« paille », définition dans le dictionnaire Littré

paille

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

paille

(pâ-ll', ll mouillées, et non pâ-ye) s. f.
  • 1Tiges desséchées des graminées céréales. Une vieille lanterne, un tabouret de paille, [Régnier, Sat. X] Nous ne sommes que l'abbé et moi dans ce joli cabinet, sur de bons coussins, bien à l'air, bien à notre aise, tout le reste comme des cochons sur la paille, [Sévigné, 425] Mais je n'y perdais rien ; enfin, vaille que vaille, J'aurais sur le marché fort bien fourni la paille, [Racine, Plaid. I, 1] Qu'ils soient comme la poudre et la paille légère Que le vent chasse devant lui, [Racine, Esth. I, 5] Le grand Condé lui-même couche sur la paille, [Voltaire, Louis XIV, 4] Là, la paille docile, Prend mille aspects nouveaux sous une main agile, [Delille, Imag. VI] La paille et surtout celle du froment est un fort bon aliment [fourrage], lorsqu'elle est blanche, menue, fourrageuse, c'est-à-dire associée à de certaines plantes, [Genlis, Maison rust. t. I, p. 198, dans POUGENS] On peut bien manger sans nappe ; Sur la paille on peut dormir, [Béranger, Gueux.]

    Fig. Armes du reste de la terre, Contre ces deux peuples unis Qu'êtes-vous que paille et que verre ? [Malherbe, VI, 2] Si l'on croyait la canaille, La charte serait de feu Et le monarque de paille, [Béranger, Rév. pères.]

    Un cent, un millier de paille, un cent, un millier de bottes de paille.

    Aller à la paille, se dit des soldats qui vont faire leur provision de paille.

    Fig. Envoyer les soldats à la paille, leur donner un moment de repos pendant l'exercice.

    Ils sont aises comme rats en paille, ils sont là comme rats en paille, se dit de gens qui font grande chère chez autrui, de domestiques qui dissipent le bien du maître.

    Il est à la paille jusqu'au ventre, se dit d'un homme fort à son aise.

    Tout y va, la paille et le blé, se dit d'un prodigue qui dépense tout.

    Cet homme a bien mis de la paille en ses souliers, c'est-à-dire il est devenu riche en peu de temps.

    Feu de paille, voy. FEU, n° 7.

  • 2 Fig. Dans l'Évangile, paille, signifie les réprouvés. Les tempêtes dont l'Église a été battue, ont emporté la paille et fait paraître le froment, [Nicole, dans RICHELET]
  • 3 Fig. Il se dit pour misère. De mon berceau près de bénir la paille, En me créant Dieu m'a dit : ne sois rien, [Béranger, A mes amis devenus ministres.]

    Il couche sur la paille, se dit de quelqu'un très misérable. Ils veulent me réduire à coucher sur la paille, [Gherardi, Théât. ital. t. II, p. 367]

    Mettre à la paille, sur la paille, ruiner. Trois douzaines de Cupidons Qu'une actrice a mis sur la paille, [Béranger, Pauv. am.]

    Il mourra sur la paille, se dit d'un homme qui se ruine.

  • 4Une paille, un très petit brin de paille. Quand la balance est parfaitement égale, une paille suffit pour la faire pencher, [Rousseau, Écon. polit.]

    Fig. Dans le langage de l'Évangile, voir une paille dans l'œil de son prochain, et ne pas voir une poutre dans le sien, remarquer les moindres défauts chez les autres et ne pas voir les siens propres. Hypocrite, ôtez premièrement la poutre de votre œil, et alors vous verrez comment vous pourrez tirer la paille de l'œil de votre frère, [Sacy, Bible, Évang. St Math. VII, 5]

    Fig. Rompre la paille, rompre un marché, un accord.

    Rompre la paille signifie aussi se brouiller. Pour couper tout chemin à nous rapatrier, Il faut rompre la paille ; une paille rompue Rend, entre gens d'honneur, une affaire conclue, [Molière, le Dép. IV, 4] Si vous m'aimez, laissez-moi faire ; ou, sans ça, la paille est rompue, [Dancourt, Mari retrouvé, SC. 16]

    Fig. Cela lève, enlève, emporte la paille, se dit d'une chose excellente, singulière, décisive, par allusion à l'ambre qui a la vertu d'attirer la paille. Il y avait dimanche un bal qui fut joli ; nous y vîmes une Basse-Brette, qu'on nous avait assuré qui levait la paille, [Sévigné, 77] Racine a fait une comédie qui s'appelle Bajazet, et qui enlève la paille, vraiment elle ne va pas en empirando comme les autres, [Sévigné, 13 janv. 1672]

    Tirer à la courte paille, tirer au sort avec des brins de paille de longueur inégale. Maint d'entre vous souvent juge au hasard, Sans que pour ce tire à la courte paille, [La Fontaine, Juge.]

    Jeter la paille au vent, se dit lorsque incertain de sa route, on jette une paille au vent pour voir d'où le vent souffle.

  • 5De paille, se dit des personnes et des choses sans valeur. J'écrivais en chiffres au duc d'Orléans, mais par ses courriers quand ils s'en retournaient, et, par-ci, par-là, quelques lettres de paille, [Saint-Simon, 202, 193] Si les Guèbres sont bien joués, ils feront un beau fracas ; il y a des attitudes pour tout le monde ; à genoux, mes enfants, doit faire un grand effet, et la déclaration de César n'est pas de paille, [Voltaire, Lett. d'Argental, 15 sept. 1768]

    Homme de paille, homme de néant. Il y a bien deux ans et plus Que certains vers de moi vous prîtes, Pour lesquels quelques carolus, Grand monarque, vous me promîtes… Qui pouvez du plus misérable Faire un archiprotonotable, Et du plus vil frotte-patin Un noble à jupe de satin, Un milord d'un homme de paille, [Dassoucy, Poésies et lettres, etc. p. 129, dans FR. MICHEL, Argot] Monsieur, dit-il…, afin que vous ne pensiez point que je sois un homme de paille, sachez que j'ai fait acquisition, en ma patrie, d'une maison qui vaut dix mille écus, [Francion, IV, p. 162] Il n'est possible d'imaginer rien qui ne fût là [chez M. de Boufflers] sous la main, et pour le dernier survenant de paille comme pour l'homme le plus principal, [Saint-Simon, 60, 3]

    Homme de paille, se dit aussi de celui qui ne fait que prêter son nom dans une affaire. C'est Bardolier qui achèterait réellement ; il y aurait une contre-lettre ; l'ami ne serait qu'un prête-nom, un homme de paille, [Picard, Vieille tante, II, 9]

    Croix de paille, se dit pour exprimer une chose qu'on ne fera pas, à laquelle on ne croit pas (locution qui vient de ce qu'avec une paille on ne peut tracer la croix, signe d'affirmation). Si je me fie à lui, croix de paille.

  • 6Nom donné aux enveloppes florales des graminées séparées du grain. Paille d'avoine.
  • 7Défaut de liaison dans la fusion des métaux. Cette lame est fine, mais il y a quelques pailles.

    Défaut de liaison dans la fusion du verre.

    Se dit des inégalités, des crevasses ou diversités de couleur qu'on trouve dans les pierres de mine.

    Terme de lapidaire. Pailles, les obscurités qui se trouvent quelquefois dans les pierres précieuses et qui en diminuent beaucoup le prix. Il ne faut pas s'étonner si, parmi un grand nombre de diamants, il s'en rencontre qui ont des pailles, [Godeau, Disc. sur Œuv. de Malh.]

    Se dit aussi des écailles qui tombent du fer quand on le forge à chaud.

  • 8 Terme de marine. Paille de bitte, longue cheville de fer qu'on introduit dans la tête d'une bitte pour retenir le câble quand il a été tourné autour de la bitte.

    Pailles d'arrimage, bûches droites, courtes, rondes et sans écorce.

  • 9Paille-en-queue, ou paille-en-cul, oiseau de mer dont la queue a deux longues plumes étroites (au pl. des paille-en-queue, ou paille-en-cul). Son caractère le plus frappant est un double long brin qui ne paraît que comme une paille implantée à sa queue ; ce qui lui a fait donner le nom de paille-en-queue, [Buffon, Ois. t. XVI, p. 108]

    En termes de marine, paille-en-cul, nom donné quelquefois à la voile d'artimon de certains petits navires et des canots et chaloupes, en général.

  • 10Couleur de paille, et, adjectivement, couleur paille, couleur qui ressemble à celle de la paille. On dit que la couleur de paille ne réussissait pas, et que Mme de Langeron, qui est l'âme de toute la parure de l'hôtel de Condé, en a été malade ; en effet voilà de ces sortes de choses dont on ne doit point se consoler, [Sévigné, 399] L'acier ayant été trempé très dur, veut-on le ramener au degré de dureté des rasoirs, des canifs, etc. on le chauffe sur des charbons incandescents, jusqu'à ce qu'il prenne une couleur paille, [Thenard, Traité de chim. t. I, p. 381, dans POUGENS]

    Vins de paille, vins fabriqués avec des raisins desséchés.

    Paille, adjectif, est invariable. De la soie paille. Des rubans paille, ainsi dits à cause de leur couleur.

    S. m. Le paille de cette étoffe est bien beau.

HISTORIQUE

XIIe s. Il s'enfuiront, sor qui que la perte aille ; N'auront de gent valissant une paille, [Raoul de C. 43]

XIIIe s. Qui li vendi paille por grain, Et changa por le froment l'orge, [Fabliaux mss. p. 144, dans LACURNE] Largesse semble à feu de paille ; Quant il est ars [brûlé], jà rien ne vaut, Romancero, [Le Comte de Bret. p. 161] Mes de religion, sans faille, G'en pren le grain et laiz la paille, [la Rose, 11256] Et liz de paille n'est pas liz, Et en mon lit n'a fors la paille, [Rutebeuf, 3]

XVe s. Aussi-tost que la beste est saoule, On y pert la paille et le grain, [Coquillart, Plaidoy. de la simple.] À longue voye paille pese, [Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 81]

XVIe s. Elle, qui ne lui devoit rien, lui voulut soudain mettre la paille au devant et l'arrester, en l'assurant qu'elle n'aimoit et n'aimeroit jamais autre que son mari, [Marguerite de Navarre, Nouv. XI] Et en racontoit des tours qui levoient la paille, [D'Aubigné, Vie, XXXVIII] Prevoiant que cette mort l'eust descrié parmi tous les siens, il aima mieux ne rompre point la paille, et ainsi se separa en propos de l'entreveue, [D'Aubigné, Hist. II, 343] Fermez-vous, sire, à voir les fruicts de leur confusion, l'election d'un roi de paille…, [D'Aubigné, ib. III, 293] Nostre langue n'est moins capable que la latine des traits poetiques hardis ; car, quant à moy, je ne voy rien en quoy le romain nous fasse passer la paille devant les yeux, [Pasquier, Recherches, VII, p. 624, dans POUGENS] Avec le temps et la paille l'on meure les mesles [nèfles], [Cotgrave]

ÉTYMOLOGIE

Prov. palha, pailha ; catal. palla ; espag. paja ; portug. palha ; ital. paglia ; du lat. palea. La locution rompre la paille s'explique par un ancien usage féodal : lorsqu'un vassal voulait se soustraire ouvertement à l'obéissance de son souverain, il rompait une paille en sa présence et par là se croyait absous de son hommage et de son serment de fidélité (Et exfestucaverunt fidem et hominia quae olim fecerant eidem consuli ; il s'agit de Guillaume le Normand, comte de Flandres), Hist. littér. de la France, t. XI, p. 143.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PAILLE. Ajoutez :
11Paille de fer, tournure de fer, pour mettre à neuf les meubles et les parquets, en usage depuis quelques années.