« science », définition dans le dictionnaire Littré

science

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

science

(si-an-s') s. f.
  • 1Connaissance qu'on a de quelque chose. Selon divers besoins il est une science D'étendre les liens de notre conscience, Molière, Tart. IV, 5. La science des choses extérieures ne me consolera pas de l'ignorance de la morale au temps d'affliction ; mais la science de mœurs me consolera toujours de l'ignorance de choses extérieures, Pascal, Pens. VI, 41, édit HAVET. Il n'y a que la science des choses, c'est-à-dire celle qui a pour but de satisfaire notre esprit par la connaissance du vrai, qui puisse avoir quelque solidité, Nicole, Ess. de mor. traité I, ch. 7. Fatal présent du ciel, science malheureuse, Qu'aux mortels curieux vous êtes dangereuse ! Plût aux cruels destins, qui pour moi sont ouverts, Que d'un voile éternel mes yeux fussent couverts ! Voltaire, Œdipe, III, 4.

    Savoir quelque chose de science certaine, d'une certaine science, le savoir d'une façon tout à fait sûre. Mme de Guémené me dit qu'elle savait de science certaine que le cardinal croyait que j'en avais été l'auteur [des barricades], Retz, II, 147. Je sais de science certaine que jamais Louis XIV ne fit une réponse si peu convenable [j'ai toujours été maître chez moi, quelquefois chez les autres ; ne m'en faites pas souvenir], Voltaire, Louis XIV, 24.

    Parler de quelque chose de science certaine, en parler comme parfaitement informé. Ce qu'elle vous en dit est assurément vrai ; Je puis vous en parler de science certaine, Boursault, Fabl. d'Ésope, I, 3.

    De notre certaine science, pleine puissance et autorité royale, ancienne formule des édits et déclarations du roi.

    L'arbre de la science du bien et du mal, l'arbre du paradis terrestre dont Dieu avait interdit les fruits à Adam.

  • 2Ensemble, système de connaissances sur une matière. Toutes les sciences qui sont soumises à l'expérience et au raisonnement, doivent être augmentées pour devenir parfaites ; les anciens les ont trouvées seulement ébauchées, et nous les laisserons à ceux qui viendront après nous en un état plus accompli que nous ne les avons reçues, Pascal, Fragm. d'un traité du vide. De là vient que, par une prérogative particulière, non-seulement chacun des hommes s'avance de jour en jour dans les sciences, mais que tous les hommes ensemble y font un continuel progrès à mesure que l'univers vieillit, parce que la même chose arrive dans la succession des hommes que dans les âges différents d'un particulier, Pascal, ib. Nous voyons que toutes les sciences sont infinies en l'étendue de leurs recherches, Pascal, Pens. I, I, éd. HAVET. J'avais passé longtemps dans l'étude des sciences abstraites… quand j'ai commencé l'étude de l'homme, j'ai vu que ces sciences abstraites ne lui sont pas propres, et que je m'égarais plus de ma condition en y pénétrant que les autres en les ignorant, Pascal, ib. VI, 23. Les sciences ont deux extrémités qui se touchent : la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant ; l'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes, qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien, et se rencontrent en cette même ignorance d'où ils étaient partis, Pascal, ib. III, 18. La science est ou des mots, ou des faits, ou des choses, Nicole, Ess. de mor. 1er traité, ch. 6. Les sciences ne viennent-elles pas aux savants, comme les richesses viennent à la plupart des gens riches ? n'est-ce pas par voie de succession ? vous héritez des anciens, vous autres hommes doctes, ainsi que nous de nos pères, Fontenelle, Dial. 2, Morts mod. L'Ingénu faisait des progrès rapides dans les sciences, et surtout dans la science de l'homme, Voltaire, l'Ingénu, 14. C'était une ancienne tradition passée de l'Égypte en Grèce, qu'un dieu ennemi du repos des hommes était l'inventeur des sciences, Rousseau, Disc. rétabl. des sciences. Une science bien traitée n'est qu'une langue bien faite, Condillac, Œuvr. t. XXIII, p. 7. Il n'y a plus qu'un bouleversement général du globe qui puisse éteindre les sciences, les arts, et ensevelir les noms des hommes célèbres qui les ont cultivés, Diderot, Lett. à Falconet, janv. 1866. Les sciences sont une espèce de grand édifice auquel plusieurs personnes travaillent de concert ; les uns, à la sueur de leur corps, tirent la pierre de la carrière, d'autres la traînent avec effort jusqu'au pied du bâtiment, d'autres l'élèvent à force de bras et de machines ; mais celui qui la met en œuvre et en place a le mérite de la construction, D'Alembert, Élém. de philos. ch. 21. Si l'on ne doit dater l'origine d'une science que du temps où la méthode d'y découvrir la vérité a été développée, Condorcet, Bucquet. Ceux qui contribuent par leurs découvertes aux progrès des sciences, et ceux qui les font respecter en les rendant utiles, ont également droit à l'estime des hommes et doivent nous être également chers, Condorcet, Montigni. Les sciences, sans bornes comme la nature, s'accroissent à l'infini par les travaux des générations successives, Laplace, Exp. V, 5. Moins par sa nature une science renferme de faits, plus tôt elle arrive à la perfection, Destutt-Tracy, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. I, p. 391. Il n'est de véritable science que celle qui n'est point fondée sur l'autorité ; car la science n'est point une croyance, mais une expérience, Cambacérès, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. III, p. 12. C'est une belle application des sciences exactes que d'avoir su déterminer les dimensions de ce globe que nous habitons, et d'avoir fait de sa grandeur le type invariable d'une mesure universelle, Biot, Instit. Mém. sc. t. III, p. LXXIV. La science d'une chose est l'ensemble des lois de cette chose, Duhamel, Méthodes dans les sc. de raisonnement, 1re part. p. 29.

    Science de raisonnement, science dans laquelle les vérités pourront être obtenues par le seul raisonnement, en partant de données admises, d'axiomes, de principes primitifs.

  • 3Savoir qu'on acquiert par la lecture et par la méditation. Et, c'est mon sentiment qu'en faits, comme en propos, La science est sujette à faire de grands sots, Molière, Femmes sav. IV, 3. Nous voulons montrer à de certains esprits, Dont l'orgueilleux savoir nous traite avec mépris, Que de science aussi les femmes sont meublées, Molière, ib. III, 2. Quiconque est riche est tout… Il a, sans rien savoir, la science en partage, Boileau, Sat. VIII. Si la science et la sagesse se trouvent unies en un même sujet, je ne m'informe plus du sexe, j'admire, La Bruyère, III. Mes amis, une fausse science fait des athées ; une vraie science prosterne l'homme devant la Divinité, Voltaire, Dial. XXIV, 10.

    Demi-science, science imparfaite, superficielle, bornée. Nous achevons le Tasse avec plaisir ; nous y trouvons des beautés qu'on ne voit point, quand on n'a qu'une demi-science, Sévigné, 67.

    Le zèle et la science, voy. ZÈLE.

  • 4 Terme de théologie. Science de simple intelligence, faculté par laquelle Dieu se connaît lui-même.

    Science de vision, celle qui fait connaître toutes les choses à l'être suprême.

    Science moyenne, celle par laquelle Dieu apprécie les conséquences de telle ou telle cause.

    La science infuse, celle qui vient de Dieu par inspiration, ou qu'on nous suppose donnée par la nature.

    Familièrement. Il croit avoir la science infuse, se dit d'un homme qui se croit savant sans avoir étudié.

  • 5Connaissance de certaines choses utiles à la conduite de la vie, à celle des affaires. Vouloir ce que Dieu veut est la seule science Qui nous met en repos, Malherbe, VI, 18. La science des saints, selon le sentiment de tous les Pères, n'est rien autre chose que la science du salut, Bourdaloue, Fête des saints, Myst. t. II, p. 445. Si dans les droits du roi sa funeste science [d'un financier] Par deux ou trois avis n'eût ravagé la France, Boileau, Sat. I. Cette défiance Est toujours d'un grand cœur la dernière science, Racine, Brit. I, 4. J'ai vu Burrhus, Sénèque, aigrissant vos soupçons, De l'infidélité vous tracer les leçons, Ravis d'être vaincus dans leur propre science, Racine, Brit IV, 2. Faut-il apprendre à feindre ? Quelle science, hélas ! Voltaire, Alz. I, 4.
  • 6Science du monde. J'entends ici par la science du monde, l'art de se conduire avec les hommes pour tirer de leur commerce le plus grand avantage possible, sans s'écarter néanmoins des obligations que le monde impose à leur égard, D'Alembert, Mélanges, etc. t. V, § 6.
  • 7La science du cœur, la connaissance des sentiments. Jusqu'à quel point ils [les romans de notre siècle] ont poussé la science du cœur, Fontenelle, Réfl. poét. 12.

    Dans un sens analogue. Cet incomparable morceau [Moi jalouse ! - Phèdre de Racine] offre une gradation de sentiments, une science de la tristesse, des angoisses et des transports de l'âme que les anciens n'ont jamais connue, Chateaubriand, Génie, II, III, 3. Si l'on suivait les détails [de la mort de Clarisse Harlowe], si nous pouvions avoir ici la patience d'un lecteur solitaire, quelle science prodigieuse de douleur n'apercevrions-nous pas dans toutes les nuances par lesquelles le poëte a gradué le désespoir de ses personnages ! Villemain, Litt. franç. XVIIIe siècle, 1re leçon.

  • 8 Terme de beaux-arts. Se dit de tout ce qui peut se réduire en règles ou en préceptes.
  • 9 Terme de marine. Ligne de science, ligne qui marque la limite supérieure du doublage en cuivre de la carène.
  • 10Toute-science, voy. TOUTE-SCIENCE, à son rang.

SYNONYME

SCIENCE, ART Au point de vue philosophique, ce qui distingue l'art de la science, c'est que la science ne s'occupe que de ce qui est vrai, sans aucun souci de ce qui peut être utile ; et que l'art s'occupe seulement de ce qui peut être utile et appliqué. L'agriculture est un art qui s'appuie sur diverses sciences : l'histoire naturelle, la géologie, la chimie. À un autre point de vue, la science consiste surtout dans la théorie, l'abstraction ; et l'art, dans l'application, la pratique. La rhétorique est la science qui traite de l'art qu'on appelle l'éloquence.

HISTORIQUE

XIe s. Puis sunt muntez [à cheval] e il unt grant science [de guerre], Ch. de Rol. CCXIV.

XIIe s. Tote escience [ils] orent à main, Benoit de Sainte-Maure, I, V. 473. Quant um devra l'iglise selunc Deu conseiller, Science et genterise en covient esluigner, Th. le mart. 62.

XIIIe s. L'en doit requerre trois choses en celui qui est esleuz, c'est à savoir dreit aage, honesté de bones mors, escience convenable, Liv. de jost. 30.

XVe s. Adonc respondirent plusieurs cardinaux et tous d'une science [unanimement] : Pere sainct, le cardinal d'Amiens parle bien, Froissart, Liv. IV, p. 308, dans LACURNE.

XVIe s. Sçavoir de certaine science que…, Montaigne, I, 203. Une consolation en la perte de nos amis, c'est la science de n'avoir rien oublié à leur dire, Montaigne, II, 83. Il rendit fidelement l'argent commis à sa seule science, Montaigne, III, 14. Je ne traicte d'aulcune science que de l'inscience, Montaigne, IV, 221. Nos ancestres disoyent : diligence passe science ; mais aucuns aujourd'hui disent : patience passe science, H. Estienne, Précell. 165. Science sans fruit ne vaut gueres, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 148. Grand science est folie, si bon sens ne la guide, Leroux de Lincy, ib. p. 303. Une science requiert tout son homme, Cotgrave Mais le vice n'a point pour mere la science, Et la vertu n'est point fille de l'ignorance, D'Aubigné, Tragiques, Princes.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. sciensa ; espagn. ciencia ; ital. scienza ; du lat. scientia, qui vient de sciens, part. présent de scire, savoir ; rad. sanscrit, ki, savoir, k(y, remarquer, l'un et l'autre, de chid, pour skid, fendre ; le sens de transition à l'idée intellectuelle est discerner.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

SCIENCE. Ajoutez :
11Science abstraite, science considérée indépendamment de ses applications, dans le langage de la philosophie positive, qui en compte six : la mathématique, l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie et la sociologie (COMTE, Système de philosophie positive).

On dit quelquefois en ce sens science pure. J'ai tort de dire science pure, car il n'y a pas une science pure et une science appliquée : il y a la science et les applications de la science, Paul Bert, Journ. offic. 14 janv. 1873, p. 248, 3e col.