« créature », définition dans le dictionnaire Littré

créature

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

créature

(kré-a-tu-r') s. f.
  • 1Tout ce qui est créé. Les créatures visibles. Les créatures inanimées, les choses brutes. Les créatures animées, les êtres vivants. Que toute créature, à ta sainte présence, S'impose le silence et laisse agir ta voix ! Corneille, Imitation, I, 3. Il faut que je m'élève au-dessus de l'homme pour faire trembler toute créature sous les jugements de Dieu, Bossuet, Reine d'Anglet. Il [l'homme] se fait un monde du petit cercle de créatures qui l'environnent, sur lesquelles il agit ou qui agissent sur lui, Nicole, Ess. de mor. 1er traité, ch. 3. S'il se pouvait faire que nous eussions de la raison et que nous ne fussions pourtant pas hommes, et si d'ailleurs nous habitions la lune, nous imaginerions-nous bien qu'il y eût ici-bas cette espèce bizarre de créatures qu'on appelle le genre humain ? Fontenelle, Mondes, 2e soir. La voix de l'univers, c'est mon intelligence ; Sur les rayons du soir, sur les ailes du vent, Elle s'élève à Dieu comme un parfum vivant ; Et, donnant un langage à toute créature, Prête, pour l'adorer, mon âme à la nature, Lamartine, Méd. I, 16. Ce monde qui te cache est transparent pour moi ; C'est toi que je découvre au fond de la nature ; C'est toi que je bénis dans toute créature, Lamartine, ib.
  • 2L'homme par opposition à Dieu. Et moins la créature aura chez toi d'accès, Et plus du Créateur les dons auront d'excès, Corneille, Imit. III, 12. Car le ciel laisse agir l'ordre de la nature Et n'a pas toujours l'œil sur une créature, Rotrou, Antig. V, 5. Votre cœur tient un peu trop aux créatures, Pascal, Prov. 9. Quelque mal qui nous arrive par la créature, Bossuet, Lett. Corn. 5. Parmi les créatures, ceux qui ont le mieux connu cette vérité…, Bossuet, Culte. En nous attachant aux créatures, nous multiplions nos liens, Massillon, Panég. Mart. Tu n'étais pas encor, créature insensée, Déjà de ton bonheur j'enfantais le dessein ; Déjà, comme son fruit, l'éternelle pensée Te portait dans son sein, Lamartine, Médit. I, 8. Créature d'un jour qui t'agites une heure, De quoi viens-tu te plaindre et qui te fait gémir ? Ton âme t'inquiète, et tu crois qu'elle pleure : Ton âme est immortelle, et tes pleurs vont tarir, Musset, Poésies nouv. Lett. à Lamartine. Qu'est-ce que leur vie [des mondains] ? … un assujettissement servile à la créature, c'est-à-dire au caprice, à la vanité, à la légèreté, à l'infidélité même, Bourdaloue, Carême, Sur la paix chrétienne. Ce n'est pas une faiblesse à l'âme d'avoir besoin de s'appuyer sur quelque chose de véritable et de solide ; ou, si c'est une faiblesse, elle est essentielle à la créature, qui, ne se suffisant pas à elle-même, a besoin de chercher ailleurs le soutien qu'elle ne trouve pas en soi, Nicole, Ess. mor. 1er traité, ch. 11.
  • 3Une personne. … Les arbres et les plantes Sont devenus chez moi créatures parlantes, La Fontaine, Fabl. II, 1. Et ne sais comme il y manqua [l'âne], Caril est bonne créature, La Fontaine, ib. VIII, 17. Avec une jeune créature que milord aimait, Hamilton, Gramm. 9. La créature de France qui avait le plus de charmes, Hamilton, ib. 9.

    Une femme dont on parle sans considération. Il y a longtemps que cette créature-là parlait mal de vous, Sévigné, 15. Et non pas pour dîner avec des créatures Qui viennent, comme vous, chercher des aventures. - Des créatures ! Ciel ! quels termes sont-ce là ? Regnard, Ménech. II, 5. J'ai quelque souvenir de cette créature, Regnard, Démocr. V, 3. Le père d'Heudicourt mangeait tout à son âge avec des créatures, Saint-Simon, 278, 10. Cette dangereuse et impudente créature était la fille de Besmaux, gouverneur de la Bastille, Saint-Simon, 140, 48. Mailly prit par le bois de Meudon pour n'être point vu, et pour arriver dans le quartier des Incurables où logeait une créature qu'il entretenait, Saint-Simon, 66, 100.

  • 4Personne qu'on a gagnée par des bienfaits, des présents, et qu'on protége par son crédit. On perdait de Néron toutes les créatures, Corneille, Othon, I, 1. Je puis, quand il me plaît, faire des créatures, Corneille, ib. II, 1. Elle s'indignerait de voir sa créature à l'éclat de son nom faire une telle injure, Corneille, Nicom. I, 2. Je ne veux que le nom de votre créature, Corneille, Sertor. II, 2. Elle avait des créatures dans la confidence du roi, Hamilton, Gram. 11. Il répand ses trésors pour se faire des créatures, Bossuet, II, Nativ. 2. Un art de se faire des créatures, Bossuet, II, Char. frat. 1. Certes, plus je médite, et moins je me figure Que vous m'osiez compter pour votre créature, Racine, Brit. I, 2. Personne ne se fit un point capital d'arrêter un désordre qui donnait aux gens puissants la facilité de placer toutes leurs créatures, Raynal, Hist. phil. II, 23. Certaines gens qui ne s'acquièrent des amis que pour s'acquérir des suffrages par leurs moyens ; créatures de la cabale, bien différentes de cet Espagnol qui se piquait d'être fils de ses propres œuvres, La Fontaine, Contes, préface du 1er vol.
  • 5Il se dit des cardinaux, en tant qu'ils sont de la création de tel pape. Les créatures de tel pape avaient la prépondérance dans le conclave. Le pape a fait une promotion de ses créatures : c'est ainsi qu'on l'appelle, Sévigné, 188.

HISTORIQUE

XIIe s. Si [l'Amour] me hait plus que nule creature, Et aux autres [je] la voi si debonaire, Couci, p. 125.

XIIIe s. Onques, ce croi, mais une creature N'ot tant de mal pour aimer loiaument, Eustache le Peintre, dans Couci. Selon ce qu'ele ert [était] tendre et jeune creature, Berte, XLII.

XVe s. Que à creature du mond, fors entre eux, ils ne reveleroient leurs secrets ne leur voyage, Froissart, II, II, 65. J'ay tout veü, quant j'ay veü madame… J'ay tout veü, à parler par droiture, Quant j'ay veü si gente creature, Froissart, Poésies mss. p. 317, dans LACURNE. Lesquels disoient pleinement que c'estoit une creature de Dieu [une sainte personne], Hist. de la pucelle d'Orl. p. 513, dans LACURNE.

XVIe s. Certes et l'yvoire, et l'or, et les richesses sont bonnes creatures de Dieu, permises, mesme destinées à l'usage des hommes, Calvin, Instit. 664. Je suis votre creature ; tout le bien et l'honneur que j'ai viennent de vous, Marguerite de Navarre, Nouv. XI. N'estant chose moins esmerveillable qu'un simple citoyen [Jacques Cœur] durant sa prosperité eust faict tant de creatures, que de voir tant de creatures avoir recogneu leur bienfaiteur au temps de son adversité, Pasquier, Lettres, liv. III, 1re lettre à M. de Marillac. On le disoit estre son disciple et sa creature de guerre [de Pescaire], Brantôme, Gouast. Leur honneur est d'avoir des serviteurs qu'ils appellent creatures, Montluc, Mém. p. 448, dans LACURNE.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. et ital. creatura ; espagn. criadura ; du latin creatura, de creare, créer.