« ressembler », définition dans le dictionnaire Littré

ressembler

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ressembler

(re-san-blé) v. n.
  • 1Avoir de la ressemblance avec quelqu'un ou quelque chose. Il [Héphestion] était de son âge [d'Alexandre], et ne lui ressemblait pas mal de visage, Vaugelas, Q. C. III, 1. Ils [les indiscrets] ressemblent, dit le Sage, à une ville sans murailles, qui est ouverte de toutes parts, Bossuet, Duch. d'Orl. Nous mourons tous… et nous allons sans cesse au tombeau ainsi que des eaux qui se perdent sans retour ; et en effet nous ressemblons tous à des eaux courantes, Bossuet, Duch. d'Orl. Son myrte armé de fer qui dans ses mains légères Fait ressembler la lance au sceptre des bergères, Delille, Én. VII.
  • 2Il se dit de la ressemblance morale ou intellectuelle. Le caractère de Valens ressemble trop à celui de Félix dans Polyeucte, et a même quelque chose de plus bas, Corneille, Théod. Examen. Quand sur une personne on prétend se régler, C'est par les beaux côtés qu'il lui faut ressembler, Molière, Fem. sav. I, 1. Que Dieu et la nature lui rendent [à la fille de Mme de Montausier] ce qu'elle a fait pour l'un et pour l'autre, et lui donnent des enfants… qui lui ressemblent et qui aient pour elle ces sentiments tendres et respectueux qu'elle a conservés pour son incomparable mère ! Fléchier, Duch. de Mont. Chacun croit que l'on lui ressemble, Quinault, Cadmus, III, 1. On connaît bien des personnes à qui on serait bien fâché de ressembler pour la probité, Massillon, Carême, Culte. Mais toi, Crotoniate grossier, crois-tu que se vanter de porter un bœuf, ce ne soit pas se vanter de lui ressembler beaucoup ? Fontenelle, Dial. 2, Morts anc. Tout homme est capable de faire du bien à un homme ; mais c'est ressembler aux dieux que de contribuer au bonheur d'une société entière, Montesquieu, Lett. pers. 89. Si on pouvait le comparer [Turenne] à quelqu'un, on oserait dire que, de tous les généraux des siècles passés, Gonsalve de Cordoue, surnommé le grand capitaine, est celui auquel il ressemblait davantage, Voltaire, Louis XIV, 12. Je ressemble au père Simon, à qui l'archevêque de Paris demandait à quoi il s'occupait pour mériter d'être fait prêtre : monseigneur, répondit-il, je critique la Bible, Voltaire, Lett. Chauvelin, 25 août 1763. L'affectation de ne ressembler à personne fait souvent qu'on ne ressemble pas à soi - même, Marmontel, Œuv. t. VI, p. 159. Il est rare que les hommes célèbres aient des enfants qui leur ressemblent ; le nôtre en a plusieurs d'un mérite distingué, D'Alembert, Éloges, Bernoulli. Je conviens qu'à la vérité la génération passée ressemblait beaucoup à ma pièce ; que la génération future lui ressemblera beaucoup aussi ; mais que, pour la génération présente, elle ne lui ressemble aucunement ; que je n'ai jamais rencontré ni mari suborneur, ni seigneur libertin, ni courtisan avide, Beaumarchais, Préf. du Mar. de Fig. Ces tableaux qui représentent dans Brutus les vertus qui ressemblent au crime, Staël, Corinne, VIII, 4. L'on est si souvent lassé de soi-même, qu'on ne peut être séduit par ce qui nous ressemble, Staël, ib. XVI, 1.

    Je n'ai pu croire telle chose de vous, cela ne vous ressemble pas, cela n'est pas conforme à tout ce que l'on connaît de vous.

    En un sens opposé, cela lui ressemble, je le reconnais à cela. Je n'ai point su qu'il [le maréchal de Gramont] ait dit les méchantes plaisanteries qu'on vous a mandées ; elles lui ressemblent pourtant assez, Sévigné, 27 juin 1678. On m'a mandé que M. de Luxembourg, voyant la victoire assurée [à Fleurus], chanta entre ses dents : Sangaride, ce jour est un grand jour pour vous [Atys, de Quinault, I, 6] ; cela m'a fait rire, et lui ressemble en vérité, Sévigné, 12 juill. 1690.

    Familièrement. Cela ne ressemble à rien, se dit, le plus ordinairement en mauvaise part, de quelque chose de mauvais goût, bizarre ; et rarement, en bonne part, de quelque chose d'un goût original, nouveau.

    Cela ressemble à tout, se dit d'une chose commune, banale, sans caractère.

  • 3 Terme d'arts. Offrir l'imitation exacte d'un objet. Ce portrait vous ressemble beaucoup. Ce peintre a le talent de faire ressembler. Copie qui ne ressemble pas à l'original.
  • 4Se ressembler, avoir de la ressemblance l'un avec l'autre. Ces deux sœurs se sont ressemblé dans leur enfance. Newton a dit que la nature se ressemble partout, Voltaire, Oreilles, 2. Les animaux se ressemblent, en général, beaucoup moins que les plantes ; et c'est cette ressemblance entre les plantes qui fait la difficulté de les reconnaître et de les ranger, Buffon, Hist. anim. ch. I. La nature, qui n'a pas voulu que deux feuilles se ressemblassent, a mis encore plus de diversité dans les âmes, Staël, Corinne, VII, 1.

    Ces deux personnes se ressemblent comme deux gouttes d'eau, leur ressemblance est parfaite.

    On se ressemble de plus loin, se dit quand on explique que la ressemblance entre deux personnes tient à leur parenté. On se ressemble de plus loin, c'est mon fils.

    Il se dit de la ressemblance morale ou intellectuelle. Nos fiertés pour cela ne se ressemblent pas, Corneille, Attila, III, 4. Mon Dieu, marquis, ce n'est pas à toi que je parle ; c'est à une douzaine de messieurs qui déshonorent les gens de cour par leurs manières extravagantes, et font croire parmi le peuple que nous nous ressemblons tous, Molière, Critique, 6. Tous les hommes se ressemblent si fort, qu'il n'y a point de peuple dont les sottises ne nous doivent faire trembler, Fontenelle, Orig. fabl. Il y a des hommes qui se ressemblent si fort, que ce n'est pas la peine de les étudier séparément ; qui a vu dix Français les a tous vus, Rousseau, Ém. V. On compare ordinairement Malebranche et Locke, sans doute parce qu'ils ont tous deux écrit sur l'entendement humain ; d'ailleurs on ne peut pas se ressembler moins, Condillac, Traité des syst ch. 7. Nous sommes nés pour ne nous ressembler jamais, et pour nous convenir toujours, Genlis, Ad. et Th. t. II, p. 108, dans POUGENS. Ainsi tout se ressemble, ainsi l'erreur voyage, Passe d'un monde à l'autre, et vole d'âge en âge, Delille, Imag. VIII.

    Cela ne se ressemble pas, se dit de deux choses fort différentes.

    Ressembler à soi-même, conserver les mêmes qualités ou défauts. Pour bien faire, Néron n'a qu'à se ressembler, Racine, Brit. I, 2. Les hommes et surtout les enfants ne se ressemblent pas toujours à eux-mêmes ; ce qui est bon aujourd'hui est dangereux demain, Fénelon, Éduc. des filles, V. Je souhaiterai que vous ressembliez toujours à vous-même, et que les autres rois vous ressemblent, Voltaire, Lett. au pr. roy. de Pr. 26 août 1736. Vous avez sûrement entendu dire comme moi que M. C… ne se ressemble plus… rien ne métamorphose comme un portefeuille, Musset-Pathay, Contes histor. p. 128.

    Ce peintre, ce musicien se ressemble, il se répète, ses ouvrages manquent de variété.

    Cela se dit aussi des ouvrages eux-mêmes. Les pièces de Saint-Foix se ressemblent encore plus que celles de Marivaux, qui du moins a mis dans les siennes toute la variété que pouvait lui permettre le cercle étroit qu'il s'était tracé, D'Alembert, Éloges, Marivaux.

PROVERBES

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, le bonheur ni le malheur ne durent pas toujours. Il lui représente [Solon à Crésus] que la vie de l'homme est ordinairement composée de soixante et dix années, qui font en tout vingt-six mille deux cents jours, dont aucun ne ressemble à l'autre, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. II, p, 117, dans POUGENS.

Tous les doigts de la main ne se ressemblent pas, tous les frères ne sont pas de même caractère, de même mérite.

Qui se ressemble s'assemble, les personnes de même caractère se recherchent mutuellement. Cela se dit d'ordinaire en mauvaise part.

REMARQUE

Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

1. Ressembler quelqu'un, qui est resté populaire, est aujourd'hui complétement hors d'usage. On le trouve dans Malherbe, dans Régnier, dans Bossuet : Et ses pleurs, qui tantôt descendaient mollement, Ressemblent un torrent…, Malherbe, I, 4. Dont la maussade mine Ressemble un de ces dieux des couteaux de la Chine [sorte de couteaux dont le manche était en forme de marmouset], Régnier, Sat. X. Cette majesté infinie [de Dieu], toute resserrée en elle-même, cachée dans ses propres lumières, séparée de toutes choses par sa propre étendue, qui ne ressemble pas les grandeurs humaines où il y a toujours quelque faible, Bossuet, 3e sermon, Annonc. 2.

2. L'usage ne veut pas qu'on dise : Ce portrait ressemble ; mais ce portrait est ressemblant.

HISTORIQUE

XIe s. Par tels paroles vous resemblez enfant, Ch. de Rol. CXXXII.

XIIIe s. Ha Dex ! com mar le ressambloient cil qui as autres pors ierent alé eschiver le peril ! Villehardouin, XL. Fille, ce dist li rois, ressemblez vostre mere, Berte, IV. Et s'escrient trestuit ensemble : Sire Roonel, il resemble [semble] Que vosaiez chaciez les lous, Ren. 18760. Il [Déduit] resembloit une painture, Tant ere [était] biaus et acesmés [orné], Et de tous membres bien formés, la Rose, 816.

XVe s. [Édouard II] qui point ne le ressembla [Édouard I] de sens ni de prouesse, Froissart, I, I, 2.

XVIe s. Il en treuve les actes beaux, et desire ressembler à ceulx qui les font, Amyot, Péric. 1. Il disoit aussi que les Romains ressembloient un troupeau de moutons, Amyot, Cat. 15. Se ressemblant de faces, Comme on voit les trois Graces, Du Bellay, J. VIII, 4, recto. Le jeune Ciceron, qui n'a ressemblé son pere que de nom, Montaigne, II, 108. Les paroles du soir ne ressemblent pas à celles du matin, Cotgrave

ÉTYMOLOGIE

Re…, et sembler ; picard, rassaner, ressaner, ersianer ; wallon, rissoné, russolé ; provenç. ressemblar, ressemlar ; ital. risembrare.