« louange », définition dans le dictionnaire Littré

louange

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

louange

(lou-an-j') s. f.
  • 1Au sens actif, action de donner ce qui loue, en parlant des personnes. Cet homme vous loue ; ses louanges sont glorieuses. Et trois ou quatre seulement, Au nombre desquels on me range, Peuvent donner une louange Qui demeure éternellement, Malherbe, III, 2. Ô que sa piété mérite de louanges ! Corneille, Pomp. V, 1. N'a-t-elle pas cent fois publié la louange De gens que leur mérite a tirés de la fange ? Rotrou, St Genest, I, 4. Je me mis à écrire un roman satirique, sans dessein d'en faire un mauvais usage, mais seulement pour le montrer à quelques-uns de mes bons amis et m'attirer de leur part quelque louange de bien écrire, Bussy-Rabutin, Lett. au duc de St-Aignan, 12 sept. 1665. Ce breuvage vanté par le peuple rimeur, Ce nectar que l'on sert au maître du tonnerre, Et dont nous enivrons tous les dieux de la terre, C'est la louange, La Fontaine, Fabl. X, 1. Il ne trouve partout que médiocrité, Louanges du désert et de la pauvreté, C'étaient-là ses magnificences, La Fontaine, ib. X, 10. Il n'y a rien de si impertinent et de si ridicule qu'on ne fasse avaler, lorsqu'on l'assaisonne en louanges, Molière, l'Avare, I, 1. On est si lassé de louanges en face, qu'il y a du ragoût à pouvoir être assuré qu'on n'a pas eu dessein de vous faire plaisir, Sévigné, 19 juin 1675. Saint Grégoire de Naziance, saint Chrysostome, saint Jérôme, saint Ambroise, l'Orient, l'Occident, tout retentit des louanges du désert et de la fuite du siècle, Bossuet, Serm. Oblig. de l'état relig. 1. Laissons les beaux esprits dans leurs disputes de mots, dans leur commerce de louanges qu'ils se vendent les uns aux autres, Bossuet, Sermons, Honneur, 1. Qu'est-ce que la plupart des louanges dans le style du monde ? vous le savez : des mensonges obligeants, des exagérations officieuses, Bourdaloue, 4e dim. après pâq. Dominic. t. II, p. 155. La moindre louange qu'on peut lui donner, c'est d'être sorti de l'ancienne et illustre maison de la Tour d'Auvergne, Fléchier, Tur. …C'est en vain qu'un ridicule auteur Croit te prendre aux filets d'une sotte louange, Boileau, Épît. IX. La louange agréable est l'âme des beaux vers ; Mais je tiens comme toi qu'il faut qu'elle soit vraie, Et que son tour adroit n'ait rien qui nous effraie, Boileau, ib. IX. Pourvu que vous donniez des louanges à la modération, Fénelon, Tél. XI. Fausse louange plaît, et l'orgueil la seconde, Lamotte, Fables, II, 1. Les louanges refusées savent bien revenir avec plus de force, et il est peut-être aussi modeste de leur laisser leur cours naturel, en ne les prenant que pour ce qu'elles valent, Fontenelle, Marsigli. La louange vous embarrasse ; La craindre c'est la mériter, Favart, Soliman II, I, 5. C'est ne pas payer ses dettes que de refuser de justes louanges, Voltaire, Mél. litt. aux aut. du nouv. Parn. Ne souffre jamais une louange qui ne serait fondée que sur une erreur, Genlis, Veillées du château I, I, p. 448, dans POUGENS. Toutes les convenances, même celles du goût, interdisent la louange littéraire, partout où la critique est interdite, Chénier M. J. Tableau de la littérature. L'on crie : L'amour des dames, louange et prix aux chevaliers, Chateaubriand, Génie, IV, V, 4.

    Chanter les louanges, se dit par rapport à Dieu et aux personnages divins. Chantant les louanges de Dieu, Bossuet, Hist. II, 5. Qu'on leur apprenne à chanter les louanges des héros, Fénelon, Tél. XI. C'est aux citoyens du ciel à chanter les louanges de la grâce et les merveilles de Dieu sur eux, Massillon, Panég. S. J. Bapt.

    Familièrement. Chanter les louanges de quelqu'un, le louer, dire du bien de lui.

    À la louange, pour louer. Des vers qu'il a faits à la louange de M. le Prince, Sévigné, 235. Il faut dire cela à la louange des anciennes lois françaises, Montesquieu, Esp. XI, 18.

    Fig. et ironiquement. Voilà des vers à sa louange, se dit d'un écrit, d'un discours où il y a quelque chose de fâcheux, de désagréable pour quelqu'un.

  • 2Au sens passif, action de recevoir ce qui loue, en parlant des personnes ou des choses, louange faite de quelqu'un ou de quelque chose. J'entends louer partout cet homme ; ses louanges me sont agréables. Mais pour moi sa louange [de Rodrigue] est un nouveau supplice, Corneille, Cid, IV, 2. Ce sont des douceurs exquises que des louanges éclairées, Molière, Bourg. gent. I, 1. Le goût que je trouvai à des louanges [du cardinal de Retz par la Rochefoucauld] en absence, par un homme qui n'est ni intime ami, ni flatteur, Sévigné, 3 juill. 1675.
  • 3Gloire, mérite. Quelques louanges non pareilles Qu'ait Apelle encore aujourd'hui, Malherbe, IV, 11. Mars qui met sa louange à déserter [rendre désert] la terre, Malherbe, VI, 5. Un médecin d'Angleterre [Hervey] auquel il faut donner la louange d'avoir le premier enseigné qu'il y a plusieurs petits passages aux extrémités des artères, par où le sang qu'elles reçoivent du cœur entre dans les petites branches des veines, Descartes, Méth. V, 7. Couvert ou de louange ou d'opprobre éternel, Corneille, Héracl. IV, 4. On a grondé cet avocat général [Lamoignon] d'avoir élevé si haut les louanges de cette maison [de Lorraine], Sévigné, mars 1690. Comme le mérite des orateurs n'est pas de se servir de figures, mais de s'en bien servir, la louange d'un architecte n'est pas aussi d'employer des colonnes, des pilastres et des corniches, mais de les placer avec jugement et d'en composer de beaux édifices, Perrault, Parallèle des anc. et des mod. 1er dial. Une louange qui est propre au prince de Conti, c'est que la vie paisible et privée, l'écueil des réputations les plus brillantes, a laissé voir en lui encore plus de vertus estimables, Massillon, Or. fun. Conti. Il a gardé le mérite de la clarté, du récit intéressant et rapide, et cette louange d'avoir été quelquefois peintre dans un abrégé, Villemain, Tabl. de la litt. franç. au 18e S. XVIIe leçon.

SYNONYME

DONNER DES LOUANGES À, FAIRE L'ÉLOGE DE. Éloge est proprement un discours dans lequel on loue quelqu'un ; louange s'applique à un point particulier ; c'est pour cela que, afin de le rendre partiellement synonyme d'éloges, il faut le mettre au pluriel. Ce n'est que par une dégradation de sens et dans un langage familier qu'éloge devient synonyme de louange ; aussi ne peut-il le remplacer dans le style élevé ; et l'on dit les louanges de Dieu et non l'éloge ou les éloges. De plus éloge, tout familier qu'il est alors, tient de son sens primitif une généralité que louange n'a pas. Ainsi faire l'éloge de quelqu'un embrasse plus que ne fait donner des louanges à quelqu'un.

HISTORIQUE

XIIe s. Celle nuiz soit soltaine [solitaire] et nient digne de loenge, Job, p. 461.

XIVe s. Maint homme en celui jour s'ala aventurant, Pour acquerir honour et loenge plaisant, Guesclin. 21296. Les loenges que l'en fait as diex, Oresme, Eth. 28.

XVe s. C'est la louenge d'un religieux d'aller peu souvent hors de son cloistre, Internelle consolation, III, 20.

XVIe s. Heureux, qui pour guyde ont eu La louange qui est mere Et fille de la vertu, Du Bellay, J. II, 48, verso. …Qui vous sera une grande louange, et à moi un grand contentement, Henri IV, Lettres missives, 25 sept. 1589, t. III, p. 45. Louange d'ami n'a nul credit, ny mepris d'un ennemy, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 341.

ÉTYMOLOGIE

Louer 2, avec un suffixe ange ou enge comme dans vendange ; ce qui représente un bas-latin fictif laudemia, comme vendange représente vindemia. À côté de louange, l'ancien français avait losange, qui signifiait louange et souvent tromperie ; losange appartient au domaine provençal, où le d latin se change souvent en s, laudare, lausar.