« siècle », définition dans le dictionnaire Littré

siècle

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siècle

(siè-kl') s. m.
  • 1Espace de cent années. Le siècle actuel a commencé le premier jour de l'année 1801, et finira le dernier jour de l'année 1900. Et de ses successeurs l'empire inébranlable Sera de siècle en siècle enfin si redoutable, Qu'un jour toute la terre en recevra des lois, Corneille, Attila, I, 2. Il [Alexandre] vit dans la bouche de tous les hommes, sans que sa gloire soit effacée ou diminuée depuis tant de siècles, Bossuet, la Vallière. Sous lui [Louis XIV] la France a appris à se connaître ; elle se trouve des forces que les siècles précédents ne savaient pas, Bossuet, Mar.-Thér. Ces deux hommes [Condé et Turenne] que la voix commune de toute l'Europe égalait aux plus grands capitaines des siècles passés, Bossuet, Louis de Bourbon. Feuilletez à loisir tous les siècles passés, Boileau, Sat. V. Les siècles diffèrent entre eux comme les hommes : ils ont chacun leur tour d'imagination qui leur est propre, Fontenelle, Hist. théât. franç. Œuvr. t. III, p. 21. J'ai vu souvent neuf ou dix femmes, ou plutôt neuf ou dix siècles, rangées autour d'une table, Montesquieu, Lett. pers. 55. Le sage, qui voit de sang-froid tous les siècles, et même le sien, pense que les hommes y sont à peu près semblables, D'Alembert, Œuvr. t. III, p. 24. Elle [la cochenille] ne se gâte jamais ; sans autre précaution que celle de l'enfermer dans une boîte, on la garde des siècles entiers avec toute sa vertu, Raynal, Hist. phil. VI, 18. Le quatrième siècle avant Jésus-Christ, celui où l'esprit humain a fait les plus grands progrès, et où s'est trouvée une réunion bien étonnante d'hommes de génie, d'artistes célèbres, et d'écrivains illustres en tous les genres, Barthélemy, Anach. t. VII, tab. 5. Et vous, pourquoi d'un soin stérile Empoisonner vos jours bornés ? Le jour présent vaut mieux que mille Des siècles qui ne sont pas nés, Lamartine, Méd. II, 4. Et le siècle qui meurt racontant ses misères Au siècle renaissant, Lamartine, ib. I, 7.

    Un demi-siècle, l'espace de cinquante ans. Ce bouquet vient m'annoncer Qu'un demi-siècle sur ma tête Achève aujourd'hui de passer, Béranger, Cinquante ans.

  • 2Les siècles futurs, les siècles à venir, et, absolument, les siècles, la postérité, l'avenir. Je suis maître de moi comme de l'univers ; Je le suis, je veux l'être ; ô siècles ! ô mémoire ! Conservez à jamais ma dernière victoire, Corneille, Cinna, V, 3. Les capitaines des siècles futurs lui rendront un honneur semblable : on viendra étudier sur les lieux ce que l'histoire racontera du campement de Piéton et des merveilles dont il fut suivi, Bossuet, Louis de Bourbon. Je veux qu'on dise un jour aux siècles éffrayés…, Racine, Esth. II, 1. Et les siècles obscurs devant moi se découvrent, Racine, Athal. III, 7.

    Les siècles les plus éloignés, les siècles les plus reculés, les siècles qui ont précédé de beaucoup le nôtre, ou qui viendront longtemps après le nôtre.

  • 3Grand espace de temps indéterminé. C'est une vertu rare au siècle d'aujourd'hui, Molière, Mis. IV, 1. Il y a un siècle pour les blondes, un autre pour les brunes, Pascal, Pass. de l'amour. Vous voilà un peu mortifiés, messieurs les grands seigneurs… il faut suivre les siècles ; celui-ci n'est pas pour vous, Sévigné, 9 oct. 1675. Quel spectacle de voir et d'étudier ces deux hommes [Condé et Turenne], et d'apprendre de chacun d'eux toute l'estime que méritait l'autre ! c'est ce qu'a vu notre siècle, Bossuet, Louis de Bourbon. Il a fallu des siècles pour rendre justice à l'humanité, pour sentir qu'il était horrible que le grand nombre semât, et le petit recueillît, Voltaire, Lett. sur les Anglais, 9.
  • 4Époque célèbre par quelque prince renommé, par quelque grand homme, par quelque grande œuvre. Le siècle d'Homère. Le siècle de l'invention de l'imprimerie. Le siècle de Périclès. Corneille commença, en 1636, par la tragédie du Cid, le siècle qu'on appelle de Louis XIV, Voltaire, Mœurs, 176. Dans le siècle qu'on nomme de Léon X, ce pape Léon X avait-il tout fait ? n'y avait-il pas d'autres princes qui contribuèrent à polir et à éclairer le genre humain ? Voltaire, Lett. Harvey, 1740. Notre siècle, j'en conviens encore avec Votre Majesté, ne vaut pas le siècle de Louis XIV pour le génie et pour le goût ; mais il me semble qu'il l'emporte pour les lumières, pour l'horreur de la superstition et du fanatisme, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 14 février 1774. Le siècle de Louis XIV a-t-il un ouvrage philosophique à mettre à côté de l'Émile ? Marmontel, Œuvr. t. IV, p. 430. Le siècle de Médicis, qui fut pour l'Italie le règne le plus florissant des lettres et des arts, Marmontel, ib. p. 392.
  • 5Il se dit relativement à la civilisation, à l'état des mœurs des hommes dans le temps dont on parle. Un siècle de corruption. Cet homme n'est pas au niveau de son siècle. Tu vois, ma Stratonice, en quel siècle nous sommes, Corneille, Poly. I, 3. Mais son triste mérite, abandonné de tous, Contre ce siècle aveugle est toujours en courroux, Molière, Mis. V, 3. Quand il [Dieu] a fait dans ses ennemis aussi bien que dans ses serviteurs ces belles lumières d'esprit, ces rayons de son intelligence, ces images de sa bonté, ce n'est pas pour les rendre heureux qu'il leur a fait ces riches présents, c'est une décoration de l'univers, c'est un ornement du siècle présent, Bossuet, Louis de Bourbon. Vous lui allez voir [à Jurieu] aujourd'hui déchirer les siècles les plus purs, flétrir le christianisme dès son origine…, Bossuet, 1er avert. II. Siècle vainement subtil où l'on veut pécher avec raison, où la faiblesse veut s'autoriser par des maximes, Bossuet, Anne de Gonz. Hypocrisie, caractère de notre siècle, ou, pour mieux dire, caractère de tous ces siècles où le libertinage a régné, Bourdaloue, Serm. 24e dim. après la Pentecôte. Dominic. t. IV, p. 446. Ainsi qu'en sots auteurs, Notre siècle est fertile en sots admirateurs, Boileau, Art p. I. Celui qui n'a égard en écrivant qu'au goût de son siècle songe plus à sa personne qu'à ses écrits, La Bruyère, I. Les beaux siècles de la république romaine, Voltaire, l'Ingénu, 10. Personne n'ose convenir franchement des richesses de son siècle ; nous sommes comme les avares, qui disent toujours que le temps est dur, Voltaire, Mél. litt. Nouv. du Parnasse. Dans quel siècle vivons-nous, et après quel siècle ? Voltaire, Lett. Cideville, 8 déc. 1736. Il semble que le propre des siècles d'ignorance est de représenter la nature plus grossière, mais aussi plus vraie ; et celui des siècles de lumière, de la peindre plus délicate, mais plus déguisée, D'Alembert, Œuvr. t. III, p. 361. Ah ! madame, me dit le comte avec dépit, vous êtes bien de votre siècle ! Marmontel, Cont. mor. Heureusement. Il est un degré de talent où l'on ne peut plus apercevoir, entre deux hommes livrés aux mêmes recherches, d'autre différence que celle de leur siècle, Condorcet, Linné. Eh ! quel temps fut jamais en vices plus fertile ? Quel siècle d'ignorance, en beaux faits plus stérile, Que cet âge nommé siècle de la raison ? Gilbert, Le XVIIIe siècle. D'un siècle sans espoir naît un siècle sans crainte, Musset, Rolla.

    Un nouveau siècle, une ère qui se distingue par des idées plus grandes, plus humaines. Il me semble qu'il se forme un nouveau siècle, Voltaire, Lett. Laharpe, 10 oct. 1775.

  • 6 Par exagération et familièrement. Un espace de temps qu'on trouve trop long. Votre absence a duré un siècle. Un siècle de tourments, de douleurs. Il y a un siècle que l'on ne vous a vu, Dancourt, Agioteurs, II, 8. Il y a un siècle, mon cher et grand philosophe, que je ne vous ai rien dit, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 2 sept. 1760. S'il ne me trouvait pas, il faudrait bouder des siècles, Poinsinet, Cercle, sc. 3.
  • 7 Terme de l'Écriture. Dans tous les siècles des siècles, à tous les siècles, aux siècles des siècles, éternellement. C'est pour cela que les peuples publieront éternellement vos louanges dans tous les siècles des siècles, Sacy, Bible, Psaum. XLIV, 18. Ces corps malheureux dévoués à l'étang de soufre et de feu dont la fumée monte jusqu'aux siècles des siècles, Fénelon, t. XVII, p. 291.
  • 8Le siècle à venir, le siècle futur, la vie future, la béatitude céleste. C'est de saintes méditations, c'est de bonnes œuvres, c'est ces véritables richesses que vous enverrez devant vous au siècle futur, qui vous inspireront de la force [au moment de la mort], Bossuet, le Tellier. Un chrétien n'est plus de ce monde ; c'est un homme du siècle à venir ; c'est le juge et l'ennemi du monde, Bossuet, Carême, Samaritaine. Vous êtes un homme du siècle, mais vous n'êtes pas un homme du siècle à venir, Massillon, Carême, Pardon des offenses.
  • 9Le monde, la vie mondaine, par opposition à la vie religieuse. Puissances du siècle, voyez dans quel sentier la vertu chemine, doublement à l'étroit, et par elle-même et par l'effort de ceux qui la persécutent, Bossuet, Reine d'Anglet. On voulait avoir des intercesseurs [les ecclésiastiques] purs du commerce des hommes, et on craignait de les rengager dans le siècle, d'où ils avaient été séparés pour être le partage du Seigneur, Bossuet, le Tellier. Carloman, dégoûté du siècle… embrassa la vie monastique, Bossuet, Hist. I, 11. Un religieux qui, malgré ses vœux, quitterait son cloître et son habit de pénitence pour rentrer dans le siècle, Fénelon, Éduc. filles, 8. Si vous êtes disciple de Jésus-Christ, ou enfant du siècle, Massillon, Mystères, Résurrection. S'il [un enfant] paraît plus propre que les autres à soutenir la gloire de son nom et l'estime publique, on le sépare pour la terre ; on le regarde comme consacré et destiné au siècle par sa naissance, Massillon, Mystères, Dispositions p. se consacrer à Dieu. Un de ces hommes que le siècle loue, Massillon, Carême, Mauv. riche. Nous tous chrétiens vieillis dans le siècle et non pas dans la foi, Chateaubriand, Génie, I, I, 6.
  • 10Les quatre différents âges du monde, tels que les poëtes les supposent : le siècle d'or, d'argent, d'airain, de fer. Alors, ce fut alors, sous ce vrai Jupiter, Qu'on vit naître ici-bas le noir siècle de fer, Boileau, Sat. X.

    Fig. Siècle d'or, un temps heureux où règnent l'abondance et la paix. Le siècle doré En ce mariage Nous est assuré, Malherbe, VI, 7. On a inventé de certains termes bizarres : siècle d'or, merveille de nos jours, et on appelle ce jargon beauté poétique, Pascal, Pens. VII, 25, éd. HAVET. Je transportais dans les asiles de la nature des hommes dignes de les habiter : je m'en formais une société charmante dont je ne me sentais pas indigne, je me faisais un siècle d'or à ma fantaisie, Rousseau, 3e lett. à M. de Malesherbes.

    Fig. Siècle de fer, un temps rempli de guerres, de misères, de corruption. C'est par là… que le sort burlesque, en ce siècle de fer, D'un pédant, quand il veut, sait faire un duc et pair, Boileau, Sat. I.

    On a dit semblablement : siècles de boue et de sang, pour désigner des temps marqués par beaucoup de honte et beaucoup de sang.

HISTORIQUE

Xe s. [Elle] Volt lo seule lazsier, si ruovet Crist, Eulalie.

XIe s. La fin del secle qui nus est en present, Ch. de Rol. CIX.

XIIe s. Nostre Signor Jhesu Crist, à cui est honors et gloire en seules des seules, Saint Bernard, p. 560. Si li a dit : mes sire Yvain Quel siegle avez vos puis eü ? Tel, fet il, qui molt m'a pleü. Pleü ? por Deu, dites vos voir [vrai] ? Comant puet donc boen sigle avoir, Qui voit qu'an le quiert por ocirre ? Chev. au lyon, V. 1550. Tant com durront li siegle, en sera reparlance, Ronc. p. 197.

XIIIe s. Si [de sorte] qu'à Dieu et au siecle la bonté de vous pere [paraisse], Berte, IV. Troi chevalier d'amors me proient, Et moult me dient qu'il voudroient De moi avoir l'amor entire : Et vous savez, fet-ele, sire, Du siecle [le monde] ; si m'en aprenez Li quels doit estre miex amez, Lai du conseil. Moult aroit li siecles de soufrete, se marceandise n'aloit par tere, Beaumanoir, XXV. Et li ciecles est ores tel, que moult y a de ciaus [ceux] qui feroient volontiers comment il fussent riches…, Ass. de J. I, 248. Et li disoient : quant je venré en l'autre siecle, si me rendras ce que je te baille, Joinville, 266. Ne nul castel tant bien assis En tot le siecle, ce m'est vis, Partonop. V. 1711.

XIVe s. En laquelle ville avoit feste pour une fillette de siecle, Du Cange, saecularis.

XVe s. Elle qui peu sçavoit du siecle encore, et moins lui en chaloit par la raison de jeunesse…, Perceforest, t. I, f° 91. Or vous seez auprès de moy, et me comptez de vos nouvelles ; car vostre venue me semble ung autre siecle, ib. f° 115. Les compaignons de la paroisse Sainte-Marguerite en la ville de St-Quentin signifierent que ilz donroient un chapel de fleurs au mieulx chantant une chançon de siecle, Du Cange, saecularis.

XVIe s. Siecle sot met au ciel un sot, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 416. Du siecle jusqu'au siecle à jamais tu es Dieu, Desportes, Œuvres chrest. XVIII. Prière de Moyse Aprez un siecle d'ennuis et d'ordes et viles practiques, Montaigne, IV, 166. Ce siecle, autre en ses mœurs, demande un autre style ; Cueillons les fruicts amers desquels il est fertile, D'Aubigné, Tragiques, Princes.

ÉTYMOLOGIE

Bourg. siaique ; wallon, siék ; provenç. secle, segle ; catal. sigle ; espagn. siglo ; portug seculo ; ital. secolo ; du lat. saeculum. On en a rapproché le gaélique saoghal, temps de la vie. La seule orthographe authentique est saeculum ; par conséquent le rapprochement est bon avec saoghal ; et il ne le serait pas avec sequi, qui a été proposé.