« épine », définition dans le dictionnaire Littré

épine

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

épine [1]

(é-pi-n') s. f.
  • 1Arbre ou arbrisseau dont les branches sont armées de piquants. Épine blanche, aubépine (rosacées) (crataegus oxyacantha, L.).

    Épine noire, prunellier (rosacées) (prunus spinosa, L.).

    Épine luisante, nom vulgaire de l'hippophaé rhamnoïde (éléagnacées), dit aussi argousier, argoussier et griset.

    Épine aiguë, un des nom du crataegus pyracantha (rosacées), dit aussi épine ardente et buisson ardent.

    Épine de scorpion ou épine à scorpion, un des noms vulgaires donnés : 1° dans le midi de la France, en Italie et en Espagne, à l'éryngion des champs, ombellifère, dit aussi panicaut des champs ; 2° au Pérou et à la Guyane, à l'éryngion fétide.

    Épine solsticiale, nom vulgaire de la centaurée solsticiale (synanthérées), ainsi dite parce que ses fleurs hérissées de longues épines se montrent vers le solstice, Legoarant

    C'est un fagot d'épines, on ne sait par où le prendre, se dit d'un homme revêche et fâcheux.

    Gracieux comme un fagot d'épines, rude, d'une humeur bourrue.

    Fig. Entourons nos oreilles d'épines pour ne pas les laisser infecter par des discours empoisonnés, Massillon, Car. Médis.

    Être sur les épines, sur des épines, être dans une grande impatience, dans une grande anxiété. N'ayez point pour ce fait l'esprit sur les épines, Molière, l'Étour. I, 10. Il me parla du roi Jacques, j'étais sur les épines, Rousseau, Conf. VI.

    Marcher sur les épines, se trouver dans une conjoncture très difficile.

  • 2Piquant qui vient sur certains végétaux. La rose et ses épines. La couronne d'épines de Jésus-Christ. Ses yeux étaient noyés de pleurs ; Comme les anges des douleurs, Il était couronné d'épine, Musset, Poésies nouv. Nuits de décembre.

    Le langage botanique distingue l'épine de l'aiguillon : l'épine naît du corps ligneux ; l'aiguillon naît de l'épiderme. Le langage vulgaire ne distingue pas ces deux termes.

    Une épine au pied, un sujet de gêne et d'inquiétude. Tirer à quelqu'un une épine du pied, le tirer d'embarras. Courage ! s'il se peut enferrer tout de bon, Nous nous ôtons du pied une fâcheuse épine, Molière, l'Étour. III, 2. Voilà donc cette grande épine hors du pied, Sévigné, 242.

  • 3 Au plur. Difficultés, choses fâcheuses, désagréables. Dans les affaires aisées, ils sèment des épines pour les cueillir, Guez de Balzac, 3e disc. sur la cour. Ah ! que je me trouvais sur d'étranges épines ! Corneille, l'Illusion, IV, 6. Je vais par un chemin d'épines et de flamme Te retenir un lieu digne de ta vertu, Rotrou, St Genest, IV, 4. Vous allez vous enfoncer dans d'étranges épines [en plaidant], Molière, Scapin, II, 8. Il [le désespoir du damné] sera sans bornes dans l'autre vie, lorsque les péchés auront poussé leurs épines, comme dit St Augustin, et que nous en serons percés, Nicole, Ess. mor. 2e traité, ch. 10. Couraient chercher le ciel au travers des épines, Boileau, Lutr. VI. Les mariages ont assez d'épines sans cette amertume, Fénelon, Tél. XXIII. Où les plaisirs mêmes portent avec eux leurs épines, Massillon, Av. Bonh. Détrompé… des passions dont les voies ont toujours été pour moi semées d'épines et d'amertume, Massillon, Car. Mot. de conv. Ainsi les amertumes et les épines de la vertu ont toujours du moins une utilité présente qui en dédommage, Massillon, ib. Dégoûts. Le cardinal de Richelieu veut que l'on évite dans les monarchies les épines des compagnies qui forment des difficultés sur tout, Montesquieu, Esp. v, 10. Après avoir cueilli les fleurs de la poésie, il faut passer aux épines de la métaphysique, Voltaire, Lett. Prusse, 19.
  • 4 Terme d'anatomie. Nom donné aux éminences osseuses allongées, telles que l'épine nasale.

    L'épine du dos, l'épine dorsale, et, absolument, l'épine, la colonne vertébrale, la série des vertèbres qui règnent le long du dos des animaux vertébrés. Quelques historiens, moines grecs, ont cru et écrit très sérieusement que tous nos rois de la première race naissaient avec l'épine du dos couverte et hérissée d'un poil de sanglier, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuvres, t. IV, p. 169, dans POUGENS. Son épine [du cheval] se double et frémit sur son dos, Delille, Géorg. III.

    Fig. Courber l'épine, s'abaisser, faire une platitude ou une démonstration de civilité exagérée.

  • 5 Terme de métallurgie. Pointes qui hérissent le cuivre après l'opération du ressuage et de la liquation.
  • 6Longue épine, un des noms vulgaires du diodon holacanthe (poissons plectognathes).

    Épine double, le syngnathe, poisson.

    Épine de Judas, la vive.

  • 7Épine d'été, poire hâtive. Épine d'hiver, poire grosse et longue. Épine-rose, grosse poire hâtive, variée de vert et de rose.

    PROVERBE

    Il n'est point de roses sans épines, c'est-à-dire il n'est point de joie sans quelque déplaisir.
    [Elles] S'en vont bientôt changer nos épines en roses, Tristan, M. de Chrispe, IV, 4.

HISTORIQUE

XIIe s. Car Dex les fist espines [aubépines] devenir, Ronc. p. 155.

XIIIe s. Sous une espine espesse [elle] s'est alée mucier, Berte, XXXVIII. Un grant feu [ils] font d'espines, n'i firent longue atente, ib. XCVI. De mon pié destre par derriere Passai hier en une chariere, Une espine me feri enz, Ren. 7577. Virge, pucele nete et pure, Si com la rose ist [sort] de l'espine, Issis, glorieuse roïne, De juerie [juiverie] qui est poignans, Rutebeuf, II, 115.

XIVe s. Les ulceres qui sont sur l'espine [du dos] sont de forte curation, H. de Mondeville, f° 74.

XVe s. Et qui avoit bouté l'espine au pied de son enfant, maintenant ne l'en sçavoit tirer dehors ne lui procurer garison, Chastelain, Chron. III, 18.

XVIe s. Et furent les fols et hautains Comme feu d'espines esteints, Marot, IV, 328. Que ladite ville n'estoit pas seulement une petite espine dans le pied de la France, ains plustost une trop grosse sagette, qui lui perçoit les entrailles, Lanoue, 578. Le dimanche [après la Saint-Barthélemy] toute la ville se rechauffa pour aller voir une espine qui fleurissoit au cimetiere Saint-Innocent, D'Aubigné, Hist. II, 21. Partant Saint Jean d'Angeli [ville] fut pour le coup armé de ses espines et deffendu par ses afflictions, D'Aubigné, ib. III, 6. Ce qui s'y fit encores de plus ingenieux fut un pont d'espines liées ensemble, sur lequel nous passions l'Oise à cheval fort aisement, et mesmes l'artillerie, D'Aubigné, ib. III, 374. Comme on dit, au fond git l'epine, Yver, p. 628. La ligne, autrement dite espine de l'os des iles, Paré, I, 11. Les apophyses droites, c'est à dire espines des vertebres, Paré, IV, 18. Faire haye d'espines à mains nues, Génin, Récréat. t. II, p. 239.

ÉTYMOLOGIE

Wallon, sipeinn ; bourguign. épéne, épeigne ; provenc. et espagn. espina ; portug. espinha ; ital. spina ; du lat. spina.