« frapper », définition dans le dictionnaire Littré

frapper

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frapper

(fra-pé) v. a.
  • 1Donner un ou plusieurs coups. Il [le cheval] frappe du pied la terre, il s'élance avec audace, il court au-devant des hommes armés, Sacy, Bible, Job, XXXIX, 21. Voyez comme elle frappe cette poitrine innocente, comme elle se reproche les moindres péchés, Bossuet, Mar.-Thér. Et, droit entre les yeux, [il] Frappe du noble écrit l'athlète audacieux, Boileau, Lutr. V. [Il] Lui jette pour défi son assiette au visage ; L'autre esquive le coup ; et l'assiette volant S'en va frapper le mur et revient en roulant, Boileau, Sat. III. Ceux qui gémirent sur l'aventure des diables de Loudun, ceux qui trouvèrent mauvais qu'un récollet, en conduisant Urbain Grandier au supplice, le frappât au visage avec un crucifix de fer…, Voltaire, Désastre de Lisbonne, préf. Tout est perdu, au contraire, quand on le traite [le peuple] comme une troupe de taureaux ; car tôt ou tard ils vous frappent de leurs cornes, Voltaire, Lett. Linguet, 15 mars 1767. Il [le pape Boniface VIII] se présenta avec majesté devant Colonna et Nogaret ; il est fort douteux que Colonna ait eu la brutalité de le frapper, Voltaire, Mœurs, 65.

    Se frapper, frapper à soi. Et se frappant le sein de ses pleurs inondé, Voltaire, Sémir. I, 1.

    Frapper un coup, donner un coup sur quelque chose. Le régisseur va frapper les trois coups (c'est au théâtre le signal pour lever le rideau).

    Fig. Frapper un coup, faire quelque tentative violente, périlleuse. Il veut frapper le coup sans notre ministère, Corneille, Héracl. III, 3. Tandis que Louis… Au Nil épouvanté ne va porter la guerre, Que pour venir bientôt, frappant des coups plus sûrs, Délivrer ton Dieu même et lui rendre ces murs [de Jérusalem], Voltaire, Zaïrs, III, 4. Du coup qu'on va frapper au milieu de la nuit, Vos regards dès demain recueilleront le fruit, Chénier M. J. Charles IX, II, 4.

    Fig. et familièrement. Frapper son coup, produire l'effet qu'on se propose.

    Frapper les grands coups, employer les grands moyens, faire quelque chose d'extraordinaire.

    Frapper l'air, ébranler l'air par la commotion d'un bruit. Qui frappe l'air, bon Dieu ! de ces lugubres cris ? Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paris ? Boileau, Sat. VI.

  • 2Battre et serrer sur le métier la trame d'une toile, etc.

    Former la tête des épingles.

    Terme de marine. Attacher fortement et à demeure. Frapper une poulie.

  • 3 Terme de monnayage. Donner l'empreinte. Frapper de la monnaie. On a frappé en Angleterre une médaille de l'amiral Anson ; c'est un chef-d'œuvre digne du temps d'Auguste ; le revers est une victoire posée sur un cheval marin, tenant une couronne de laurier, Voltaire, Lett. Thiriot, 14 juin 1769. La ligue règne sous le nom de ce cardinal de Vendôme, qu'elle appelait Charles X, au nom duquel on frappait la monnaie, tandis que le roi le retenait prisonnier à Tours, Voltaire, Mœurs, 174.

    Fig. Bien frapper un vers, le marquer d'une vive empreinte.

  • 4Frapper avec un instrument tranchant ou avec une arme. Frappez l'arbre infructueux qui n'est plus bon que pour le feu, Bossuet, Marie-Thér. Comment frapper un roi de gardes entouré ? Voltaire, Oreste, I, 2.

    Absolument. Il frappe, et le tyran tombe aussitôt sans vie, Corneille, Héracl. v, 7. Les mains élevées à Dieu enfoncent plus de bataillons que celles qui frappent, Bossuet, Marie-Thér. L'infidèle s'est vu partout envelopper, Et je n'ai pu trouver de place pour frapper, Racine, Andr. V, 3. Je lui marque le cœur où sa main doit frapper, Racine, Mithr. IV, 1. Frappez, aucun respect ne vous doit retenir ; J'ai tout fait, et c'est moi que vous devez punir, Racine, ib. IV, 2.

  • 5Frapper de glace, ou, simplement, frapper, rafraîchir très promptement du vin, une liqueur avec de la glace (la glace frappant pour ainsi dire et saisissant le liquide). Frapper du champagne.
  • 6Se porter vers, darder sur. Les parties d'un objet que la lumière frappe. Déjà le jour plus grand nous frappe et nous éclaire, Racine, Iphig. I, 1.
  • 7Faire impression sur les organes de la vue ou de l'ouïe. Un bruit lointain frappa mon oreille. Les lueurs de l'incendie frappaient nos yeux. Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté…, Corneille, Hor. III, 1. Ils [ces noms] m'ont frappé l'oreille, ils m'ont blessé le cœur, Corneille, Héracl. III, 5. Auras-tu donc toujours des yeux pour ne point voir, Peuple ingrat ? quoi ! toujours les plus grandes merveilles, Sans ébranler ton cœur, frapperont tes oreilles ? Racine, Ath. I, 1. Viens, reconnais la voix qui frappe ton oreille, Racine, Iphig. I, 1. Joas laissé pour mort frappa soudain ma vue, Racine, Athal. I, 2.

    Fig. Frapper les yeux, attirer l'attention. Pour moi, je voudrais bien que, pour vous montrer mieux, Une charge à la cour vous pût frapper les yeux, Molière, Mis. III, 7.

  • 8Faire impression sur l'esprit ou le cœur. Les désastres d'Othon ainsi que moi vous frappent, Corneille, Othon, v, 5. Un tendre souvenir frappait soudain mon âme, Th. Corneille, Ariane, I, 4. Ce jour, ce triste jour frappe encor ma mémoire, Racine, Brit. I, 1. Jugez combien ce coup frappe tous les esprits, Racine, ib. V, 5. De quel étonnement, ô ciel, suis-je frappée ! Racine, Bajaz. III, 6. Quelque songe effrayant cette nuit l'a frappé, Racine, Esth. II, 1. Mais je vois que mes pleurs et que mes vains discours Pour vous persuader sont un faible secours, Votre austère vertu n'en peut être frappée, Racine, Athal. V, 2. Les faibles intérêts doivent peu nous frapper, Voltaire, Sémiram. II, 3. L'un d'eux est ce héros dont les traits m'ont frappée, Voltaire, Oreste, III, 4. Ces oiseaux de carnage frappent tous les autres oiseaux d'une frayeur si vive qu'on les voit frémir à leur aspect, Buffon, Ois. t. XI, p. 109, dans POUGENS. La douceur et la simplicité des Indiens le frappèrent [Las Casas] à tel point, qu'il se fit ecclésiastique pour travailler à leur conversion, Raynal, Hist. phil. VII, 15.

    Absolument. Voilà ce qui surprend, frappe, saisit, attache, Boileau, Art p. III.

  • 9Il se dit des coups du sort, des afflictions divines. Le Seigneur vous frappera de frénésie, d'aveuglement et de fureur, Sacy, Bible, Deutér. XXVIII, 28. Le Seigneur éloignera de vous toutes les langueurs, et il ne vous frappera point des plaies très malignes dont vous savez qu'il a frappé l'Égypte, Sacy, ib. VII, 15. Le Seigneur frappera d'indigence la maison de l'impie ; mais il bénira les maisons des justes, Sacy, ib. Prov. de Sal. III, 33. Dieu frappa d'aveuglement tout ce qui avait contribué à la rupture d'un mariage aussi solennel que celui de Catherine, Bossuet, Var. II, § 21. Pendant que nous tremblons sous leur main [des puissants de la terre], Dieu les frappe pour nous avertir, Bossuet, Duch. d'Orl. Il frappe ces nuées d'aridité et de sécheresse, Massillon, Carême, Parole. Dieu frappe autour de nous nos proches, nos amis, Massillon, Orais. fun. Dauph. Je pardonne à la main par qui Dieu m'a frappé, Voltaire, Alz. v, 7. Il se sentait frapper d'une main invisible, Voltaire, Henr. III. Le ciel en me frappant donne un exemple aux rois, Chénier M. J. Charles IX, V, 4. [Nos amis et parents morts] Ils t'ont prié [mon Dieu !] pendant leur courte vie, Ils ont souri quand tu les as frappés, Lamartine, Harm. II, 1.

    Absolument. Tu frappes, tu guéris, tu perds et ressuscites, Racine, Athal. III, 7. Mon cœur désespéré se soumet, s'abandonne Aux volontés d'un Dieu qui frappe et qui pardonne, Voltaire, Alz. V, 7. Frappe, mon Dieu ; car je l'ai mérité, Beaumarchais, Mère coup. IV, 13.

    Faire mourir. Dieu frappe tous les premiers-nés des Égyptiens.

  • 10Punir. Il nous reste à frapper quelques secrets complices, Voltaire, Triumv. I, 4.

    Absolument. [à Venise] La mort frappe sans bruit, le sang coule en silence, Ducis, Othello, II, 7.

    Frapper d'anathème, de réprobation, anathématiser, réprouver.

  • 11Affecter, affliger. Ne doutez point, seigneur, que ce coup ne la frappe, Racine, Brit. III, 1. Je connais votre cœur : vous devez vous attendre Que je vais le frapper par l'endroit le plus tendre, Racine, Bérén. III, 3. L'avenir l'inquiète et le présent le frappe, Racine, Esth. II, 3.

    Il se dit des maladies. Tant de victimes que la peste a frappées. Il a été frappé d'apoplexie.

  • 12 Terme de jurisprudence. Être établi, assigné sur. Cette hypothèque frappe tous les biens du débiteur.

    Absolument. Son hypothèque frappe sur tel immeuble.

    Terme d'administration. Frapper les marchandises d'un droit à l'entrée, à la sortie.

  • 13 V. n. Donner un coup. Frapper dans la main. Frapper fort. …Pâlit, frappe du pied, frémit, déteste, tonne, Rotrou, St Genest. II, 8. Tous ceux qui passaient par le chemin ont frappé des mains en vous voyant, Sacy, Bible, Jérémie, Lament. II, 15. Toutpère frappe à côté, La Fontaine, Fabl. VIII, 20. Le czar y voulut tout voir, tout examiner, et finit par le réfectoire où il demanda un coup de vin des soldats, but à leur santé, les traitant de camarades, et frappant sur l'épaule de ses voisins, Duclos, Mém. rég. Œuv. t. V, p. 297, dans POUGENS. Quand ils [les lamas] sont excédés ou qu'ils succombent sous le faix, il est inutile de les harceler ou de les frapper ; ils s'obstinent jusqu'à se tuer en frappant de la tête contre la terre, Raynal, Hist. phil. VII, 29. Surpris, quand il a frappé au cœur d'un empire, d'y trouver un autre sentiment que celui de la soumission et de la terreur, il se sent vaincu et surpassé en détermination, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 6.

    Il frappe comme un sourd, il frappe sans dire mot, se dit d'un homme qui bat avec violence.

    Fig. Porter atteinte. Les tribunaux frappent sans cesse sur la juridiction patrimoniale des seigneurs, Montesquieu, Espr. IV, 4.

  • 14Frapper à une porte, ou, simplement, frapper, c'est-à-dire frapper pour la faire ouvrir. On frappe à la porte. Mercure frappe, on ouvre ; aussitôt Philémon Vient au-devant des dieux et leur tient ce langage, La Fontaine, Phil. et Bauc. Quel bruit à descendre m'oblige, Et qui frappe en maître où je suis ? Molière, Amph. III, 5. Quelle insolente main frappe à coups redoublés ? Racine, Athal. V, 1.

    Fig. Frapper à, s'adresser à. Demandez avec instance, et, s'il [Dieu] rejette vos demandes, cherchez les moyens de l'apaiser, …frappez à la justice, et dites-lui : oh ! justice de mon Dieu, vous ne punissez pas nos fautes avec rigueur en ce monde ; frappez à la sagesse, et dites-lui : oh ! sagesse de mon Dieu, vous savez tant de moyens de vaincre mon vice, Bossuet, Abrégé d'un sermon pour le vendredi de la 1re sem. de carême. Le rouge-gorge s'adresse aux cabanes, l'hirondelle frappe aux palais, Chateaubriand, Génie, I, v, 7.

    Fig. Frapper à toutes les portes, s'adresser à toutes sortes de personnes. Le roi [de Prusse] s'échauffait et disait que, tant que notre cour [de France] frapperait à toutes les portes pour obtenir la paix, il ne s'aviserait pas de se battre pour elle, Voltaire, Mél. litt. Comment. hist. t. LXIII, p. 48.

  • 15 Fig. Frapper à, s'approcher de. Maintenant que le temps a mûri mes désirs, Que mon âge, amoureux de plus sages plaisirs, Bientôt s'en va frapper à son neuvième lustre, Boileau, Épît. V.

    Frapper à la borne, atteindre la limite. Il a frappé à la borne de son intelligence ; il faut même absolument que cela soit ainsi, sans quoi nous irions de degré en degré jusqu'à l'infini, Voltaire, Philos. ignorant, Question 9e.

  • 16L'heure a frappé, elle a sonné.

    Activement. L'horloge du palais vint à frapper onze heures, Régnier, Sat. VIII.

  • 17 Terme de chasse. Frapper à route, remettre sur la trace de la bête les chiens qui sont en défaut.

    Frapper aux brisées se dit du veneur, lorsqu'ayant fait son rapport, il va laisser courre.

  • 18Se frapper, v. réfl. Se donner un coup. Se frapper à la tête.

    Se porter un coup d'une arme. Il se tait et se frappe en achevant ces mots, Racine, Théb. III, 3.

  • 19Se frapper réciproquement. Ils se sont frappés l'un l'autre.

    Fig. Vardes a extrêmement plu à Termes, et Termes à Vardes ; leurs esprits se sont frappés d'un agrément égal ; ç'a été un coup double, Sévigné, 357.

  • 20S'affecter de terreur ou de crainte. Il se frappe beaucoup de ces événements. C'est un homme qui se frappe aisément.
  • 21Être frappé en parlant du vin qu'on rafraîchit par la glace. Le champagne se frappe pour le dessert.

HISTORIQUE

XIVe s. Mais ainchois que [avant que] mais voie le solail esconser, Leur fera telle aieuwe [aide] Richiars au bien fraper…, Hugues Capet, v. 2336. Se le vin est pourri, mettre la queue [tonneau] emmi une court sur deux treteaulx, afin que la gelée y frappe, Ménagier, II, 3.

XVe s. En l'ost du roy s'estoit frappée une maladie de flux de ventre, J. Lefèvre de St-Remy, Hist. de Charles VI, p. 67, dans LACURNE. Le feu se frappa en aucun de ses navires, ID. ib. p. 82. Quant la mulle eut circuit toute la praerie, elle se frappa dans la forest, Perceforest, t. II, f° 5. Les François à cheval, qui estoient de deux à trois cent lances, frapperent vaillamment sur l'autre costé, où il y avoit bien de deux à trois mille archers et deux cent lances d'Anglois, Chronique de la Pucelle, ch. 10. De trop boire frappée, une teste en rechappe… à ces grands coups de Mars, tout remede y est vain, Basselin, XIX. Et en armes chascun se tiengne à ces frapper d'espieu et de lance, Myst. du siége d'Orléans, p. 85. Puis la terre de Beausse avons, Frappant jusque es forsbourgs d'Orleans, ib. p. 45.

XVIe s. Ce conte luy veint frap per l'imagination, Montaigne, I, 94. Et n'y eut presque rien de sauvé que les 2000 bisongnes par la sagesse de ceux qui les menoient, qui frapperent à terre [abordèrent] au-dessous de Meidelbourg, D'Aubigné, Hist. II, 72. Cela est frapper à la porte d'un trespassé, Cotgrave Je cherche et quiers, et frappe aux huys et maille, Et si ne puis croquer la seule maille, G. Cretin, Épit. au roi Louis XI. L'horloge frappe [l'horloge sonne les heures], Oudin, Curios. fr. Tel cuide frapper qui tue, Cotgrave Toujours ne frappe l'on pas ce à quoy l'on vise, Cotgrave, ib.

ÉTYMOLOGIE

Bourguign. fraipai ; provenç. frapar ; anc. cat. frappar ; ital. frappare ; d'après Grangagnage, du hollandais flappen, souffleter ; angl. to flab, battre de l'aile. Diez, qui donne aussi de l'attention à cette étymologie, incline pourtant vers le haut allemand hrappa, insulter, attribuant à frapper le sens primitif d'injurier, sur ce fondement que, dans les patois anglais, frape a le sens de dire des injures et que le mot n'y peut venir que du français. Malgré cette autorité, l'étymologie par flappen paraît mériter la préférence. Du reste nous n'avons, dans l'historique, d'exemples que du XIVe siècle.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

FRAPPER. - HIST. Ajoutez : XIIIe s. Se Rainouars nes [ne les] vet del fust fraper, Ne mangera de pein à son disner, Aliscamps, V. 3858, éd. Guessard.