« étudier », définition dans le dictionnaire Littré

étudier

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étudier

(é-tu-di-é), j'étudiais, nous étudiions, vous étudiiez ; que j'étudie, que nous étudiions, que vous étudiiez.
  • 1 V. n. Appliquer son esprit à l'étude des sciences, des lettres, etc. Étudier en droit, en médecine. Il me semble qu'on pourrait tirer de là que M. d'Avranches [Huet] est peut-être de tous les hommes qu'il y eut jamais celui qui a le plus étudié, D'Olivet, Hist. Acad. t. II, p. 402, dans POUGENS. Il eut de si fréquentes maladies pendant son enfance que ses parents n'osèrent le presser d'étudier, Mairan, Éloges, abbé de Molières. On doit étudier autant pour se former l'esprit que pour apprendre, Du Marsais. Œuvres, t. I, p. 32. Il faut étudier pour s'instruire. Mais comment faut-il étudier ? c'est une chose qu'on ignore assez communément, Condillac, Lang. calc. I, 12.

    Étudier ensemble, être élevés dans le même collége, dans la même maison d'éducation.

    Faire étudier, faire faire à un enfant le cours des classes. J'enrage que mon père et ma mère ne m'aient pas fait étudier dans toutes les sciences quand j'étais jeune, Molière, B. gent. II, 6. L'on trouva moyen de me faire étudier, Rousseau, Ém. IV.

  • 2Étudier à, archaïsme resté en usage au commencement du XVIIe siècle. Et puis quand je n'alléguerais autre chose, sinon que si j'ai étudié aux bonnes lettres pour me rendre capable de la vertu, si je suis homme de bien, je rends à mon père en son bienfait même plus que je n'ai reçu de lui, Malherbe, Le traité des bienf. de Sénèque, III, 31. J'avais un peu étudié, étant plus jeune, entre les parties de la philosophie, à la logique, et, entre les mathématiques, à l'analyse des géomètres et à l'algèbre, Descartes, Méth. II, 6. Plus un homme à lui-même étudie à mourir, Plus il commence à vivre à l'auteur de son être, Corneille, Imit. II, 12. Je m'imaginais que vous avez quelque pensée d'étudier à la magie, Méré, Œuvres posth. t. II, p. 360. Vous n'étudiez plus qu'à bien vivre, ID. ib. p. 260.
  • 3 V. a. S'appliquer à apprendre une science, un art, à comprendre un auteur, à bien connaître une chose. Étudier les mathématiques, le grec, le dessin, l'agriculture.
  • 4Tâcher de fixer dans sa mémoire, d'apprendre par cœur. Étudier un rôle, un morceau de musique. Étudier ses leçons.
  • 5Méditer, préparer. Étudier un discours, un compliment.

    On dit dans le même sens il fait des contes plaisants, mais il les étudie.

    Absolument. S'exercer sur un instrument de musique, piano, violon, etc. Cette pianiste étudie six heures par jour.

  • 6 Terme d'ingénieur. Étudier un projet, en vérifier les moyens d'exécution et la dépense.

    Les architectes disent dans le même sens étudier un plan.

  • 7 Terme de peinture et de sculpture. Étudier une draperie, une pose, s'assurer de leur effet avant l'exécution définitive.

    Étudier un modèle, en examiner soigneusement toutes les qualités.

    Il se dit dans le même sens en littérature. Je suis bien persuadé que de tous les modèles celui que Massillon avait le plus étudié, c'était Racine, Marmontel, Élém. litt. Œuv. t. v, p. 82, dans POUGENS.

  • 8Examiner attentivement. Étudier les phénomènes de l'électricité, les phases d'une maladie.

    Observer avec soin l'humeur, les habitudes, les inclinations des personnes. Votre homme arrive… je l'ai étudié une bonne grosse demi-heure, et je le sais déjà par cœur, Molière, Pourc. I, 4. J'étudiai leur cœur, je flattai leurs caprices, Racine, Athal. III, 2. Étudiez nos mœurs avant de les blâmer, Voltaire, Alz. IV, 2. Comme ils [les affranchis] ont étudié les faiblesses de leur maître et non pas ses vertus, Montesquieu, Esp. XV, 19.

    Étudier un terrain, en examiner les diverses parties pour l'objet qu'on se propose.

    Fig. Étudier le terrain, chercher à connaître à fond les choses et les hommes.

    Il faut étudier le moment favorable, l'épier afin de le saisir et d'en profiter.

  • 9Feindre. Cent fois je me révolte et cent fois je succombe ; Tant le calme forcé que j'étudie en vain, Près d'un si rare objet s'évanouit soudain, Corneille, Pulch. II, 1.
  • 10S'étudier, v. réfl. Être étudié. Le grec s'étudie moins aujourd'hui qu'autrefois.
  • 11Faire étude de soi-même. Il se juge en autrui, se tâte, s'étudie, Corneille, Pomp. III, 1. Je veux exprimer ma pensée, les paroles convenables me sortent aussitôt de la bouche, sans que je sache aucun des mouvements que doivent faire, pour les former, la langue ou les lèvres, encore moins ceux du cerveau, du poumon et de la trachée-artère ; puisque je ne sais pas même naturellement si j'ai de telles parties et que j'ai eu besoin de m'étudier moi-même pour le savoir, Bossuet, Connaiss. III, 12. Celui qui se sera étudié lui-même sera bien avancé dans la connaissance des autres, Diderot, Règne de Claude et de Nér. I, § 125.
  • 12S'étudier, s'appliquer, s'exercer, avec à et le verbe à l'infinitif. Sa rigueur s'étudie assez à m'accabler, Th. Corneille, Essex, IV, 5. Il s'étudiait à reconnaître les talents ; il les encourageait, les aidait par des attentions particulières, Fontenelle, Boerhaave. Plus sa place [de Colbert] l'élevait au-dessus d'eux, plus il s'étudiait à leur témoigner qu'avec eux il n'était que leur confrère ; il leur donnait des fêtes dans sa belle maison de Sceaux, D'Olivet, Hist. Acad. t. II, p. 208, dans POUGENS.

    Il se dit aussi avec un substantif. Plus une âme est humiliée, Plus elle s'est étudiée à ce noble ravalement, Corneille, Imit. III, 43. Un personnage grave ne s'étudie point à une si extravagante rhétorique, Bayle, Dict. crit. art. Arodon, rem. A.

    Pascal a construit s'étudier avec pour, construction que rien de grammatical n'interdit. L'on s'étudie tous les jours pour trouver les moyens, Pascal, dans COUSIN.

    Bossuet a mis s'étudier de. Une idée intérieure à laquelle je m'étudie de me conformer, Bossuet, Connaiss. v, 5. C'est peut-être pour éviter deux d, compléments, l'un de s'étudier, l'autre de se conformer, qu'on aurait si on suivait la construction ordinaire : à laquelle je m'étudie à me conformer. D'ailleurs, c'est un archaïsme que la grammaire ne repousse en aucune façon (voyez des exemples dans l'historique.)

HISTORIQUE

XIVe s. Mais j'ai estudié au livre de Jason…, Guesclin, 8960. Aucun pourroit dire que ceste science n'est pas si necessaire, car au temps passé plusieurs roys et princesses ont très bien gouverné qui oncques n'estudierent politicques, Oresme, Prol.

XVe s. Vous devez savoir que grand' murmuration estoit entre les clercs de l'université de ces nouvelles, et cessoient de lire et d'estudier ; et n'avoient puissance ni affection de rien faire…, Froissart, III, IV, 10. Ainsi le roi d'Angleterre et son conseil estudioient nuit et jour à faire engins et instrumens pour ceux de Calais mieux oppresser et contraindre, Froissart, I, I, 309.

XVIe s. Hà, malheureux, vous vous estudiez à vous mocquer de…, Marot, IV, 251. Quiconque s'estudie bien atentifvement, trouve en soy…, Montaigne, I, 7. Il avoit en sa teste une harangue estudiée, mais…, Montaigne, IV, 88. Les aultres s'estudient à eslancer et guinder leur esprit, Montaigne, III, 279. Lycurgus ne s'estudia de rendre les siens belliqueux pour faire oultrage aux autres, Amyot, Lyc. et Numa comp. 3. Il estudia tousjours aux sciences jusques à ce que Sylla fut demouré vaincueur, Amyot, Cic. 3. Il se remeit de rechef à estudier en rhetorique, Amyot, ib. 5. Il s'estudioit à dire tousjours quelque chose de nouveau à la louange de luy et de ce qu'il faisoit, Amyot, ib. 51.

ÉTYMOLOGIE

Wallon, sitûdî ; provenç. et espagn. estudiar ; portug. estudar ; ital. studiare ; du lat. studium, étude.