« saut », définition dans le dictionnaire Littré

saut

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

saut

(sô ; le t ne se lie pas dans la conversation ; au pluriel, l's se lie : des sô-z agile ; au XVIe siècle, Palsgrave écrit saultz, mais prononce sauz) s. m.
  • 1Action de sauter, ou, en termes de physiologie, mouvement brusque par lequel un corps vivant se détache du sol, au moyen de l'extension brusque d'une ou plusieurs parties de son corps préalablement fléchies. Ce cheval ne va que par sauts et par bonds. Le saut de la carpe. Le voyez-vous, dit-il [Daniel], ce conquérant [Alexandre] ?… semblable dans ses sauts hardis et dans sa légère démarche à ces animaux vigoureux et bondissants…, Bossuet, Louis de Bourbon. Elle est vive et légère, elle aime à sauter ; il danse avec elle et change ses sauts en pas, Rousseau, Ém. V. Lois galloises : Dynwal mesura toute l'île en partant de la longueur d'un grain d'orge : trois grains font un pouce ; trois pouces, un palme ; trois palmes, un pied ; il y a trois pieds dans un pas ; trois pas, dans un saut ; trois sauts, dans un sillon ; mille sillons forment un mille, Michelet, Orig. du droit, p. 106.

    Saut de Leucade, voy. LEUCADE.

    Franchir un fossé de plein saut, le franchir en un seul saut, sauter d'un bord à l'autre.

    En un saut, en trois sauts, en une course très rapide. Dans trois sauts je suis hors du temple, Rousseau, Ém. II.

    Par extension. Ne faire qu'un saut d'un endroit à un autre, se rendre d'un endroit en un autre avec une extrême promptitude. Nous avions si grand'peur d'arriver trop tard chez le vieux licencié, que nous ne fîmes qu'un saut du cul-de-sac à sa maison, Lesage, Gil Bl. II, 1. Je ne fis qu'un saut de la chambre à la porte, Marivaux, Pays. parv. 1re part.

    Fig. Le reste [des sonnets], aussi peu lu que ceux de Pelletier, N'a fait de chez Sercy qu'un saut chez l'épicier, Boileau, Art p. II.

    Fig. N'aller que par sauts et par bonds, parler avec une vivacité précipitée, sans ordre, ou agir avec précipitation, sans réflexion. Sa muse déréglée [d'un poëte sans art], en ses vers vagabonds, Ne s'élève jamais que par sauts et par bonds, Boileau, Art p. III. Ce style [biblique] ampoulé, incompréhensible, incohérent, qui va par sauts et par bonds, Voltaire, Bibl. exp. Mach.

    Fig. et familièrement. Faire un grand saut, aller s'établir dans un endroit très éloigné de celui où l'on était.

    Faire un grand saut, se dit aussi quand un homme, d'un emploi petit ou médiocre, parvient tout d'un coup à un emploi important.

    Fig. Il y est monté d'un saut, d'un plein saut, il a été élevé à une place importante, à une haute dignité, sans passer par les degrés inférieurs.

    On dit de même : De simple soldat il devint capitaine, d'un saut, d'un plein saut.

  • 2 Terme de danse. Espèce de pas de ballet.

    Saut simple, action de s'élever en l'air.

    Saut battu, se dit quelquefois de l'entrechat.

    Saut de Basque, saut pendant lequel on tourne sur soi-même.

  • 3Saut périlleux, celui qu'exécutent les danseurs de corde quand leur corps fait un tour entier en l'air, ainsi dit parce qu'il est difficile et dangereux. J'ai été à la messe à Saint-Victor avec l'évêque ; de là par mer voir la Réale, et l'exercice et toutes les banderoles, et des coups de canon, et des sauts périlleux d'un Turc, Sévigné, 158.

    Par extension. Saut périlleux, chute périlleuse. Les chevaux, ayant pris le mors aux dents, entraînaient la belle dans un précipice ; son nouvel amant… coupa les traits avec une adresse merveilleuse ; les six chevaux blancs firent seuls le saut périlleux, Voltaire, Crocheteur borgne.

    Fig. Saut périlleux, résolution, action hasardée. C'est demain que je fais le saut périlleux [Henri IV à Gabrielle d'Estrées, sur son abjuration], Voltaire, Mœurs 174.

    Saut de carpe, certain saut que les baladin exécutent à plat ventre, en s'élevant horizontale ment.

    Saut de mouton, jeu d'adolescents, où, après avoir pris son élan, en appuyant les mains sur les épaules d'un camarade, on saute par-dessus sa tête qu'il a baissée d'avance.

  • 4 Terme de manége. Saut de mouton, saut capricieux par lequel un cheval, en s'enlevant, baisse la tête, voûte l'épine dorsale, ramène les extrémités sous le ventre, et se jette de côté de manière souvent à désarçonner son cavalier.

    Saut de pie, petit mouvement du cheval, que l'on regarde ordinairement comme un signe de faiblesse.

    Pas et le saut, air relevé qui s'exécute en trois temps : premier temps, un galop raccourci ; second, une courbette ; troisième, une cabriole, et ainsi alternativement.

    Donner un saut à la gourmette, voy. GOURMETTE.

  • 5Chute d'un haut lieu comparée à un saut. Le saut était dangereux. Tomber d'un deuxième étage est un terrible saut. Le roi [père de Frédéric II] crut d'abord que la princesse Guillemine sa fille était du complot… il la jeta à coups de pieds par une fenêtre qui s'ouvrait jusqu'au plancher ; la reine mère, qui se trouva à cette expédition dans le temps que Guillemine allait faire le saut, la retint par ses jupons, Voltaire, Mémoires.

    Faire le saut en l'air, être pendu.

    Fig. et familièrement. Faire ou franchir le saut, prendre une résolution qui coûte, où il y a de la difficulté, du péril. Antiochus était à Éphèse, non encore bien résolu à la guerre contre les Romains ; sa venue [d'Annibal] lui fit franchir le saut, Malherbe, le XXXIIIe livre de Tite Live, ch. 48. Est-ce là l'hérésie des jansénistes, de nier qu'à chaque fois qu'on fait un péché, il vient un remords troubler la conscience, malgré lequel on ne laisse pas de franchir le saut et de passer outre, comme dit le P. Bauny, Pascal, Prov. IV. De là je vais à Port-Royal ; j'y trouve un certain grand solitaire que vous connaissez, qui commence par me dire : " Eh bien ! ce pauvre oison a signé [le formulaire] ; enfin Dieu l'a abandonnée, elle a fait le saut ", Sévigné, à M. de Pompone, 20 nov. 1664.

    Faire le saut, signifie aussi succomber, ne pas résister. Son honneur a fait le saut. Le pauvre diable en a tout autant qu'il en faut, Et toute sa morale a, parbleu, fait le saut, Regnard, Démocrite, II, 6.

    On dit dans un sens analogue qu'une terre a fait le saut, quand elle a été vendue pour payer des dettes. Sur mon honneur, la terre a fait le saut ; Et cette maison-ci sera bientôt vendue, Destouches, Dissip. II, 2.

    Fig. Faire faire le saut à quelqu'un, lui faire perdre son emploi.

    Saut de Breton, le saut, la chute d'un homme qu'on fait tomber par un certain tour de lutte (les Bretons étaient et sont encore renommés pour la lutte).

  • 6Au saut du lit, au moment qu'on se lève. Le fameux duc de Valstein que l'empereur Ferdinand fit si proprement tuer au saut du lit par quatre honnêtes Irlandais, Voltaire, Lett. au roi de Prusse, 2 septembre 1742.
  • 7 Terme de musique. Passage d'un son à un autre par degrés disjoints.

    Saut régulier, celui qui se fait sur un intervalle consonnant, par opposition au saut irrégulier qui se fait sur un intervalle dissonant.

  • 8 Fig. Interruption dans la marche continue et graduelle des phénomènes. Les grands principes [de Leibnitz] étaient que rien n'existe ou ne se fait sans une raison suffisante ; que les changements ne se font point brusquement et par sauts, mais par degrés et par nuances, comme dans des suites de nombres ou dans des courbes, Fontenelle, Leibnitz. On commence, je crois, à comprendre comment l'analogie nous conduit de proche en proche ; on le comprendra mieux encore dans la suite, et on sera bien convaincu qu'il n'y a point de saut dans l'esprit humain, Condillac, Lang. calc. II, 3.

    Saut dans le raisonnement, espèce de sophisme qui consiste à sous-entendre une des prémisses, quand cette prémisse est fort contestable. L'auteur demande qu'on passe, pour ainsi dire, d'un seul saut par dessus toute la doctrine luthérienne sur la justification, et il prétend que cela se peut, sans blesser les principes les uns des autres, Bossuet, Projet de réunion, Réfl. sur l'écrit de Molanus, II, VI, 1.

  • 9Chute d'eau, au courant d'une rivière. Le fameux saut de Niagara, qui, par sa hauteur, sa largeur, sa forme et par la quantité et l'impétuosité de ses eaux, passe avec raison pour la plus étonnante cataracte du monde, Raynal, Hist. phil. XVI, 13.

    Saut de moulin, chute d'eau qui fait aller un moulin.

  • 10 Terme de haras. Action de l'étalon qui saillit une jument. L'étalon a donné trois sauts à la jument.
  • 11Saut de loup, fossé assez large pour n'être pas franchi par un loup, et qu'on creuse au bout des allées d'un parc pour les fermer sans ôter la vue de la campagne.
  • 12 Terme de marine. Choc, en parlant d'un cordage qu'on veut filer ou mollir un peu.
  • 13De plein saut, loc. adv. Tout à coup, sans intermédiaire. Ce n'est mon goût ; je ne veux de plein saut Prendre la ville, aimant mieux l'escalade, La Fontaine, Fér. D'Aquin avait un fils abbé, pour lequel il osa demander Tours de plein saut, Saint-Simon, 14, 156.

    Brusquement. … de grâce, Ralentissez un peu cette amoureuse audace ; à vous voir on vous croit partir pour un assaut ; Et chez les gens ainsi s'en va-t-on de plein saut ? Regnard, le Distr. I, 6.

HISTORIQUE

XIe s. [Un chien] Que vint à Carles les galops et les salz, Ch. de Rol. LVI.

XIIIe s. Il [Les ménétriers] fesoient trois merveilleus sauts ; car en leur metoit une touaille desous les piez et tournoient tout en estant [debout], Joinville, 269. Se Renart sot onques barat, Il lor fera, queque il tarde, Tel saut dont ne se prendront garde, Ren. 15306. Ce dit Renart li desloiaux ; Atant s'en torne les granz sauz, ib. 1862. Plus que roussin qui est en saut [en rut], Fabliaux mss. p. 141, dans LACURNE.

XIVe s. Li uns [amant], en son desir venant, De hardi cuer son convenant [intention] Dist à sa dame de plain saut, Jean de Condé, t. II, p. 298.

XVe s. Que je li donnasse de sault [tout d'un coup, de plein saut] L'amour de moi sans autre assaut…, Froissart, Poésies mss. p. 401, dans LACURNE. Jean, Jean, venez par ces fenestres parler à nous, et nous vous recueillerons ; faites le beau saut, …il vous convient faire ce saut, Froissart, II, II, 95. Elle ne fit qu'un saut jusques dans sa chambre, Louis XI, Nouv. XXX.

XVIe s. Mon beau printemps et mon esté Ont fait le saut par la fenestre, Marot, III, 138. Le sault n'est pas si lourd du mal estre au non estre, comme…, Montaigne, I, 82. Ils cherchent à se recommander par des saults perilleux, Montaigne, II, 104. Au sault du lict, Montaigne, IV, 262. Sa très puissante main [de Dieu] est aussy preste de nous ruer de hault en bas, comme elle a esté de nous enlever de bas en hault, et de tant plus hault nous fera prendre le sault-brissault plus lourd, Bonivard, Chron. de Genève, III, 1. Contemplons donc, Thiard, ceste grand voute ronde ; Mais ne tenons les yeux si attachez en haut, Que, pour ne les baisser quelquefois vers la terre, Nous soyons en danger, par le hurt d'une pierre, De nous blesser le pied ou de prendre le saut [tomber], Du Bellay, J. p. 419, dans LACURNE. Les pechez sus-mentionnez sont les vrayes causes, qui la préparent [la France] à prendre un grand saut [faire une grande chute], Lanoue, 17. C'est trop presumer de penser d'un plein saut emporter ceste superbe cité, Lanoue, 432. Pour empescher de faire le saut de la messe à ceux qui balançoient encores, D'Aubigné, Hist. II, 62. Jamais nul ne luy put tenir pied [au roi Henri II] que feu M. de Bonnivet, et principalement au plein saut ; car c'estoit toujours vingt trois ou vingt quatre grands pieds ou semelles ; mais c'estoit à franchir un grand fossé plein d'eau où il se plaisoit le plus, Brantôme, Capit. franç. t. II, p. 60, dans LACURNE.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. saut ; catal. salt ; espagn. et ital. salto ; du lat. saltus, de salire, sauter, monter ; comparez le grec ἃλλεσθαι, sauter, sanscr. sar, aller.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

SAUT. Ajoutez : - REM. Saut de mouton, jeu d'adolescents, etc. Les écoliers disent d'ordinaire saute-mouton, et non saut de mouton.