« bas », définition dans le dictionnaire Littré

bas

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

bas, basse [1]

(bâ, bâ-s' ; l's se lie : un cœur bas et lâche, dites : bâ-z et…) adj.
  • 1Qui a peu de hauteur. Maison basse. Rives plus basses. Un siége bas. Le plafond est bas. La porte est basse. Cet animal est très bas sur ses jambes.

    En termes de guerre, basse enceinte, la fausse braie. Place basse, la casemate et le flanc retiré qui sert à défendre le fossé.

  • 2Baissé, par opposition à levé. Marcher la tête basse. Ce chien porte les oreilles basses. À leurs noms, un grand froid, un front triste, un œil bas M'ont fait voir aussitôt qu'ils ne lui plaisaient pas, Corneille, Othon, I, 3.

    Fig. Avoir l'oreille basse, être humilié, mortifié.

    En termes de guerre, faire main basse, piller, ne pas faire de quartier ; et figurément, traiter sans ménagement.

  • 3Situé au-dessous d'une autre chose ; dont le sol est plus bas. La partie basse d'une ville. La partie basse des Alpes. La cavalerie était placée dans la partie basse. Lieux bas et marécageux. Descendre dans les terres basses. La basse Égypte, la basse Normandie, la basse Bretagne.

    Basses voiles, les grandes voiles d'en bas, par opposition à celles de hune et de perroquet.

    Ce vin est bas, il est près de la lie, il sent la lie.

    Ce bas monde, la terre, par opposition au ciel.

    Basses terres, terres situées au pied des montagnes, ou près de la mer.

    Les basses régions de l'air, les couches d'air les plus voisines de la terre.

    La basse région de l'âme, celle où se forment les passions grossières et les appétits sensuels.

    Le bas bout de la salle, la place la plus voisine de la porte d'entrée, et conséquemment, celle que l'on donne aux hôtes les moins distingués.

    Au bas mot, en réduisant la chose autant qu'il est possible. Cette terre a coûté, au bas mot, cent mille francs. Il y a eu dans ce combat, au bas mot, deux cents tués.

  • 4Qui est inférieur à son point d'élévation ordinaire. Basse mer. Basse marée. La rivière est basse. Le jour est bas, il est sur son déclin. Le temps est bas, l'air est chargé de nuages moins élevés qu'à l'ordinaire.

    Familièrement et fig. Les eaux sont basses, l'argent commence à manquer.

  • 5Bas se dit du temps, aussi bien que du lieu. Le Bas-Empire, l'Empire en décadence depuis Constantin jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs.

    Les bas siècles, les bas temps, les temps qui suivent la chute de l'empire romain.

    La basse latinité, la langue latine corrompue dont on s'est servi depuis l'invasion des barbares et durant le moyen âge. Le bas-latin, le latin de ces temps. Basse grécité et bas-grec, même sens quant au grec.

    Le carême est bas, c'est-à-dire il commence de bonne heure, dès le mois de février.

  • 6Qui se fait à peine entendre, en parlant de la voix. Voix basse.

    À voix basse, sans élever la voix. Dire à voix basse. De sa voix la plus basse. Répondre sur un ton bas.

    À basse note, sans élever la voix. On fit briller le vin de St-Laurens, et en basse note, entre M. et Mme de Chaulnes et moi, votre santé fut bue, Sévigné, 669. Mlle Clairon va jouer, à basse note, Aménaïde et Électre sur notre petit théâtre de Ferney, Voltaire, Lettr. d'Argental, 12 août 1765.

    Fig. Avec tant de faiblesse, il faut la voix plus basse, Corneille, Perth. I, 4.

    Familièrement. Vous l'avez pris sur un ton trop bas, vous n'avez pas parlé avec assez de fermeté.

  • 7 Terme de musique. Qui appartient au bas de la gamme, grave. Un son très bas.
  • 8 Terme de danse. Danses basses ou danses nobles, celles qui, comme la courante, le menuet, consistaient dans des pas glissés et de belles attitudes, sans s'élever de terre. On les opposait aux danses par haut, qu'on appelait autrement baladinages, dans lesquelles on sautait plus ou moins.
  • 9 Fig. Inférieur, subalterne. Professions basses. Fonctions basses. Les gens de la basse classe. Reprocher à quelqu'un sa basse extraction. Être de la plus basse origine. Homme de la plus basse condition. Bas lieu, condition, naissance peu relevée. Combien a-t-on vu de rois venir de bas lieu, lesquels on n'a pas moins estimés pour cela ! Tamerlan avait été porcher…, Francion, l. II, p. 463. Le médiocre état d'une fortune basse, Rotrou, Bélis. V, 5. Aux mânes de Pompée il faut une autre offrande, La victime est trop basse et l'injure est trop grande, Corneille, Pomp. V, 2. Je n'attendais pas Un courage aussi grand dans un rang aussi bas, Voltaire, Mér. IV, 1.

    Le bas peuple, les dernières classes du peuple. Le bas peuple en vaudra certainement mieux, quand les principaux citoyens cultiveront la sagesse et la vertu, Voltaire, Lettr. Damilaville, 13 avril 1766.

    Le bas commerce, les petits marchands. C'est la même négligence qui lui a fait dire que tout le bas commerce était infâme chez les Grecs, Voltaire, Lettr, Linguet, 15 mars 1767.

    Les basses classes d'un collége, les classes élémentaires.

    Le bas chœur d'un chapitre, les chantres et les chapelains.

    Les bas officiers, les officiers subalternes. Ce terme désignait, au XVIIe siècle, en France, et désigne encore dans des armées étrangères, les grades inférieurs à celui d'officier, grades auxquels depuis lors on donne le nom de sous-officiers.

    La chambre basse en Angleterre, la chambre des communes.

    Basse justice, en parlant des justices seigneuriales, se disait par opposition à moyenne et haute justice ; elle connaissait des droits dus au seigneur, cens et rentes, de la police, de dégât de bêtes, d'injures légères, etc.

    Messe basse, messe dite sans être chantée par le chœur et sans assistance de diacre et de sous-diacre. L'évêque de Chartres ne pouvait jamais y dire la messe basse [dans la cathédrale], Saint-Simon, 78, 11.

    Les basses cartes, les cartes inférieures, celles qui ont le moins de valeur et de force.

    Maître des basses œuvres, cureur de retraits, vidangeur.

    En termes de fauconnerie, oiseau bas, oiseau maigre et décharné.

  • 10Vil, méprisable, honteux. Bas flatteur. Âme basse. Sentiments bas. Manière de vivre basse. Regarder comme une chose basse de… Mais aussi n'ai-je pas cette basse malignité, de haïr un homme, à cause qu'il est au-dessus des autres, Voiture, Lettr. 74. Un esprit né sans fard, sans basse complaisance, Fuit ce ton radouci, Boileau, Sat. IX. Madame, je n'ai point des sentiments si bas, Racine, Phèd. II, 5. Ah ! quelle âme assez basse !…, Racine, Brit. I, 4. Mais je m'étonne enfin que… Vous ayez si longtemps, par des détours si bas, Feint un amour pour moi que vous ne sentiez pas, Racine, Baj. V, 4. Elle ne peut souffrir une basse pensée, Corneille, Cid, II, 3. S'il est, pour me trahir, des esprits assez bas, Corneille, Cinna, I, 4. Il mettait la grandeur à ne rien faire de bas, Fénelon, Tél. XII. Ta secte obscure et basse avilit les mortels, Voltaire, Fanat. II, 5.
  • 11Manquant de distinction, en parlant du langage et des choses d'esprit. Terme bas ; expressions basses ; style bas ; plaisanterie basse. Le bas comique. Cette manière basse de plaisanter a passé du peuple, à qui elle appartient, jusque dans une grande partie de la jeunesse de la cour, qu'elle a déjà infectée, La Bruyère, 5. Ah ! Velches, quand je vous donne du grand, vous dites que je suis boursouflé ; et, quand je vous donne du simple, vous dites que je suis bas, Voltaire, Lettr. d'Argental, 15 mai 1767.
  • 12Peu élevé, en parlant du prix, de l'évaluation. Ce qui est le plus bas prix. Vendre à bas prix. Ceux qui mettent le nombre des tués au plus bas. Or de bas aloi ; bas or ; bas argent. Les fonds publics sont bas.
  • 13En parlant de la vue, qui force à se baisser, à s'approcher de l'objet que l'on regarde. Avoir la vue basse, ne distinguer les objets que de près.
  • 14En parlant de l'âge, qui appartient à la première enfance. Être en bas âge. Dans son bas âge.
  • 15Bas, s. m. La partie inférieure. Il venait du bas du pays. Il le saisit par le bas du corps. Il le fait rouler jusqu'au bas de l'escalier. Le bas de la montagne. Le bas d'un arbre. Le bas d'une robe. Il y avait, au bas de votre lettre, trois écritures différentes, Voiture, Lett. 30.

    En termes d'astrologie, le bas du ciel, la troisième ou quatrième maison d'un horoscope, où est le nadir, c'est-à-dire la partie du ciel la plus basse à notre égard.

    En termes de marine, partie extérieure d'un bâtiment, au-dessous de la ligne d'eau.

    Fig. Je ne dois pas me fort soucier de ce qui se passe, dans le bas du monde, parmi les esprits inférieurs, Guez de Balzac, liv. V, lett. 10. Notre argent est au bas [nous n'en avons plus], il y faut remédier, Hamilton, Gramm. 3.

    Il y a du haut et du bas dans la vie, elle est mêlée de biens et de maux. Il y a des hauts et des bas dans la conduite de cet homme, beaucoup d'inégalités. Le sort a des hauts et des bas. Avoir du haut et du bas dans l'humeur. N'admirez-vous pas comme cette vie est mêlée de haut et de bas, de blanc et de noir ? Voltaire, Lettr. Damilaville, 9 février 1767. Le christianisme a fait voir le haut et le bas de notre cœur, Chateaubriand, Génie, II, III, 1.

    Les voies inférieures du corps. L'opération [produite par les gouttes d'Angleterre, sorte de purgatif] sur le maréchal de Lorge fut douce, mais prodigieuse par le bas, Saint-Simon, 29, 79.

    Le bas de la voix, les sons graves de la voix.

    Ce qui manque de distinction. Le trivial et le bas défigurent la tragédie, Voltaire, Lettr. Walpole, 15 juillet 1768.

    BAS, adv.

  • 16Dans la partie basse, dans un lieu situé au-dessous. Il était assis plus bas. Plus bas que la ville. Faire descendre quelque chose plus bas. Ces eaux viennent de plus bas. Nous aurons du mauvais temps, les hirondelles volent bas. Cette petite fille est assise trop bas. Dans cette grande marée, la mer s'est retirée fort bas.

    Familièrement. Cet homme est bien bas percé, il est bien mal dans ses affaires. Locution tirée du tonneau qu'on perce bas, pour tirer les dernières bouteilles de vin.

    Boiter tout bas, boiter beaucoup. Monsieur boite tout bas, Sévigné, 323. Monsieur, où courez-vous ? c'est vous mettre en danger, Et vous boitez tout bas, Racine, Plaid. II, 13. Plus bas, ci-après. Dont nous parlerons plus bas.

    Jouer argent bas, jouer argent comptant.

    En termes de marine, amener tout bas, filer entièrement les drisses d'une vergue, d'une voile.

    Terme de marine. Couler bas un navire, faire qu'il s'enfonce sous l'eau ; et, neutralement, le navire coule bas. Couler bas d'eau, s'enfoncer sous l'eau parce que l'eau remplit le bâtiment. La chaloupe coulait bas d'eau, lorsqu'elle fut rencontrée par un navire.

  • 17 Fig. Est-il possible de tomber si bas, de s'abaisser à ce point, d'éprouver de tels revers ? etc. N'autorisez pas De plus méchants que vous à la mettre [l'autorité] plus bas, Corneille, Nicom. II, 2. Quand le sort ennemi m'aurait jeté plus bas, Racine, Mithr. II, 4.

    Être bas, être renversé. Unissons-nous ensemble, et le tyran est bas, Corneille, Sertor. III, 2. La tyrannie est bas, et le sort a changé, Corneille, Pomp. II, 2.

    Tenir bas, tenir dans la soumission. Le peuple a besoin qu'on le tienne bas pour son propre repos, Fénelon, Tél. XII. On a une secrète complaisance à tenir bas ceux-ci [domestiques, serviteurs], Bourdaloue, Carême, I, Ambit. 497.

    Ce malade, cette malade est bien bas ; il, elle est bien mal. On disait : Hâtons-nous, je l'ai laissé fort bas, Régnier, Sat. X. Nous la trouvions si extrêmement bas, Sévigné, 141. Quoi ! l'oncle de Messieurs serait défunt ! - Hélas ! Il ne vaut guère mieux, tant le pauvre homme est bas ! Regnard, Légat. III, 8.

  • 18Mettre bas les armes ou les armes bas, rendre les armes, cesser de combattre. Qui mettait les armes bas devant l'ennemi, Bossuet, Hist. III, 6. Ils mirent bas les armes pour les regarder, Fénelon, Tél. XX. Le sénat… ordonna aux deux princes numides de mettre les armes bas, Vertot, Révol. rom. IX, p. 374. Je n'ai point cru devoir mettre les armes bas, Corneille, Sertor. IV, 3.

    Mettre habit bas, se déshabiller. Il mit veste bas.

    Mettre chapeau bas, se découvrir par respect. En joue il [Jupin] vous met sans qui-vive ! Mais je l'aborde chapeau bas, Béranger, Bluets.

    Elliptiquement. Chapeau bas ! découvrez-vous !

    En termes de marine, mettre pavillon bas, baisser le pavillon ; et figurément, céder, se rendre.

    Mettre voiles bas, abaisser ses voiles. Ses trois vaisseaux en rade avaient mis voiles bas, Corneille, Pomp. II, 2.

    Fig. Mettre bas, déposer, renoncer à. J'avais mis bas avec le nom d'aîné L'avantage du trône où je suis destiné, Corneille, Nicom. III, 6. Croyez-moi, mettez bas l'artifice, Corneille, Othon, II, 5. …Mettant leur haine bas, Corneille, Pomp. IV, 4. Je vous obéirai, seigneur, sans complaisance, Et mets bas le respect qui pourrait m'empêcher…, Corneille, Cinna, II, 1. Allons donc, messieurs, mettez bas toute rancune, Molière, Am. méd. 1. Mettons bas toute feinte, Molière, Éc. des mar. II, 3.

    Mettre bas, renverser. La troupe qui l'assaut [assaille] et la veut mettre bas, Malherbe, I, 4. De l'Orient mettant l'empire bas, Malherbe, II, 3. Je fais émerveiller tous les yeux de la terre De voir que le malheur ne m'ose mettre bas, Malherbe, IV, 7. Il a mis bas les puissants, Bossuet, II, Visit. 1. Je n'aspirerais au bonheur de vous plaire Qu'après avoir mis bas un si grand adversaire, Corneille, Pomp. IV, 3.

    Mettre bas, en parlant des femelles d'animaux, faire un petit, des petits. La lionne met bas dans des lieux très écartés, Buffon, Lion.

    En termes de vénerie, le cerf a mis bas, son bois est tombé.

  • 19Bas, d'une voix basse, sans faire de bruit, au-dessous du ton convenable. Parler bas à quelqu'un. Il me répète tout bas son refrain. Il demanda tout bas. Rire tout bas. Parlons bas, écoute, Corneille, Cid, II, 2. Parlons plus bas, mes sœurs. Ciel ! si quelque infidèle…, Racine, Esth. II, 9.

    Fig. En secret. Il suffit que mon cœur me condamne tout bas, Racine, Androm. IV, 5. Mais, malgré ses efforts, il frémissait tout bas Qu'on applaudît en lui des vertus qu'il n'a pas, Voltaire, M. de Cés. II, 4.

  • 20 Terme de musique. D'un ton qui est vers le grave. Ce luth est monté trop bas.
  • 21À bas, locut. adverb. Mettre ou jeter à bas ; jeter, renverser ; et figurément, détruire. Me jeter du Pont-Neuf à bas en la rivière, Régnier, Sat. VIII. Je fais jeter de grands arbres à bas, Sévigné, 62.

    Fig. Pour jeter un des partis à bas, Corneille, Hor. I. Il le veut élever, il le peut mettre à bas, Corneille, Poly. III, 2. Salvidien à bas a soulevé Lépide, Corneille, Cinna, IV, 4. Je vous l'avoue, il n'est pas encore temps de mettre à bas Mazarin, Retz, III, 97. Le grand combat qui met nos ennemis à bas, Molière, Amph. I, 1. Voilà le marquisat et la vicomté à bas, Molière, Les préc. ridic. sc. 16. Les ennemis sont à bas, Bossuet, Hist. II, 5. Son système et celui de M. Claude est à bas, Bossuet, Avert. 6. Puisque le tyran est à bas, Laissez-nous prendre nos ébats, Béranger, Requête.

    Cris d'improbation. À bas la cabale ! à bas ! Crier à bas les ministres, Béranger, G. nation.

    À bas de. loc. prépos. Se jeter à bas d'un mur, des retranchements. Sauter à bas de cheval. Il saute à bas de son lit, Rousseau, Ém. II.

  • 22En bas, loc. adv. Dans un lieu placé au-dessous. De haut en bas. Aller en haut et en bas. Il tombe la tête en bas. Piques qui tombent la pointe en bas.

    Fig. Regarder, traiter quelqu'un du haut en bas, le regarder, le traiter avec dédain, avec mépris. Ces femmes qui regardent un chacun de haut en bas, Molière, Impr. 1.

    En bas de, locut. prépos. On le trouva évanoui en bas de l'échelle.

    D'en bas, loc. adverb. Les émanations qui venaient d'en bas.

    Par en bas, loc. adv. Dans le bas. Sa taille est devenue plus fine par en bas, Sévigné, 499.

  • 23Par bas, dans un endroit bas. Demeurer par bas. Être logé par bas, au rez-de-chaussée.

    Par bas, en termes de médecine, par les voies inférieures du corps. Purger par bas. Purger par haut et par bas. Cette drogue fait aller par haut et par bas, elle fait vomir et aller à la garde-robe.

  • 24Ici-bas, sur la terre, par opposition au ciel.
  • 25Là-bas, loc. adv. Au-dessous ; à une certaine distance. Il demeure là-bas. Le vois-tu bien, là-bas, là-bas, Là-bas, là-bas ? dit l'espérance ; Bourgeois, manants, rois et prélats Lui font de loin la révérence, Béranger, le Bonheur.

REMARQUE

On met des traits d'union à : bas-Breton, habitant de la basse Bretagne ; bas-breton, dialecte celtique parlé dans la basse Bretagne ; bas-Normand, habitant de la basse Normandie ; à Bas-Empire, empire romain transporté à Constantinople et tombé en décadence ; aux noms des départements, Bas-Rhin, Basses-Pyrénées, et à Pays-Bas (la Belgique et la Hollande). Mais on écrit sans trait d'union le bas Rhin, la partie inférieure du Rhin ; les basses Pyrénées, les Pyrénées situées près de la mer.

SYNONYME

BAS, ABJECT, VIL. Ce qui est bas est placé au-dessous. Ce qui est abject est jeté de côté. Ce qui est vil est de prix inférieur. Aussi abject et vil expriment un degré au-dessous de bas. Une condition basse peut n'avoir rien d'abject ni de vil. Quand bas s'applique au moral (une âme basse, des sentiments bas), bas, bien qu'il n'exprime plus un état qui soit indifférent, garde encore quelque chose de son sens primitif, et on enchérirait si on disait une âme abjecte, une âme vile : cela tient à la signification primitive, dont la nuance suit le mot dans tous ses emplois. On peut signaler la même différence entre abject et vil ; ce qui est vil a très peu de prix, est beaucoup au-dessous du prix, mais enfin a encore un certain prix ; au lieu que abject est tout à fait rejeté, et, pour ainsi dire, mis à la voirie.

HISTORIQUE

XIIe s. Se j'ai choisi haut ou bas, Je m'en doi trop bien douloir, Couci, p. 122. Lasse, fait-ele en bas [à voix basse], que pourrai devenir ? Audefroi le Bastard, Romancero, p. 32. E quant li moinie [les moines] vindrent lur complie chanter, Quidierent il pur veir que se dormist li ber, E chanterent en bas…, Th. le mart. 48.

XIIIe s. Il veust dire que tuit, et haut et bas, fussent aün [rassemblé] à cort de lui, Psautier, f° 121. El ne fu joine ne chenue, Ne fu trop haute, ne trop basse, Ne fu trop megre, ne trop grasse, la Rose, 2987. Il n'est pas resons que la gentil feme perde son droit d'eritage por ce, s'ele se marie en plus basse persone, Beaumanoir, XLVIII, 5.

XIVe s. Ne le feu ne se peut acoustumer à descendre en bas, Oresme, Eth. 33. Se François orent fait au matin bonne chiere, Aussi basse la font et s'embruchent en terre, Guesclin. 22204. Doucement [il] lui a dit et à basse alenée, ib. 9527. Essayer si l'esprevier se tendra [tiendra] paisible sur le poing ; si non, le mettre au bas [lui donner moins à manger], Ménagier, III, 2.

XVe s. Vecy nos ennemis qui tantost à basse eau passeront la riviere, Froissart, II, II, 32. Jean de Lannoy, qui estoit au clocher, crioit à ceux qui estoient bas, Froissart, II, II, 95. Fist durant son regne [Louis XI] beaucoup de injustices, maulx et violences ; et tellement qu'il avoit mis son peuple si au bas, que au jour de son trespas estoit presque au desespoir, J. de Troyes, Chron. 1483. Ni Troye la grand cité ne cuidoit point que la fortune tant au bas la sceust mettre comme elle la mit, Bouciq. I, ch. 23. Et voyant son maistre bas, commença à practiquer avec monseigneur de Lorraine, Commines, V, 6. Le roy estoit jà fort bas, et à grant peine se vouloit il laisser veoir, Commines, ib. VI, 9.

XVIe s. Ce disant mit bas son grand habit, Rabelais, Gar. I, 27. Quand les choses sont venues à leur point supellatif, elles sont en bas ruynées, Rabelais, ib. I, 31. Les pelerins disoyent en voix basse l'ung à l'aultre. - Quelque basse fousse des prisons, Rabelais, ib. I, 38. Son fils, parce qu'il est trop bas d'eage, Rabelais, ib. I, 50. Bas de stature, et de joye, et d'esbas, Bas de sçavoir, en bas degré nourri, Et bas de biens, dont il est bien marry, Marot, II, 90. Je l'ay veu en telle extremité de maladie et si bas que tout le monde estoit desesperé de sa vie, Marguerite de Navarre, Lett. 47. Et trouva sa pauvre femme si bas qu'elle avoit plus besoin de confession que de medecin, Marguerite de Navarre, Nouv. LXXI. Ça bas [ici bas], Montaigne, I, 106. Cette aultre volupté plus basse, Montaigne, I, 69. Gens de basse condition, Montaigne, I, 90. Quelqu'un du bas peuple, Montaigne, I, 111. Ils sont moitié poisson par embas, Montaigne, II, 263. Ceulx qui demeurent orphelins en bas aage, Amyot, Lyc. 2. Avec une chere basse et morne, sans mot dire, Amyot, Numa, 18. Ces jerbes furent emmenées jusques en un endroit où elles trouverent l'eau basse, et s'y arresterent, Amyot, Public. 13. Ne pouvant croire que les Romains fussent si bas que d'avoir abandonné leur ville, Amyot, Cam. 39. Ilz le jetterent du haut en bas du chasteau, Amyot, ib. 48. Les adherens de Camillus repoulsoient le sergent arriere de la chaire, et le commun peuple luy crioit d'à bas qu'il le tirast, Amyot, ib. 72. Cela consumma et meit au bas la puissance d'Athenes, Amyot, Alc. 42. Gouverneurs des basses provinces de l'Asie, Amyot, Cimon, 36. Ceux de Cologne mirent bas [déposèrent les armes] sans estre forcez, D'Aubigné, Hist. I, 255. Le duc y envoia Sanctio Avilla avec 4000 hommes, qui, à un bas de marée, entra maugré le siege dans la ville, D'Aubigné, ib. II, 67. Le vent aiant mis bas [étant tombé], D'Aubigné, ib. II, 83. Or il fut question de faire retraicte ; car il estoit basse heure, Carloix, V, 15. Après avoir fait une bassissime reverence devant les dames, Sat. Mén. p. 55. Les bois, les monts, les baisses vois [je vais] tranchant [franchissant les vallées], La Boétie, 442. Son œil est doux et fier, son sourcil un peu bas, Ronsard, Bocage royal, 2e partie, à la Rouvere.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. bas ; espagn. bajo ; portug. baixo ; ital. basso. On a indiqué le celtique : bas-breton, baz ; kymri, bâs ; irland. bass, mots qui signifient peu profond. Diez combat cette étymologie, d'abord en remarquant que le j espagnol répondrait mal au bas-breton et exigerait deux s ; objection insuffisante puisque les deux s sont dans l'irlandais. Puis il objecte le sens : bassus signifiant, dans Isidore, crassus, pinguis ; dans Papias, curtus ; et dans le vieux français, qui n'est pas élevé, et non pas peu profond ; sens confirmé encore par l'italien bassotto, épais. Par ces raisons il rattache bas au latin bassus, qui a été un surnom et qui, d'après les gloses, exprime une certaine conformation du corps. Cette argumentation paraît probante.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. BAS. Ajoutez :
16Bas de, pauvre de, manquant de… Je ne sais quels Scythes Bas de fortune et de mérites, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.

REMARQUE

Ajoutez :

2. Notre locution à bas, avec son sens de réprobation, se trouve dans l'ancienne langue sous la forme bas : XIIIe s. Quar devant çou, savoir ne fal [je ne manque de le savoir], Crioit on : bas le kardenal ! Philippe Mouskes, Chronique, V. 26 155.