« singe », définition dans le dictionnaire Littré

singe

Définition dans d'autres dictionnaires :

Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

singe

(sin-j') s. m.
  • 1Nom vulgaire de tout mammifère faisant partie de la famille des singes, dans l'ordre des quadrumanes ; animal qui dans sa conformation ressemble le plus à l'homme et qui est très imitateur. Ennuyé de la plume, il la quitta soudain, Et fit danser un singe au faubourg Saint-Germain, Corneille, l'Illus. com. I, 3. Le lion, pour bien gouverner, Voulant apprendre la morale, Se fit un beau jour amener Le singe, maître ès arts chez la gent animale, La Fontaine, Fabl. XI, 5. D'un joli singe et d'un beau perroquet, on n'en fait qu'un sot homme, Fénelon, t. XIX, p. 56. Un auteur va mettre au grand jour L'utile et la profonde histoire Des singes qui sont à la foire, Et de ceux qui vont à la cour, Voltaire, Lett. au roi de Pr. 1er fév. 1773. J'appelle singe un animal sans queue, dont la face est aplatie, dont les dents, les mains, les doigts et les ongles ressemblent à ceux de l'homme, et qui, comme lui, marche debout sur ses deux pieds, Buffon, Quadrup. t. VII, p. 2. Il y a une espèce d'huîtres qu'on appelle taclovo, qui pèsent plusieurs livres et qui sont souvent ouvertes sur le rivage ; or, le singe craignant que, quand il veut les manger, elles ne lui attrapent la patte en se refermant, il jette une pierre dans la coquille qui l'empêche de se refermer ; et ensuite il mange l'huître sans crainte, Buffon, Quadrup. t. VII, p. 82. Les singes sont tout au plus des gens à talent que nous prenons pour des gens d'esprit, Buffon, Nat. des anim.

    Singes anthropomorphes, singes ayant la forme humaine, le gorille, l'orang-outang.

    Les faux singes, nom donné quelquefois aux lémuriens, qui forment la famille inférieure des singes.

    Par exagération. Il ressemble à un singe, il est laid comme un singe, il a le visage d'un singe, il est extrêmement laid.

    Malin, malicieux comme un singe, très malin. Malicieux comme un vieux singe, et envieux comme un chien, Scarron, Rom. com. I, 5. Un certain niais qui a l'air plat et bête, mais qui a de l'esprit comme un démon, et qui est plus malin qu'un vieux singe, Diderot, le Neveu de Rameau.

    Adroit comme un singe, très adroit. Il est adroit comme un singe au moins, Dancourt, la Désolat. des joueuses, sc. 5.

    Il est fourni d'argent comme un singe de queue, il n'en a point du tout, par allusion aux singes sans queue.

    Dire la patenôtre du singe, faire craquer les dents les unes contre les autres.

    Je suis un trop vieux singe pour qu'on m'apprenne ce que c'est que grimace, c'est-à-dire j'ai trop d'expérience pour ne pas reconnaître ce qui est grimace, démonstration, sous-entendu.

    Monnaie de singe, grimaces.

    Payer en monnaie de singe, se moquer de celui à qui l'on doit, au lieu de le satisfaire, le leurrer de belles paroles et de fausses promesses ; locution qui vient de ce que les montreurs de singe, au lieu de payer le péage, faisaient gambader leur singe devant le péager (voy. l'historique).

  • 2 Fig. Il se dit d'une personne à qui on attribue l'apparence, le caractère du singe. Si tu savais l'indignité que ce vieux singe de Farfadel vient de me faire, Dancourt, Foire de St-Germain, sc. 20. Un petit singe à face de Thersite, Au sourcil noir, à l'œil noir, au teint gris, Bel esprit faux qui hait les bons esprits, Voltaire, Épît. 82. Une converse, infante douairière, Singe voilé, squelette octogénaire, Gresset, Ver-vert, IV.
  • 3 Fig. Celui qui contrefait, qui imite. Les plus excellentes choses sont sujettes à être copiées par de mauvais singes, Molière, Préc. Préf. Écolier ou plutôt singe de Bourdaloue, Boileau, Sat. X. Amant de la faveur et singe de son roi, Du courtisan léger imitateur fidèle, Le Français à la cour va chercher son modèle, Bernis, Relig. vengée, IX. Rémond de St-Mard, auteur de quelques ouvrages assez médiocres, où il n'a été que le singe de Fontenelle, se déchaînait contre son modèle avec une espèce d'acharnement, D'Alembert, Él. Despréaux, note 32. Messieurs, l'homme fut en tout temps Le singe des orang-outangs, Béranger, Or. out.

    Adjectivement dans le même sens. [Les courtisans] Peuple caméléon, peuple singe du maître, La Fontaine, Fabl. VIII, 14.

  • 4Nom donné par plaisanterie dans les ateliers aux compositeurs typographes.
  • 5Instrument très simple, servant à copier mécaniquement des dessins, des estampes, sans connaissance du dessin, fondé sur les propriétés des triangles semblables, et qu'on a perfectionné en l'appelant un pantographe.
  • 6 Terme de marine. Nom donné à un treuil horizontal monté sur deux chevalets.
  • 7Singe de mer, blennie baveuse.

    PROVERBE

    C'est comme le singe de Nicolet, se disait d'une chose curieuse, vers laquelle se porte la foule [Nicolet était le directeur de la comédie italienne], Bachaumont, Mém. secr. 23 fév. 1767.

HISTORIQUE

XIIIe s. Singes est une beste qui volentiers contrefait ce que elle voit faire as homes, Latini, Trésor, p. 250. Et sachiez que singesce porte deus filz, Latini, ib. Li singes au marchant doit quatre deniers, se il pour vendre le porte ; et se li singes est au joueur, jouer en doit devant le peagier, et pour son jeu doit estre quites, Liv. des mest. 287.

XVe s. Voyez les ; ils sont plus rebarbaratifs que singes qui mangent poires, et enfans les leur veulent tollir, Froissart, III, p. 127, dans LACURNE. En ce temps les hommes se prindrent à vestir plus court qu'ils n'eurent onques fait, tellement que l'en voit la façon de leurs culs et de leurs genitoires, ainsy comme l'en souloit vestir singnes ; qui estoit chose très malhonneste et impudique, Monstrelet, t. III, 1467, p. 129, dans LACURNE. Toujours vieux synge est desplaisant, Villon, Ballade en vieux langage. La plus sage femme du monde, au regard du sens, en a autant comme j'ay d'or en l'œil, ou comme un singe a de queue, Les 15 joyes du mariage, p. 162, dans LACURNE.

XVIe s. Contournant la teste comme ung singe qui avalle pillules, Rabelais, Pant. IV, 2. Frere Jean achapta deux rares et pretieux tableaux, et les paya en monnoye de cinge, Rabelais, ib. IV, 2. Il disoyt la patenostre du cinge, Rabelais, Garg. I, 11. Onques vieil singe ne feit belle moue, Rabelais, III, Prologue. Come il [le diable] ha acoustumé de se monstrer toujours le singe de Dieu, et jouer en toutte histoire double rolle, Bonivard, Source de l'idolâtrie, p. 6. Ressemblans au singe qui tire les chastaignes dessous la braise avec la patte du levrier endormy au fouyer, Contes d'Eutrapel, p. 100, dans LACURNE. Espagnols, qui sont soubsçonneux comme singes de cour parmy les pages, Brantôme, Capit. estr. t. I, p. 25, dans LACURNE.

ÉTYMOLOGIE

Berry, chinge ; provenç. simi, esshimi ; espagn. simio ; du lat. simius, singe, qui vient de simus, camus ; grec, σιμός.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

SINGE. Ajoutez :
7Singe-araignée, voy. ATÈLE au Supplément.
8 Adjectivement. Qui imite. Le cardinal Cesy, pensionnaire d'Espagne, et l'homme le plus singe en tout sens que j'aie jamais connu, Retz, Mémoires, IV, p. 20 (édit. de Genève, 1751).

REMARQUE

Au XVIe siècle, on avait le diminutif singeteau. Il le caresse comme un singe ses singeteaux, Marnix de Ste-Aldegonde, Tableaux des différends de la religion, t. III, p. 201 de l'éd. Quinet.