« combattre », définition dans le dictionnaire Littré

combattre

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

combattre

(kon-ba-tr'), je combats, nous combattons ; je combattis ; je combattrai ; que je combatte ; que je combattisse ; combattant ; combattu v. a.
  • 1Se battre contre un ennemi, soit qu'on attaque, soit qu'on se défende. Combattre un adversaire. Combattre les bêtes féroces. On eut d'abord à combattre les bêtes farouches ; les premiers héros se signalèrent dans ces guerres, Bossuet, Hist. I, 1.

    Faire la guerre. Combattre les ennemis de son pays.

    Dans le langage élevé ou poétique. Mon père… plein du grand combat qu'il avait combattu, En racontant sa vie enseignait la vertu, Lamartine, Harm. III, 2. Bien : aimez vos amours et combattez vos guerres, Hugo, Odes, II, 10. Cet emploi se justifie par l'exemple célèbre de Bossuet : Dormez votre sommeil, grands de la terre, le Tellier.

  • 2 Fig. Combattre les préjugés. Combattre l'hérésie. Un scrupule continuel la combat dans cette jouissance, Pascal, Conv. des P. Rodrigue dans mon cœur combat encor mon père, Corneille, Cid, III, 3. Car enfin ce n'est rien d'avoir à combattre l'indifférence ou les rigueurs d'une beauté qu'on aime, Molière, Sicilien, 3. De cent peuples pour lui combattre la rigueur, Racine, Androm. I, 4. Me faudra-t-il combattre encor vos cruautés ? Racine, ib. I, 4. C'est une ingratitude de combattre les intentions de son bienfaiteur, Patru, Plaidoyer 3, dans RICHELET. Nos vrais ennemis sont en nous-mêmes, et Louis combat ceux-là plus que tous les autres, Bossuet, Marie-Thérèse.

    Combattre la nature, lutter contre les obstacles qu'elle présente à l'homme. Il nous a fallu reprendre Corbie… en une saison en laquelle, outre les hommes, nous avions encore le ciel à combattre, Voiture, Lett. 74. Les chefs et Mortier lui-même, vaincus par l'incendie qu'ils com battaient depuis trente-six heures, y vinrent [au Kremlin] tomber d'épuisement et de désespoir, Ségur, Hist. de Napol. VIII, 6.

    Essayer de réfuter ou de détruire les opinions qu'un autre avance. Cet orateur combattit le ministère. Aristote combat souvent Platon. Je tiens aussi difficile de combattre un ouvrage que le public approuve, que d'en défendre un qu'il condamne, Molière, Fâch. Préface. On voit que les grands noms ne lui en imposaient pas ; il combat quelquefois Morgagni en le respectant, et Haller en l'estimant, Condorcet, Bertin.

  • 3Combattre un mal, une maladie, y opposer les moyens qui peuvent en procurer la guérison ou en arrêter les progrès.
  • 4 V. n. Livrer combat. À ce que je puis voir vous avez combattu, Prince, par intérêt plutôt que par vertu, Corneille, Nicom. II, 3. Je combattais, Seigneur, avec Montmorency, Voltaire, Zaïre, II, 3. Mon Dieu, j'ai combattu soixante ans pour ta gloire, Voltaire, ib. II, 3. Je suis l'un des guerriers qui sont venus de France Combattre parmi vous pour votre indépendance, Masson, Helv. II. Deux taureaux combattaient à qui posséderait Une génisse avec l'empire, La Fontaine, Fabl. II, 4. Les Machabées étaient vaillants, et pourtant il est écrit qu'ils combattaient par leurs prières plus que par leurs armes, Bossuet, Marie - Thérèse.

    Par extension. Et comptez - vous pour rien Dieu qui combat pour nous ? Racine, Ath. I, 2. C'est ainsi que M. de Beaumont défend à Paris l'innocence des Sirven, après avoir si glorieusement combattu pour les Calas, Voltaire, Lett. à M***, mars 1767.

    Lutter. Pollux… ne combattait pas mieux du ceste, Fénelon, Tél. XVI.

    Fig. Être en état de lutte, faire des efforts. Pour ne la plus aimer j'ai cent fois combattu, Racine, Bérén. V, 7. Par elle [la tentation] sa vertu plus vivement éclate, Et l'on doute d'un cœur jusqu'à ce qu'il combatte, Corneille, Imit. I, 13.

  • 5Combattre contre, au propre et au figuré, lutter, engager, soutenir la lutte. Il combattit contre les ennemis. Combattre contre les tentations. Combattre contre la faim. Il essaye, il fait des efforts, il combat contre le danger, Massillon, Avent. Délai de la convers.

    Dans le style élevé. [Ile] Bordée de rochers affreux contre lesquels la mer va follement combattre, Fénelon, Tél. VIII.

    Combattre pour, concourir au succès au triomphe de. Les maladies qui désolèrent l'armée ennemie combattirent pour Louis XIV, Voltaire, Louis XIV, 21.

    Combattre de civilité, de politesse avec quelqu'un, faire assaut de civilité.

  • 6Se combattre, v. réfl. Se battre l'un contre l'autre ; être opposé l'un à l'autre. Ils se combattirent avec fureur.

    Fig. Ces raisons se combattaient dans son esprit. L'auteur se combat lui-même, Bossuet, Somm. de la doctr.

HISTORIQUE

XIe s. [Je] Puis m'en cumbatre [avec nos chevaliers] à Charle et à Franceis, Ch. de Rol. XLII. Assez est mieux que [nous] morions combatans, ib. CXIV. À cels d'Espaigne mout s'i est cumbatuz, ib. CL. S'il ne cumbat à cele gent hardie, ib. CLXXXIV. Li emperere, s'il se cumbat od mei, ib. CCXXXVIII. Onc [je] ne vi gent qui si fust cumbatant, ib. CCLVI.

XIIe s. Bien [tu] peus combatre au roi et as Franzois, Ronc. p. 27. Et toute terre en [de mon épée] ai-je combatue, ib. p. 105. Là se combat chascuns pour garantir sa pel, Sax. IX. L'arcevesque Thomas pur els se conbateit, Th. le mart. 26.

XIIIe s. Bien furent jusques à seize seur le mur, et se combatirent main à main de haches et d'espées, Villehardouin, LXXVI. Et en cheval se combatti Pompeus de Rome contre Julius Cesar, H. de Valenciennes, XV. Pour combattre à vos ennemis avez passé une riviere à noue [à la nage], Joinville, 229.

XVe s. Ainsi que ces garçons se combattoient à aucuns de ces Anglois, Froissart, I, I, 31. Et savoit bien [le roi d'Angleterre] que le roi de France le suivoit à tout son effort, et en grand volonté de lui combattre, Froissart, I, I, 278. Ils ne cuidoient mie que nul François osast se combattre contre un Anglois, Froissart, II, II, 69. Mais à present Dieu pour toy se combat, Orléans, Ball. 77. Et fut cette bataille fort combatue, Commines, III, 7. Monseigneur qui aux Sarrazins se combatoit, Louis XI, Nouv. XVI.

XVIe s. Quiconque combat les loix menace les plus gents de bien de…, Montaigne, I, 165. Combattants cette opinion contre Platon, Montaigne, II, 253. Ceste bataille fut si asprement combatue de part et d'autre, que…, Amyot, Fab. 6. Il s'en alla trouver Hannibal, non point en l'intention de le combattre, ains…, Amyot, Fab. 11. Ils s'amuserent à piller l'or et l'argent, se combattans à qui en auroit, Amyot, Lucul. 31. Nous les freres puinez combaterons ensemble, Je dy Castor et moy, ou vous si bon vous semble, Ronsard, 854. Et se combat furieusement de ceste corne, Paré, Licorne, 13. Toute personne est tenue de combatre pour son pays, Rozier histor. I, 2.

ÉTYMOLOGIE

Le latin cum, et battre ; provenç. combattre ; espagn. combatir ; ital. combattere. Dans l'ancienne langue, combattre est un verbe neutre qui quelquefois, comme tous les verbes neutres d'alors, se conjugue avec le pronom réfléchi ; ce n'est qu'à partir du XVe et du XVIe siècle qu'il devient actif.