré comme une faute quand la phrase est longue.

    Il faut nécessairement mettre il, quand le verbe de la proposition principale est au subjonctif. Quiconque, en pareil cas, se croit haï des cieux, Qu'il considère Hécube, il rendra grâce aux dieux, La Fontaine, Fabl. X, 13. Quiconque ne sait pas dévorer un affront, Ni de fausses couleurs se déguiser le front, Loin de l'aspect des grands qu'il s'écarte, qu'il fuie ! Racine, Esth. III, 1.

    Semblablement, quiconque peut correspondre à une phrase principale où il est représenté par un régime direct ou indirect. Quiconque s'obstine à n'avoir point d'autre fin dans le mal que le mal même, nous rompons avec lui ; cela est diabolique ; voilà qui est sans exception d'âge, de sexe, de qualité, Pascal, Prov. VII.

  • 4Quiconque est de la troisième personne ; on le trouve cependant quelquefois de la seconde personne ; et cela, bien placé, peut être imité. Ô bienheureuse intelligence, Puissance quiconque tu sois, Dont la fatale diligence Préside à l'empire françois, Malherbe, II, 4. Ô quiconque des deux avez versé son sang, Ne vous préparez plus à me percer le flanc, Corneille, Rodog. V, 4.
  • 5Quiconque est masculin de sa nature ; mais, dans quelques phrases, il faut absolument mettre au féminin l'adjectif qui s'y rapporte. Quiconque prend un mari doit s'attendre à lui être soumise. Dans une classe de jeunes filles on dira : Quiconque sera paresseuse ou babillarde sera punie.
  • 6Quiconque, renfermant une idée de pluralité, a été quelquefois traité comme un pluriel. Quiconque n'est pas d'accord avec la règle, elle les repousse et les condamne ; quiconque vient se heurter contre cette rectitude inflexible, il faut qu'elle les rompe et les brise, Bossuet, Sermons, édit. GANDAR, Haine de la vérité, 3.

HISTORIQUE

XIIe s. Kikiunkes sunt paien, ensi servent…, Job, p. 442. E fist pruveires [prêtres] à ses ydles [idoles] servir de trestuz les plus bas del people e del frapin ; kar qui ki unches volsissent estre pruveires as ydles, tut curant serreient receud, Rois, p. 290.

XIIIe s. Quiconques est esqueliers à Paris, il puet avoir tant de vallés et de aprentis comme il li plaist, Livre des mét. 112.

XVIe s. Quiconque n'en sçait autre chose, Aussi peu qu'une taupe il voit, Marot, III, 264. Quiconque sois des dieux, cesse d'avoir envie Que deux si beaux soleils fassent luire ma vie, Desportes, Diane, II, 51. Quelle impudence sera-ce, si quelcun, quiconque qu'il soit, veut usurper le mesme honneur ? Calvin, Instit. 852. Il a en execration ce titre, de quiconque il soit usurpé, Calvin, ib. 908. Depuys ce temps, caphart quiconques n'est ausé entrer en mes terres, Rabelais, Garg. I, 45. Il ne perd occasion quiconques de acquerir et amasser biens et richesses, Rabelais, Pant. III, 37. Tant y a que quiconque en soit l'aucteur et inventeur…, Montaigne, II, 138. Quiconques soyent ceux qui font estat d'aller faire la guerre au païs d'autrui, qu'ils facent une bonne provision de vertu, Lanoue, 189.

ÉTYMOLOGIE

Lat. quicumque.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

QUICONQUE. Ajoutez : - REM. On trouve quiconque il soit, pour quel qu'il soit. Je le conjure [l'évêque, mon successeur], quiconque il soit, de résider avec vous, visiter son diocèse…, Richelieu, Lett. etc. 1619, t. VII, p. 425.