« fête », définition dans le dictionnaire Littré

fête

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fête

(fê-t') s. f.
  • 1Jour consacré à des actes de religion ; cérémonies par lesquelles on célèbre ce jour. Les trois grandes fêtes de l'année, savoir celle des Azymes, celle des Semaines et celle des Tabernacles, Sacy, Bible, Paralip. II, VIII, 13. Sion, repaire affreux de reptiles impurs, Voit de son temple saint les pierres dispersées, Et du Dieu d'lsraël les fêtes sont cessées, Racine, Esth. I, 1. Quand verrai-je, ô Sion, relever tes remparts Et de tes tours les magnifiques faîtes ? Quand verrai-je de toutes parts Tes peuples en chantant accourir à tes fêtes ? Racine, ib. I, 2. Vivez, solennisez vos fêtes sans ombrage, Racine, Athal. III, 4. Il se célébrait, dans les différentes villes de la Grèce, et surtout à Athènes, un nombre infini de fêtes : je n'en rapporterai ici que trois, qui sont les plus célèbres, savoir les Panathénées, les fêtes de Bacchus, et les fêtes Éleusiennes, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. v, p. 7, dans POUGENS. On recherche l'origine des fêtes ; la plus ancienne et la plus belle est celle des empereurs de la Chine, qui labourent et qui sèment avec les premiers mandarins, Voltaire, Dict. phil. Antiquité.

    Chez les anciens païens, la fête de la Jeunesse, la fête des Marchands, la fête des Esclaves, etc. le jour où l'on faisait des cérémonies religieuses à l'intention de la jeunesse, des marchands, des esclaves, etc.

  • 2Dans la religion catholique, célébration du service divin en commémoration de quelque mystère ou en l'honneur de quelque saint. Une grande fête. Une petite fête. Les dimanches et fêtes. Fêtes mobiles. Fêtes annuelles. Garder les jours de fête. Il est fête. À chaque grande fête augmente et renouvelle Et le bon exercice et ta prière aux saints, Et tiens, en l'attendant, ton âme entre tes mains, Comme prête à passer à la fête éternelle, Corneille, Imit. I, 19. Toutes ces pieuses observances avaient dans la reine l'effet bienheureux que l'Église même demande : elle se renouvelait dans toutes les fêtes, Bossuet, Mar.-Thér.

    Jour de fête, jour férié.

    Par extension. Le jour où l'on s'égare est un vrai jour de fête [il s'agit d'un voyageur égaré qui trouve bon gîte], Collin D'Harleville, Chât. en Esp. I, 9.

    La fête des Morts, le 2 novembre, jour que l'Église consacre à la commémoration des morts.

    Fête double, celle où l'on double les antiennes.

    Fête-Dieu ou Fête du saint sacrement, la fête que l'on célèbre en l'honneur du saint sacrement (on met une majuscule à Fête). Nos maréchaux de France, nos ducs et autres personnes considérables qui demeurent sur une paroisse, n'assistent pas personnellement à la procession de la Fête-Dieu, mais y envoient leurs laquais en livrée et avec un flambeau où est attaché l'écusson de leurs armoiries, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuv. t. IV, 376, dans POUGENS.

    Fêtes fêtées, ou, plus souvent, fêtes chômées, celles où le travail est défendu et qui sont d'obligation, à la différence de celles qui se célèbrent seulement dans l'église et en quelques lieux particuliers, ou par quelques communautés. Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours Qu'il faut chômer ; on nous ruine en fêtes ; L'une fait tort à l'autre ; et monsieur le curé De quelque nouveau saint charge toujours son prône, La Fontaine, Fabl. VIII, 2.

    Familièrement. Fêtes carillonnées, les plus grandes fêtes.

    Populairement. Cela ne m'arrive qu'aux fêtes carillonnées, c'est-à-dire rarement.

    Fête de palais, les jours où les tribunaux sont fermés, quoiqu'il ne soit point fête chômée.

    Fig. Deviner les fêtes quand elles sont venues, dire des choses que tout le monde sait.

    Souhaiter les bonnes fêtes, se disait par compliment à l'approche des grandes fêtes de l'Église. Je vais donc vous souhaiter les bonnes fêtes [à Noël], Sévigné, 240. Présentez les bonnes fêtes de ma part au cardinal, Bossuet, Lett quiét. 455.

    Fête des Fous, fête des ânes, fêtes burlesques qui se célébraient durant le moyen âge. Les danses dans les églises, les festins sur l'autel, les dissolutions, les farces obscènes étaient les cérémonies de ces fêtes, dont l'usage extravagant dura environ sept siècles dans plusieurs diocèses, Voltaire, Mœurs, 45.

  • 3Fête d'une personne, le jour de la fête du saint dont cette personne porte le nom comme nom de baptême.

    Je vous souhaite une bonne fête, formule de compliment pour souhaiter une fête.

    Payer sa fête, faire un festin à ses amis le jour de sa fête.

    La fête d'une compagnie, d'un corps de métier, le jour de la fête du saint, patron de cette compagnie, de ce corps de métier.

    Fête patronale, ou fête d'un lieu, d'un village, le jour de la fête du saint sous l'invocation duquel est placé ce lieu, ce village.

  • 4Commémoration d'un anniversaire. Fête de naissance.
  • 5Réjouissances publiques faites à des époques mémorables, à l'occasion de quelque événement, et aussi réjouissances données par un roi, un prince, un grand seigneur. Les fêtes données à l'occasion de la paix. Quoique j'aie été voir depuis peu l'Escurial et l'Aranjuez, et que je me sois trouvé à des fêtes de taureaux, Voiture, Lett. 30. Balthasar fait une fête solennelle, Bossuet, Hist. II, 4. Quel fut ce triomphe, lorsqu'environnée de la gloire de son époux et de la sienne propre, elle nous parut par sa modestie comme un ange de Dieu parmi les acclamations et les fêtes de cette ville royale ! Fléchier, Marie-Thér. D'un triomphe si beau je préparais la fête, Racine, Iphig. IV, 4. Les fêtes que l'on célèbre en mon honneur, Fénelon, Tél. IX. Nicolas Fouquet, dernier surintendant des finances, engagea Molière à composer cette comédie [les Fâcheux] pour la fameuse fête qu'il donna au roi et à la reine mère dans sa maison de Vaux, aujourd'hui appelée Villars, Voltaire, Vie de Molière. Comme les grandes fêtes se terminent, disait-il, et comme elles laissent un vide étonnant dans l'âme, quand le fracas est passé ! Voltaire, Princesse Babyl. 4. Tout le monde avouait que les dieux n'avaient établi les rois que pour donner tous les jours des fêtes, pourvu qu'elles soient diversifiées, Voltaire, ib. 1.

    Fig. La plus brillante des fêtes, le génie de l'homme décoré par la magnificence de la nature, Staël, Corinne, IV, 3.

  • 6Réjouissances qui se font dans des assemblées de famille ou d'amis. Elle qui ne m'a vu qu'en mes habits de fête, Régnier, Sat. X. M. Martel vous donna une fête dans son vaisseau, Sévigné, 447. Si vous voulez apporter un habit de fête pour le temps de votre convalescence, nous mettrons aussi les nôtres pour la célébrer, Voltaire, Lett. Mlle Clairon, 15 mars 1763.

    Par extension. Avant qu'être à la fête De si pénible conquête, Malherbe, II, 2.

    Par antiphrase. Revêtons-nous d'habillements Conformes à l'horrible fête [le massacre] Que l'impie Aman nous apprête, Racine, Esth. I, 5. … Qu'à la mort condamné, Lalli soit en spectacle à l'échafaud traîné, Elle ira la première à cette horrible fête Acheter le plaisir de voir tomber sa tête, Gilbert, 18e siècle.

    Les garçons de la fête, se dit, parmi le peuple, des jeunes garçons, parents ou amis des mariés, qui se parent pour faire les honneurs de la fête.

    Triste comme un lendemain de fête, très triste ; locution tirée du vide qui suit le fracas et l'éclat d'une fête.

    Fig. Se donner une fête, se divertir aux dépens de quelqu'un. Elle forma le dessein de se donner une petite fête aux dépens de cette folle, Hamilton, Gramm. 7.

    Fig. et familièrement. Telle fête, pareille fête, se dit de circonstances qui ne sont pas habituelles en bien ou en mal. La demoiselle ne s'était jamais trouvée à telle fête, Sévigné, 37. Jamais chapeau ne s'est trouvé à une pareille fête, Sévigné, 134. Allez donc, et cessez de nous rompre la tête ; Que de fous ! je ne fus jamais à telle fête, Racine, Plaid. II, 12.

    Faire fête, célébrer une fête. Était-ce un vin à faire fête ? Molière, Amph. III, 3.

    Faire fête à quelqu'un, lui faire un accueil empressé, le bien traiter. Nous vîmes un grand chien qui vint à la portière du carrosse me faire fête, Voiture, Lett. X.

    Par antiphrase. Quand j'en rencontre [des serpents] sur mes pas, Je leur fais de pareilles fêtes [je les écrase], La Fontaine, Petit chien.

    Faire fête à quelque chose, témoigner un grand désir de l'avoir ou beaucoup de plaisir à en jouir. …Comme un chien qui fait fête Aux os qu'il voit n'être pas trop chétifs, La Fontaine, Jument. Il le [un oiseau] croit en son pot, et déjà lui fait fête, La Fontaine, Fabl. II, 12.

    Faire fête d'une chose à quelqu'un, la lui faire espérer.

    Faire fête de quelqu'un, l'annoncer comme homme capable de payer son écot par son esprit. Elle l'avait invité à souper comme bel esprit, et jamais il ne parut si sot, parmi une demi-douzaine de gens à qui elle avait fait fête de lui, Molière, Critique, 2.

    Se faire une fête de quelque chose, s'en promettre beaucoup de plaisir. Et de vous marier vous osez faire fête ? Molière, Femm. sav. I, 1. Je me faisais une fête de ce petit voyage, Rousseau, Hél. VI, 1.

    Se faire de fête, faire comme si on était d'une fête, s'entremettre de quelque affaire sans y avoir été appelé. Dans l'auteur espagnol, Rodrigue va combattre les Maures sur la frontière ; il les va chercher au contraire de ce qui arrive ici, où ils semblent se venir faire de fête exprès pour en être battus, Corneille, Ex. du Cid. Il donna d'un grand estramaçon sur les oreilles de son valet, qui me pressait plus que les autres pour se faire de fête, Scarron, Rom. com. I, 15. Les armées ne manquent pas de gens qui aiment à se faire de fête et à s'empresser, Saint-Simon, 313, 95. Sérieusement, mon cher ange, je n'ai aucune envie de me faire de fête, Voltaire, Lett. d'Argental, 30 nov. 1759.

    Se faire de fête, se dit aussi pour se faire honneur. …Elle [Mme de Coligny, fille de Bussy Rabutin] ne se presse jamais de faire voir qu'elle a plus d'esprit que les autres ; elle sait bien des choses dont elle ne se fait point de fête…, Sévigné, Lett. à Bussy Rabutin, 19 mai 1677.

    Troubler la fête, troubler la joie, les plaisirs d'une réunion publique ou particulière.

    Un trouble-fête, voy. TROUBLE-FÊTE.

    Il est à la fête, se dit de celui qui fait ou voit faire quelque chose qui lui est agréable.

  • 7Divertissement de danse et de chant que l'on introduit dans un opéra ou un drame.

PROVERBES

Tout saint a sa fête ; toute femme a sa tête.

Aux bonnes fêtes les bons coups, les méchants prennent souvent les occasions des réjouissances pour exécuter leurs mauvais desseins.

Il ne faut point chômer les fêtes avant qu'elles soient venues, il ne faut ni se réjouir, ni s'affliger d'un événement avant qu'il soit arrivé. Laissons venir la fête avant que la chômer, Molière, Dép. am. I, 1.

Il n'y a pas de bonne fête sans lendemain, c'est-à-dire quand on se met en fête un jour, le lendemain on s'amuse encore.

Ce n'est pas tous les jours fête, c'est-à-dire l'occasion de se réjouir ne se présente pas tous les jours.

REMARQUE

La Fête-Dieu signifie la fête de Dieu ; c'est un archaïsme et un reste du temps où la langue, ayant deux cas, le nominatif et le régime, marquait le complément par le cas du régime sans préposition.

HISTORIQUE

XIe s. Dedens la feste Saint Michiel et la Saint Martin, Lois de Guill. 32. À Saint Michel [il] tiendra mout haute feste, Ch. de Rol. IV.

XIIIe s. Et furent receu à [avec] moult grant joie et à moult grant feste, Villehardouin, XXXIII. À Paris [ils] ont huit jours la feste maintenue, Berte, CXXXVIII. Et vinrent à Londres et trouverent le roi Henri qui à mervelles fist grant fieste de la damoisielle, Chr. de Rains, p. 13. Que se nus ne nulle ouvre à jour de feste gardée ou celebrée, qu'il soit encheuz envers le roi en l'amende de cinq sols par…, Liv. des mét. 154. De sa queue se vet jouant, Et entor soi feste fesant, Ren. 1934. Savez comment je me demain [me comporte] : L'esperance de lendemain, Ce sont mes festes, Rutebeuf, 10. Et aus riches font feste et joie, Et prometent à un mot cort Saint paradiz, Rutebeuf, 248. Toute cele semaine fumes en festes et en caroles [danses], Joinville, 208.

XVe s. Et en chevauchant parmi les rues, toutes gens et mesmement enfans faisoient au roi feste, Froissart, II, III, 21. Après grant feste grant pleur, et après grant joie grant douleur, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 240. Là [en tournois] se doit bouter, Soy maintenir et fors jouster, Tant qu'il ait le prix de la feste, Deschamps, Poésies mss. f° 503, dans LACURNE. Il est aujourd'hui la feste des bons amis [la fête des morts], Du Cange, festum. À bonne feste [foire] avez esté, car bien avez vendu, Perceforest, t. I, f° 155. Mener orde feste [faire grand tapage], ib. t. IV, f° 102. De mal jour faire feste [faire de nécessité vertu], ib. t. IV, f° 29. D'ung tel homme fault faire feste, Autant que d'ung million d'or, Villon, Archer de Bagnolet.

XVIe s. Les vainqueurs faisants grand' feste de cet accident, Montaigne, I, 248. Il le tesmoigna par l'alaigresse et feste de son visage, Montaigne, I, 271. Il donna congé aux medecins en leur disant : Ne me faites plus de festes de vostre Hippocrates et Gallien, puis qu'ilz ne m'ont sceu guarir, Amyot, Préf. XV, 43. C'est une vieille feste que l'on ne feste plus, Oudin, Curiosités fr. Il est feste au palais, c'est jour de jeûne [par jeu de mot avec le palais de la bouche], Oudin, ib. Il est feste en la paroisse, on y carillonne [on lui donne le fouet], Oudin, ib. Après la feste et le jeu, les pois au feu, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 240. Il est tousjours feste pour celui qui bien fait, Cotgrave, p. 309. Il est toujours feste après besogne faite, Cotgrave, ib.

ÉTYMOLOGIE

Bourguign. féte ; wall. fièse ; provenç. festa ; espagn. fiesta ; portug. et ital. festa ; du lat. festum, fête. On rapproche festum de fesiae, forme primitive de feriae, féries.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

FÊTE.
6Ajoutez :

Faire fête à quelqu'un de quelque chose, l'en régaler. Il y a une belle dame à qui on a fait fête de l'aigre de cèdre, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.

HISTORIQUE

Ajoutez :

XIIe s. Mais il n'est sains qui n'ait sa feste, Perceval le Gallois, V. 3673.