« force », définition dans le dictionnaire Littré

force

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

force

(for-s') s. f.

Résumé

  • 1° Propriété qui fait que le corps d'un homme ou d'un animal a une grande puissance d'action.
  • 2° La force de l'âge.
  • 3° Puissance, supériorité.
  • 4° Se dit des États, que l'on compare à un corps vivant.
  • 5° Ce qui rend une armée considérable, redoutable.
  • 6° Supériorité physique de force, pouvoir de contraindre.
  • 7° Violence.
  • 8° Maison de force.
  • 9° Il est bien force.
  • 10° Aptitude à concevoir, à combiner, à réfléchir, à imaginer.
  • 11° Habileté, talent, expérience.
  • 12° Énergie morale.
  • 13° Puissance d'action et d'impulsion des agents physiques.
  • 14° Impétuosité.
  • 15° Puissance de résistance.
  • 16° Toute cause de mouvement.
  • 17° Forces au sens métaphysique.
  • 18° Forces de la nature.
  • 19° Intensité, énergie, efficacité des choses.
  • 20° Il se dit des choses intellectuelles et morales.
  • 21° Action exercée sur l'esprit par le discours, le style, les expressions.
  • 22° Il se dit du raisonnement et des preuves.
  • 23° La force d'un sujet, qualités solides qu'il renferme.
  • 24° Caractère et vigueur, en parlant de peinture et de sculpture.
  • 25° Ce qu'il y a de fort, de contraignant dans les choses.
  • 26° Grande quantité.
  • 27° Mofette.
  • 28° À force.
  • 29° À force de.
  • 30° À toute force.
  • 31° De force.
  • 32° Par force, à force ouverte, de vive force.
  • 1La propriété qui fait que le corps d'un homme ou d'un animal a une grande puissance d'action. Être doué d'une grande force de corps. Avoir de la force. Une force d'Hercule. Un cheval d'une grande force. Je n'ai pas la force de travailler. Les deux extrémités [du muscle] ont plus de force, parce que l'une soutient le muscle, et que par l'autre, c'est-à-dire par le tendon, qui est aussi le plus fort, s'exerce immédiatement le mouvement, Bossuet, Connaiss. II, 2. Je ne me soutiens plus, ma force m'abandonne, Racine, Phèdre, I, 3. Réparez promptement votre force abattue, Racine, ib. Il donnera la force à vos bras languissants, Voltaire, Zaïre, IV, 1. La force des hommes n'est estimée que vingt-cinq livres et celle des chevaux de cent soixante et quinze, Voltaire, Dict. phil. Force physique. La force de tout animal a reçu son plus haut degré quand l'animal a pris toute sa croissance ; elle décroît quand les muscles ne reçoivent plus une nourriture égale, Voltaire, ib. Force. Des hommes qui avaient employé toute la force de leur corps, qui en avaient même abusé, s'il est possible d'en abuser autrement que par l'oisiveté et la débauche, Buffon, Hist. nat. hom. t. IV, p. 357, dans POUGENS. Hercule eut en partage la force à qui rien ne résiste ; Hélène, la beauté qui triomphe de la force même, Courier, Éloge d'Hélène.

    De toute sa force, autant que l'on peut, aussi bien que l'on peut. Criant de toute sa force, Bossuet, Hist. II, 8. La Senantes était à sa toilette, qui se coiffait de toute sa force en faveur de Matta, Hamilton, Gram. 4.

    À forces égales, à force égale, à égalité de force ou de forces, en supposant que des deux côtés les forces sont égales.

    Être de force à, être assez fort pour. Il est de force à lutter contre trois hommes.

    Par extension. Être assez habile pour, ou, ironiquement, assez niais pour, et, généralement, être capable de. Il est de force à vous convaincre. Il est bien de force à faire cette bévue.

    Tour de force, action qui demande beaucoup de force ou d'adresse ; et fig. solution heureuse d'une grande difficulté.

    Tour de force, dans les beaux-arts, se dit, en mauvaise part, des effets plus difficiles qu'agréables.

    N'avoir ni force ni vertu, être d'une complexion délicate ; et fig. n'être bon à rien, capable de rien. C'est le soleil de janvier, il n'a ni force ni vertu.

    Dans les métiers, manœuvres ou opérations de force, celles qui exigent des efforts considérables et des appareils puissants.

    Travaux de force, travaux qui exigent l'emploi des forces musculaires.

    Au plur. Les forces du corps. Ce malade sent ses forces augmenter. Il fait plus que ses forces ne permettent. C'était [se retirer] la résolution qu'il avait prise dans sa dernière maladie ; et, plutôt que de voir languir les affaires avec lui, si ses forces ne lui revenaient, il se condamnait, en rendant les sceaux, à rentrer dans la vie privée, Bossuet, Letellier. Peu à peu ils [Mentor et Télémaque] reprirent leurs forces, Fénelon, Tél. VIII. Céson tomba aussitôt sur lui, et, se prévalant de ses forces, lui donna tant de coups de poings et de pieds…, Vertot, Révol. rom. IV, p. 309.

  • 2La force de l'âge, l'époque de la vie où l'on a le plus de force. Racine, dans la force de son âge, né avec un cœur tendre, un esprit flexible, une oreille harmonieuse, donnait à la langue française un charme qu'elle n'avait point eu jusqu'alors, Voltaire, Comm. Corn. Attila, préface.

    La force du tempérament, ce qui, dans le tempérament, rend l'individu capable de résister à de grandes fatigues, d'exécuter de grands travaux.

    Être dans toute sa force, avoir la plénitude de sa vigueur.

    Être dans toute sa force, se dit des affaires politiques, judiciaires ou autres qui sont au plus haut point du débat, et qui préoccupent l'attention publique. L'affaire contre M. de la Chalotais, aussi odieuse et aussi absurde que celle d'Urbain Grandier, était dans toute sa force, Duclos, Voy. Ital. Œuv. t. VII, p. 5, dans POUGENS.

  • 3Puissance, supériorité. Pour te récompenser, ma force est trop petite, Corneille, Cid, IV, 3. Il leur a paru [aux libertins] que c'était une contrainte importune de reconnaître qu'il y eût au ciel une force supérieure qui gouvernât tous nos mouvements et châtiât nos actions déréglées avec une autorité souveraine, Bossuet, Sermons, 3e dim. après Pâq. préambule. Quelle force vous peut arracher des mains toutes-puissantes de Dieu, que vous irritez par vos crimes, et dont vous attirez sur vous les vengeances ? Bossuet, IV, Vêture, 1. Souvenez-vous comment Moïse, ce serviteur de Dieu, brisa autrefois la force d'Amalec, Massillon, Car. Motifs de conv. Le grand vizir crut que son expédition était assez heureuse… s'il ne mettait pas des avantages certains au risque d'une nouvelle bataille, qu'après tout le désespoir pouvait gagner contre la force, Voltaire, Russie, II, 1. Cette soumission [du roi de Prusse] n'a point encore rassuré Napoléon ; à sa force, il ajoute la feinte, les forteresses que, par pudeur, il laisse à Frédéric, sa défiance en convoite encore l'occupation, Ségur, Hist. de Nap. I, 2. La force la plus forte C'est un cœur innocent, Hugo, F. d'aut. 37.

    Avoir force, avoir une influence active. Son exemple aurait force, et ferait qu'à l'envi Tous voudraient imiter le chef qu'ils ont suivi, Corneille, Toison d'or, I, 2.

    Ressources que procurent le bien, le crédit, le pouvoir, le talent, la position, etc. Ce personnage prend tous les jours une nouvelle force. Les forces d'un parti. Je suis toujours étonné que vous ne sentiez pas votre force et que vous ne traitiez pas tous les polissons qui vous attaquent comme vous avez fait Aliboron, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 4 août 1767.

    Les forces humaines, ce que l'homme en général est en état de faire ou de supporter. Les forces humaines ne vont pas jusque-là. Cela est au-dessus des forces humaines. Il [Davoust] s'écriait que des hommes de fer pouvaient seuls supporter de pareilles épreuves ; qu'il y avait impossibilité matérielle d'y résister ; que les forces humaines avaient des bornes, qu'elles étaient toutes dépassées, Ségur, Hist. de Napol. X, 6.

  • 4Force se dit des États que l'on compare à un corps vivant. Le royaume d'Israël reprenait ses forces, Bossuet, Hist. I, 6. L'empire reprend quelque force sous Justinien, Bossuet, ib. III, 7. Les grands hommes font la force d'un empire, Bossuet, III, 6. Dans sa force première Athènes se relève ; Ses braves sont armés de leurs longs javelots, Millevoye, Élég. II.

    Il se dit aussi de la puissance d'un peuple, d'un État, de ses ressources, de ce qui le rend florissant. Les forces comparées de la France et de l'Angleterre. La force militaire d'un empire.

  • 5La force d'une armée, ce qui la rend considérable, redoutable. Vitellius avance avec sa force unie, Corneille, Othon, I, 3.

    La force d'un régiment, d'un bataillon, le nombre effectif d'hommes qui s'y trouvent.

    La force d'une place de guerre, ses moyens de défense, ses fortifications, sa garnison.

    Être en force, être en état de se défendre ou d'attaquer. L'ennemi se montre en force sur notre flanc gauche.

    Au plur. Les forces, les troupes d'un État, d'un souverain. Je me vis en déroute avec toutes mes forces, Corneille, Attila, I, 1. J'ai des forces assez pour tenir la campagne, Racine, Théb. I, 3. Ses vœux tardifs n'étant pas exaucés, il envisage l'énormité de ses forces, il revient sur les souvenirs de Tilsitt et d'Erfurt, il accueille des renseignements inexacts sur le caractère de son rival, Ségur, Hist. de Nap. I, 5. Alexandre et, sous lui, Barclay de Tolly, son ministre de la guerre, dirigeaient toutes ces forces ; elles étaient partagées en trois armées, Ségur, ib. IV, 1.

    Terme de marine. Force ou forces navales, réunion indéterminée de bâtiments de guerre.

    La flotte d'un pays.

    Ligne de force, la ligne dans laquelle les plus forts vaisseaux sont placés en tête de la ligne, en tactique navale. La ligne de contre-force se forme, au contraire, en plaçant les plus forts vaisseaux à la queue de la ligne.

  • 6Supériorité physique de force ; pouvoir de contraindre. Repousser la force par la force. L'empire de la force. On a nommé la guerre le jeu de la force et du hasard. Parlez, la force en main et hors de leur atteinte, Corneille, Nicom. I, 1. Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage, La Fontaine, Fabl. II, 11. Je sais… Que jamais par la force on n'entra dans un cœur, Molière, Mis. IV, 3. À quoi la force doit-elle servir qu'à défendre la raison ? Bossuet, Reine d'Angl. La force tenait lieu de droit et d'équité, Boileau, Art p. IV. La force fonde, étend et maintient un empire, Saurin, Spart. III, 4. Enfin, sans toutes ces causes de haine, la position de la Prusse entre la France et la Russie obligeait Napoléon à y être le maître, il ne pouvait y régner que par la force ; il ne pouvait y être fort qu'en l'affaiblissant, Ségur, Hist. de Nap. I, 2. Force majeure, force à laquelle on ne peut résister. Cas, événement de force majeure. Céder à la force majeure. Il y eut force majeure. Il est juste que l'homme ressente qu'il y a une force majeure à laquelle il faut céder, Bossuet, 2e serm. Purification, 2.

    Force publique, réunion des forces individuelles organisées par la constitution pour maintenir les droits de tous et assurer l'exécution de la volonté générale.

    Force armée, corps de troupe requis pour faire exécuter la loi, ou les mesures des agents de l'autorité, lorsqu'il y a résistance. La force armée dissipa les attroupements.

    Force est demeurée à la loi, les magistrats chargés de l'exécution de la loi ont triomphé de ceux qui voulaient l'enfreindre.

    Agir de force, agir par la force. Voyez s'il faut agir de force ou d'industrie, Corneille, Sophon. II, 2. Il faut agir de force avec de tels esprits, Corneille, Héracl. I, 1.

    Force ouverte, l'emploi patent de la force. Oui, si sa cruauté s'obstine à votre perte, J'irai, pour l'empêcher, jusqu'à la force ouverte, Corneille, Héracl. I, 4.

    Faire force à, contraindre, contenir. Et parce que la force qu'elle se faisait en cela était très grande et qu'elle ne pouvait la supporter plus longtemps…, D'Urfé, Astrée, I, 1. Faites un peu de force à votre impatience, Corneille, Pomp. v, 4. Venez, madame… montrer… La force qu'on vous fait pour me donner la main, Corneille, Sert. III, 3. Je veux bien néanmoins, pour te plaire une fois, Faire force à l'amour qui m'impose ses lois, Molière, l'Ét. IV, 5.

  • 7Violence. Employer la force. Céder à la force. … Force n'a point de loi ; S'accommoder à tout est chose nécessaire, La Fontaine, Fianç. J'essaierai tour à tour la force et la douceur, Racine, Brit. III, 5. C'est lui, seigneur, c'est lui dont la coupable audace Veut la force à la main m'attacher à son sort, Racine, Mithr. I, 2.

    À la force ! signifie à la violence ! On enlève madame ; ami, secourez-nous ; à la force ! aux brigands ! au meurtre ! accourez tous, Corneille, la Veuve, III, 10. Je sais qu'un vieux respect que la pudeur embrasse Veut qu'au seul nom d'amour nous fassions la grimace, Et que, lorsqu'un amant prétend nous en conter, Nous criions à la force avant que d'écouter, Th. Corneille, le Berger extravag. IV, 3.

  • 8Maison de force, maison où l'on enferme les gens de mauvaises mœurs qu'on veut corriger.

    La Force, une des prisons de Paris où l'on enfermait les prévenus ; elle est démolie.

  • 9Il est bien force, force m'est, force lui est de, il est nécessaire, indispensable. …Sans pouvoir attendre le reste de son armée, ce lui fut force de hasarder la bataille, Malherbe, le XXXIIIe liv. de T. Live, ch. 8. Pour ingrat que soit un homme, c'est force que l'objet excite sa mémoire, et qu'en dépit de lui, quand il voit le présent, il se ressouvienne de l'auteur, Malherbe, Traité des bienf. de Sénèque, I, 12. Mais il me fut bien force… Que ma discrétion expiât mon péché, Régnier, Sat. VIII. Il m'a été force de manquer aux principales obligations de la vie civile, Guez de Balzac, liv. VII, lett. 31. Force lui fut de quitter la maison, La Fontaine, Mazet. Il est donc force, en toute façon, que le peuple croisse ; ainsi fait-il, ayant repos, biens et chevances, Courier, Lett. VI.
  • 10Aptitude à concevoir, à combiner, à réfléchir, à imaginer. Avoir une grande force de tête, de conception. Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces, Et consultez longtemps votre esprit et vos forces, Boileau, Art p. I. Ô si l'esprit divin, esprit de force et de vérité, avait enrichi mon discours de ces images vives et naturelles qui représentent la vertu et qui la persuadent tout ensemble, Fléchier, Tur.

    Absolument. Ce penseur a de la force.

    La force de la mémoire, la ténacité de la mémoire. Il a une grande force de mémoire.

  • 11Habileté, talent, expérience qu'on a dans un art, dans un exercice, dans une science. Il est de première force sur le violon, au pistolet, aux échecs. Ces deux écoliers sont de la même force. J'aurai la joie de pouvoir parler de vous avec l'honneur qui est dû à un homme de votre force, Bossuet, Projet de réunion des prot. Lettre IX.

    Ironiquement. De même force, se dit de gens ou de choses qui ne valent pas mieux les unes que les autres. Venez, Pradon et Bonnecorse, Grands écrivains de même force, De vos vers recevoir le prix, Boileau, Épigr. XVII. Tout ce que dit Diodore de Sicile, sept siècles après Hérodote, est de la même force dans tout ce qui regarde les antiquités et la physique, Voltaire, Dict. phil. Diodore et Hérodote.

    Ironiquement. Un fou de sa force, un homme aussi fou que lui. Dorante, sais-tu bien qu'il n'y a point de fol aux Petites-maisons de ta force ? Marivaux, Fausses confid. II, 3.

  • 12Il se dit de l'énergie morale. Il lui manque la force d'âme. L'entretien… où, m'ayant ouvert votre cœur, j'y vis tant de résolution, de force et de générosité que vous achevâtes de gagner le mien, Voiture, Lett. 34. Il [Pierre le Grand] a eu cette force dans l'âme, qui met un homme au-dessus des préjugés de tout ce qui l'environne et de tout ce qui l'a précédé, Voltaire, Russie, Anecdotes. Mais, me direz-vous, la force peut-elle se donner ? oui, sans doute, et plus facilement que toute autre vertu ; car elle ne tient qu'à l'habitude, Genlis, Ad. et Théod. t. I, lett. 16, p. 117, dans POUGENS. La véritable force, qui vient de la grandeur d'âme, est de savoir vaincre ses passions, et non de s'y livrer, Genlis, Théât. d'éduc. Ennemi génér. I, 5. Dans ce désastre désormais irrémédiable, où il fallait à chacun toute sa force, Ségur, Hist. de Nap. IX, 12.

    Avoir la force de, être assez ferme pour ; n'avoir pas la force de, n'être pas assez ferme pour. Le roi n'a pas la force de lui rien refuser, Maintenon, Lett. à Mme de St-Géran, 16 déc. 1697. Je n'avais pas la force de reprendre l'autorité, Fénelon, Tél. XII. Je n'ai pu de ma main te conduire au supplice, Je n'en eus pas la force, Voltaire, Orphel. II, 1.

  • 13Il se dit de la puissance d'action et d'impulsion des agents physiques. La force de la poudre à canon. La force d'une machine à vapeur. La force d'un ressort. La force d'une chute d'eau.

    Impulsion qu'a reçue le corps lancé, poussé. La force d'un boulet de canon.

    On dit de même : la force d'un coup. De la force du coup pourtant il s'abattit, La Fontaine, Fabl. VIII, 27.

    Terme de marine. Faire force de rames, ramer à toutes forces.

    Faire force de voiles, augmenter la surface de la voilure déjà déployée pour donner plus de prise au vent, et, par là, plus de vitesse au navire. Ruyter, se voyant en liberté d'agir parce que M. du Quesne ne l'occupait point, voulut décider de cette journée par la défaite de notre avant-garde ; il fit pour cela force de voiles pour nous envelopper, et courut jusques par mon travers, Mém. de Villette, p. 23, dans JAL.

    Fig. Faire force de voiles, faire tous ses efforts pour réussir en quelque affaire.

    Faire force de vent, forcer de voiles. Comme la barque longue faisait force de vent sur nous, et que même elle nous le gagnait, nous crûmes que nous ne ferions que mieux de nous jeter à terre dans l'île de Rais, Retz, Mém. p. 312, éd. d'Amsterd. 1717, dans JAL.

  • 14Impétuosité. La force de l'eau, du courant. [Par l'obéissance] vous trouverez de la consistance au milieu de l'inconstance des choses humaines ; les flots n'auront point de force pour vous abattre, ni les abîmes pour vous engloutir, Bossuet, Panég. St Benoît, 2.

    La force du pouls, le plus ou moins de force avec laquelle l'artère soulève le doigt qui la presse.

    Le cœur bat avec force, les pulsations en sont fortes et rapides.

  • 15Force se dit aussi de la puissance de résistance. La force d'une poutre, d'un drap, d'une toile.

    Terme d'architecture. Forces ou jambes de forces, pièces de bois qu'on met sur les tirants pour porter l'entrait et lui servir de jambes.

    Il se dit aussi des arcs-boutants et contre-forts en maçonnerie.

  • 16 Terme de mécanique. Toute cause de mouvement. Force centripète. Force centrifuge. Deux forces appliquées en un même point. La résultante des forces.

    Force mouvante ou motrice, celle qui produit un mouvement. S'il est bien prouvé que ce qu'on appelle force motrice est le produit de la simple vitesse par la masse, sera-t-il moins aisé de parvenir à connaître ce que c'est que cette force ? Voltaire, Physique, Mesure des forces, II, 1.

    Force morte, celle qui est actuellement neutralisée.

    Autrefois force vive, action de forces combinées avec leur vitesse comme dans le choc. Quoiqu'il parût s'être renfermé dans l'astronomie, il se mêla de la célèbre question des forces vives ; il fut le premier de l'académie qui osât se déclarer contre M. Leibnitz, Fontenelle, Louville. Si la force n'est autre chose que le produit d'une masse par la vitesse, ce n'est donc précisément que le corps lui-même agissant ou prêt à agir avec vitesse, Voltaire, Physique, Mesure des forces, II, 2. Cette querelle était une suite de celle qui divisa si longtemps les mathématiciens sur les forces vives et sur les forces mortes, Voltaire, Comment. hist. sur les œuvres de l'auteur de la Henriade.

    Aujourd'hui force vive d'un corps, le produit de sa masse par le carré de sa vitesse.

    Fig. Les forces vives de la nation, la partie la plus vigoureuse et la plus saine de la nation.

    Force d'inertie, celle en vertu de laquelle un mobile tend à conserver l'impulsion reçue, et aussi la résistance qu'il oppose à ce qui doit le mettre en mouvement quand il est en repos. Il faut considérer tout corps se mouvant dans une courbe comme mû par deux puissances, dont l'une est celle qui lui ferait parcourir des tangentes et qu'on nomme la force centrifuge ou plutôt la force d'inertie, d'inactivité, par laquelle un corps suit toujours une droite, s'il n'en est empêché ; et l'autre force qui retire les corps vers le centre, laquelle on nomme la force centripète, et qui est la véritable force, Voltaire, Newton, III, 4.

    Fig. Force d'inertie, résistance passive qui consiste surtout à ne pas obéir. Ils opposèrent la force d'inertie aux mesures de l'autorité.

  • 17Au sens métaphysique, les forces, les substances qui sont causes ; ce qui est à la fois substance et cause des phénomènes. L'esprit est une force. L'âme, la monade sont des forces.
  • 18Forces de la nature, nom que l'on donne aux diverses propriétés de la matière telles que la gravitation, la chaleur, l'électricité, le magnétisme, l'affinité chimique, la vie. L'on ne connaît les forces qui animent l'univers, que par le mouvement et par ses effets ; ce mot même de forces ne signifie rien de matériel, et n'indique rien de ce qui peut affecter nos organes, qui cependant sont nos seuls moyens de communication avec la nature, Buffon, Min. t. IX, p. 5, dans POUGENS. La force n'est autre chose que le principe des changements, Bonnet, Œuv. mél. t. XVIII, p. 86, note 5, dans POUGENS. Leibnitz définit la force, le principe qui a en soi la raison suffisante de l'actualité de l'action, Bonnet, ib. p. 77.

    Équivalence des forces, voy. ÉQUIVALENCE.

  • 19 Par extension, en parlant des choses, intensité, énergie, efficacité. La force de la chaleur. La force d'un acide, d'un poison. Ce vin a beaucoup de force, c'est-à-dire il est très tonique. Cette eau-de-vie a beaucoup de force, c'est-à-dire elle est très spiritueuse. Si ce charme a force contre nous, Régnier, Élég. IV. Cela est si vrai, qu'ayant fait cet hiver un effort pour en échapper avant ce terme, la force du charme me ramena de quarante lieues loin, Voiture, Lett. 34. Que de ses mots savants les forces inconnues Transportent les rochers, font descendre les nues, Corneille, l'Illus. comique, I, 1. Le printemps par malheur était lors en sa force, La Fontaine, Fiancée.

    La force de la séve, l'abondance et la vigueur de la séve.

    Fig. et familièrement. C'est la force du bois, se dit quand quelque chose se fait par la seule impétuosité de la nature.

    Qualité du son appelée aussi intensité.

  • 20En parlant des choses intellectuelles et morales. Mais, au lieu de goûter ces grossières amorces, Sa vertu combattue a redoublé ses forces, Corneille, Cinna, V, 3. Je sais quelle est ta flamme et quelles sont ses forces, Corneille, Pomp. V, 4. L'esprit le mieux fondé n'a jamais trop de forces, Corneille, Sert. II, 2. Je tâche avec respect à vous faire connaître Les forces d'un amour que vous avez fait naître, Corneille, Rod. IV, 3. Il me faut essayer la force de mes pleurs, Corneille, Poly. III, 2. Les lois de l'Église perdent leur force, Pascal, Prov. 6. Saint Ascole, qui en était évêque [de Thessalonique], la défendit par la seule force de ses prières, Fléchier, Hist. de Théod. I, 78. Seconde mes soupirs, donne force à mes pleurs, Racine, Théb. I, 6. J'ai vu vos sentiments, j'en ai connu la force, Voltaire, Tancr. I, 6.

    La force du sang, mouvements secrets de la nature entre personnes unies par les liens du sang.

  • 21Il se dit du discours, du style, des expressions, pour signifier l'action puissante exercée sur l'esprit. La force du style. La force de l'éloquence n'est pas seulement une suite de raisonnements justes et vigoureux, qui subsisteraient avec la sécheresse ; cette force demande de l'embonpoint, des images frappantes, des termes énergiques, Voltaire, Dict. phil. Force. On a dit que les sermons de Bourdaloue avaient plus de force, ceux de Massillon plus de grâce, Voltaire, ib.

    Dans la force, dans toute la force du mot, complétement, sans réserve. Êtes-vous voyageur dans la force du mot ? Collin D'Harleville, Chât. en Esp. II, 4.

  • 22Il se dit du raisonnement, des preuves pour exprimer l'action par laquelle ils s'imposent à l'esprit. J'en ai [de vos raisons] senti la force et connu l'équité, Racine, Andr. II, 4. La force du raisonnement consiste dans une exposition claire des preuves exposées dans leur jour, et une conclusion juste, Voltaire, Dict. phil. Force.
  • 23La force d'un sujet, les qualités solides que renferme le sujet sur lequel on travaille. Corneille, qui ne produisait ses beautés que quand il était animé par la force de son sujet, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Hor.

    En un sens analogue, la force de la situation, en parlant d'une situation dramatique. La force de la situation a fait apparemment passer tous ces défauts, qui aujourd'hui seraient relevés sévèrement dans une pièce nouvelle, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Rodogune.

  • 24Force se dit, en peinture et en sculpture, du caractère et de la vigueur manifestés dans les formes ; en parlant du coloris, de l'emploi intelligent de couleurs vigoureuses ; en parlant d'un tableau entier, de l'effet vigoureux que produit l'opposition habile des ombres et des lumières.
  • 25Ce qu'il y a de fort, de contraignant dans les choses, et quelquefois de nécessaire ou d'inévitable. La force des choses. La force de l'habitude. La force de l'évidence.

    La force de la vérité, le pouvoir que la vérité a sur l'esprit des hommes.

    Terme de législation. Force de chose jugée, autorité d'une décision administrative ou judiciaire rendue en dernier ressort, et contre laquelle il ne reste aucun moyen ordinaire de se pourvoir. Combien de fois s'est-on plaint que les affaires n'avaient ni de règle ni de fin ; que la force des choses jugées n'était presque plus connue…, Bossuet, Letellier.

    Force de loi, autorité équivalente à celle d'une loi. Il s'introduisit une coutume ayant force de loi en France, en Allemagne, en Angleterre, de faire grâce de la corde à tout criminel condamné qui savait lire ; tant un homme de cette érudition était nécessaire à l'État, Voltaire, Dict. phil. Clerc. Un long usage donne force de loi, Diderot, Opin. des anc. phil. Hobbisme.

  • 26Il s'emploie pour exprimer une forte quantité. Il faut mêler pour un guerrier à peu de myrte et peu de roses Force palme et force laurier, Malherbe, IV, 5. Force gens croient être plaisants qui ne sont que ridicules, Guez de Balzac, liv. VI, lett. 4. Peu de jasmin d'Espagne et force serpolet, La Fontaine, Fabl. IV, 4. Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons, J'ai dévoré force moutons, La Fontaine, Fabl. VII, 1. Je mets aussi sur la scène Des trompeurs, des scélérats, Des tyrans et des ingrats, Mainte imprudente pécore, Force sots, force flatteurs, La Fontaine, ib. IX, 1. Ainsi que force monde accourus d'aventure, Molière, l'Ét. V, 14. Voir cajoler sa femme et n'en témoigner rien Se pratique aujourd'hui par force gens de bien, Molière, Sgan. 17. La renommée n'en dit pas force bien, Molière, D. Juan, III, 5. Voilà monsieur le marquis qui en dit force mal [de l'École des femmes], Molière, Critique, 6.
  • 27Nom que les mineurs de la Loire donnent à la mofette.
  • 28À force, loc. adv. Beaucoup, extrêmement. Travailler à force. Étudier à force.
  • 29À force de, loc. prép. Par beaucoup de. Auguste chaque jour, à force de bienfaits, Semble assez réparer les maux qu'il vous a faits, Corneille, Cinna, I, 2. À force de se faire admirer, on deviendrait insupportable, Méré, dans BOUHOURS Nouv. rem. À force de façons il assomme le monde, Molière, Mis. II, 5. À force de sagesse on peut être blâmable, Molière, ib. I, 1. Il ne se conserve qu'à force de verser le sang, Fénelon, Tél. III. À force de médecins et de saignées la maladie de Candide devint sérieuse, Voltaire, Candide, 22. Il semble qu'à force de livres on est devenu ignorant, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 8 août 1770. Il obligea à force de mérite le roi, qui ne l'aimait pas, à l'employer, Voltaire, Louis XIV, 9.

    À force de bras, sans autre aide que les bras. Ils montèrent le canon à force de bras.

    À force de rames, en forçant de rames.

    À force de reins, par la force des reins. Neptune frappait la terre et on en voyait sortir un cheval fougueux ; il ne marchait point, il sautait à force de reins, Fénelon, Tél. XVII.

    On dit de même : à la force du poignet.

  • 30À toute force, loc. adv. Par toute sorte de moyens. Un pâtre, à ses brebis trouvant quelque mécompte, Voulut à toute force attraper le larron, La Fontaine, Fabl. VI, 1. Il veut à toute force être au nombre des sots [maris trompés], La Fontaine, Coupe. Il veut rentrer à toute force dans la conversation, Sévigné, 511. Ils voulaient m'emmener à toute force, Sévigné, 577.

    À toute extrémité. À toute force enfin elle se résolut, La Fontaine, Fabl. IV, 22.

    À tout prendre, absolument parlant. On pourrait à toute force lui accorder ce qu'il demande. Il se pourrait à toute force que Pépin eût donné aux papes l'exarchat de Ravenne, Voltaire, Mœurs, 12. N'est-ce pas que les Anglais ont besoin de la mer, dont les Français peuvent à toute force se passer ? Voltaire, Louis XV, 35.

  • 31De force, loc. adv. Avec effort. Faire entrer de force une chose dans une autre. On attache les membres du martyr à deux arbres rapprochés de force, Chateaubriand, Mart. XVIII.

    Par la contrainte. Il lui fit signer de force cet acte. Il ne faut rien de force et cependant il ne faut rien de lenteur, Pascal, dans COUSIN. Et tâchons d'ébranler, de force ou d'industrie, Ce malheureux dessein qui nous a tous troublés, Molière, Tart. IV, 2.

    Prendre une ville de force, s'en emparer par une attaque.

    Prendre une femme de force, la violer.

    De gré ou de force, soit qu'on veuille ou qu'on ne veuille pas. Il faudra bien de gré ou de force qu'il paye le dommage.

  • 32Par force, à force ouverte, de vive force, loc. adv. En employant la force, la violence, par une violence manifeste. Il [l'amour] entre avec douceur, mais il règne par force, Corneille, Hor. III, 4. Contre un si grand rival j'agis à force ouverte, Corneille, Nicom. III, 8. Trop heureux si bientôt la faveur d'un divorce Me soulageait d'un joug qu'on m'imposa par force, Racine, Brit. II, 2.

    Malgré qu'on en ait. Les Maures ont appris par force à vous connaître, Corneille, Cid, II, 7. Et, vertueux par force, espèrent par envie ôter aux jeunes gens les plaisirs de la vie, Molière, l'Ét. I, 2.

    Emporter une place de vive force, l'emporter par une attaque brusque.

    Fig. Attaquer de vive force les préjugés.

HISTORIQUE

XIe s. Ki abat femme à terre pur faire lui force, Lois de Guill. 19. Il va ferir Gerin par sa grant force, Ch. de Rol. CXXI. Par vive force les en chasserent Franc, ib. CXXIII. Com decherat ma force et ma baudur [hardiesse] ! ib. CCIV.

XIIe s. Mais estez vous à force et à vigor, Ronc. p. 25. [Ils] Sont en Espagne, par force l'ont saisie, ib. p. 116. Ains [j'] ai mis en lui [elle] servir Cuer et cors, force et pooir, Couci, X. Li cuens de Blois devroit bien mercier Force d'amors qui lui dona amie, ib. XX. Nos forces, nos aïes [aides] lui metons en defois [refus], Sax. XVIII. Mais tenons nos honors à force et à vertu, ib. XXVIII. Des mains la [la croix] li voleit par vive force oster, Th. le mart. 38. … Quant il murdrist la gent, E emble altrui aveir, e à force le prent, ib. 31.

XIIIe s. Ensi nagierent à force de rames toute la vesprée, Villehardouin, CLXX. Si cuidierent que jamais li Frnc n'eussent force, Villehardouin, CLIV. À force [ils] lui ouvrirent la bouche outre son gré, Berte, X. Li Barrois le saisit par le col et feri le cheval des esporons et le traïst par force de bras des archons [arçons], Chr. de Rains, p. 40. D'autre part covient il à fine force que li orbis [la terre ronde] soit touz pleins dedenz soi, si que l'une chose sostiegne l'autre, Latini, Trésor, p. 111. Il dist k'à parfurnir n'apent, K'est à force fait, serement [qu'on n'est point obligé de tenir un serment fait par force], Édouard le conf. v. 4319. Si cum el le [Sanson] tenoit forment Soef en son giron dormant, Copa les cheveux o ses forces [ciseaux], Dont il perdit toutes ses forces, la Rose, 16885. Et François sont laiens remès à sauveté, Por çou [ce] dist-on sovent : la force paist le pré, Ch. d'Ant. III, 366. Godefrois de Bouillon a la crois atacie [attachée] ; Or se croisent à force, Diex lor soit en aïe ! ib. I, 920. Ne me semble il pas que l'on puisse saveir toz les plais ne totes les forces et les soutillances qui sont en plait, Ass. de Jér. I, 51. Et se il en est ataint ou prové, il sera encheu en la main dou seignor, come ataint de force [violence], ib. 104. Sire, vés là Jehan qui à tort et sans reson, il ou ses commans, vint en tel liu et m'a fet tele forche [force, violence], Beaumanoir, VI, 9. Et pour ce ne font force [résistence] li assacis [assassins], se l'en les occist, quant il font le commandement du vieil de la montaigne, Joinville, 230. Et me dit que c'estoit force [lui faire violence], et m'otroia ma requeste, Joinville, 267. En ceste presente charte metons nostres saelz en la force et el tesmoignage de verité, Duchesne, Généal. de Coligny, p. 58, dans LACURNE.

XVe s. Tant fut cil assaut continué et pourmené, que les Anglois entrerent de force et de fait dedans le chastel, Froissart, II, II, 15. Là furent [les chevaliers gardiens d'Ypre] assaillis roidement et reculés contreval la rue, car la force n'estoit pas la leur [ils n'étaient pas en force], Froissart, II, II, 57. Le comte de Flandre manda ouvriers à force, Froissart, II, II, 63. En toute Gascogne on ne trouveroit pas son pareil de force de membres, Froissart, II, III, 10. Se vostre bonté n'y pourvoye, Force sera que par eux voye Finer ma vie maleurée, Orléans, Fredet au duc d'Orl. Il y prenoit grant peine [à la chasse] pourtant qu'il couroit les cerfs à force, Commines, VI, 13. Tous deux [Alphonse de Naples et son fils] ont pris à force plusieurs femmes, Commines, VII, 11. Grant force d'archiers, gens de sa maison pensionnaires et autres gens de bien…, Commines, I, 8. Ledit seigneur d'Aubigny estoit en force de cent cinquante, ou de deux cens hommes d'armes françois, Commines, VII, 6. Veci telle femme, qui de vous se complaint très fort de force : est-il ainsi ? l'avez-vous efforcée ? Louis XI, Nouv. XX. Ne dormoit ne nuit ne jour, de force de penser à sa dame, Louis XI, ib. XLVIII. Un peu de belle force vaut moult, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 432. Item il convenroit passer par la force [lieux fortifiés] de plusieurs seigneurs, qui ne sont pas si entiers ne si loiaus aus chrestiens comme il deussent, Du Cange, força.

XVIe s. Il mourut de force de rire, Rabelais, Garg. I, 20. Il s'escria on meurtre et à la force, tant qu'il peut, Rabelais, ib. I, 25. Mais, puysque… force me est te rappeller on subside de…, Rabelais, ib. I, 29. Ils molestent tout leur voisinage à force de trinqueballer leurs cloches, Rabelais, ib. I, 40. Le jugement de Pantagruel feut incontinent sceu et entendu de tout le monde, et imprimé à force [en quantité], Rabelais, Pant. II, 14. Force attractive, Montaigne, I, 102. La force de l'imagination, Montaigne, ib. I, 93. Pour gaigner cet advantage d'avoir faict force à [vaincre] leur constance, Montaigne, I, 242. À toute force [de toutes ses forces], Montaigne, I, 367. Un enfant, arrivé à la force de se nourrir, Montaigne, II, 163. La dame print patience moitié par force et moitié par ciseaux [jeu de mots sur force et forces], Despériers, Contes, XXXIV. Ses mariniers firent telle diligence de lever l'ancre, et faire, comme dit est, force et volte, que…, Carloix, I, 37. … Non force [qu'importe], dist M. de Vieilleville, nous avons du temps assez, Carloix, V, 5. Le dit seigneur de Brissac, voyant la force n'estre sienne, delibera sa retraitte, Du Bellay, M. 582. Ayans vescu longuement, il est force qu'ils ayent beaucoup veu, Amyot, Préf. VII, 32. Juba veult à toute force que ce mot Ancylia ait esté tiré de la langue grecque, Amyot, Numa, 23. Où force est, raison n'a lieu, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 365. Meurtres, larcins, force de femme ou autres cas enormes, Coust. génér. t. II, p. 863. Tellement que, par force forcée, il faut que ce traité soit publié, Mém. de Bellièvre et de Sillery, p. 340, dans LACURNE. Estant mon intention qu'il ne soit faict aucune force ny violence aux consciences de mes subjets, Henri IV, Lettres missives, t. IV, p. 824.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. forsa, forza ; espagn. fuerza ; portug. força ; ital. forza ; du bas-latin forcia, fortia, dérivé du latin fortis, fort. Ce qui empêche d'y voir le pluriel neutre fortia, c'est que les noms ainsi dérivés de pluriels neutres ont un sens collectif qui manque ici : biblia, bible, mirabilia, merveille, etc.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

FORCE.
24Ajoutez :

En force, se dit d'une figure où la vigueur se manifeste. Il [l'Amour, de Bouchardon] allonge sa main gauche, autant qu'il est possible à une figure debout, en force, et qui n'est, par conséquent, que médiocrement inclinée, J. Dumesnil, Hist. des amat. français, I, 283.

33Force employé pour unité de force, cheval de vapeur. On lit dans le Messager de Cronstadt… Cette machine, qui est de 1400 forces nominales, est le moteur le plus puissant…, Journ. offic. 10 oct. 1874, p. 6938, 2e col. On lit dans l'Invalide russe :…Par le peu de puissance de la machine du Pérovsky (40 forces seulement), qui rend ce vapeur peu propre à remonter un fleuve aussi rapide que l'Amou-Daria, Journ. offic. 11 oct. 1874, p. 6956, 1re col.