« livre », définition dans le dictionnaire Littré

livre

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livre [1]

(li-vr') s. m.
  • 1Réunion de plusieurs cahiers de pages manuscrites ou imprimées. Livre manuscrit. Livre imprimé. Les livres d'une bibliothèque. Livre doré sur tranche. Livres reliés, brochés. Les marges d'un livre. Quoiqu'il soit plus vrai qu'il ne fut jamais que c'est faire de grands péchés que de faire de grands livres, Guez de Balzac, liv. IV, lett. 3. Ils reconnurent avec soin la terre, et la divisèrent en sept parts, qu'ils écrivirent dans un livre, Sacy, Bible, Josué, XVIII, 9. Vos livres éternels ne me contentent pas ; Et, hors un gros Plutarque à mettre mes rabats, Vous devriez brûler tout ce meuble inutile, Et laisser la science aux docteurs de la ville, Molière, F. sav. II, 7. Il ne faut pas s'imaginer le prince un livre à la main, avec un front soucieux, et des yeux profondément attachés à la lecture ; son livre principal est le monde, Bossuet, Politique, V, I, 8. Chez le libraire absent tout entre, tout se mêle ; Les livres sur Évrard fondent comme la grêle Qui, dans un grand jardin, à coups impétueux, Abat l'honneur naissant des rameaux fructueux ; Chacun s'arme au hasard du livre qu'il rencontre, Boileau, Lutrin, V. Éclaircis des rabbins les savantes ténèbres, Afin qu'en ta vieillesse un livre en maroquin Aille offrir ton travail à quelque heureux faquin…, Boileau, Sat. VIII. J'adore le Seigneur ; on m'explique sa loi ; Dans son livre divin on m'apprend à la lire, Racine, Athal. II, 7. Je regarde à présent tous les gros livres comme des dictionnaires, Voltaire, Mél. hist. Fragm. sur l'hist. art XII. Vous craignez les livres comme dans certaines bourgades on craint les violons ; laissez lire et laissez danser ; ces deux amusements ne feront jamais de mal au monde, Voltaire, Dict. phil. Liberté d'imprimer.

    Chez les anciens, les livres étaient des rouleaux, c'est-à-dire une longue feuille de papyrus écrite sur une ou plusieurs colonnes, et roulée autour d'un bâton central (d'où volumen, rouleau, volume). Le ciel se retira comme un livre que l'on roule, et toutes les montagnes et les îles furent ébranlées de leur place, Sacy, Bible, St Jean, Apocal. VI, 14.

    Livre in-folio, in-quarto, in-octavo, in-douze, in-seize, in trente-deux, voy. ces mots.

    Livre en feuilles, livre imprimé qui n'est encore ni broché ni relié.

    Collationner un livre, voir si un livre est complet, s'il n'y manque pas quelque feuillet.

    Livre dépareillé, volume séparé des autres volumes d'un même ouvrage.

    Terme d'antiquité romaine. Livres de lin ou lintéens, voy. LINTÉENS.

    Livre contrefait, s'est dit autrefois d'un faux livre, c'est-à-dire d'un bloc de bois ou d'une boîte ayant la forme et les ornements extérieurs d'un livre. Cette locution n'est plus usitée.

    Traduire un auteur à livre ouvert, le traduire facilement à la première lecture.

    Fig. Il connaît l'avenir et les choses passées ; Rien n'est secret pour lui dans tout cet univers, Et pour lui nos destins sont des livres ouverts, Corneille, Illus. com. I, 1.

    On dit aussi en parlant de la musique : chanter, accompagner, lire la musique à livre ouvert, lire, chanter, accompagner sans avoir besoin de préparation. Me faire chanter à livre ouvert, moi ? vous m'embarrassez fort, madame, Dancourt, Sec. chap. du diable boit. I, 5.

    À l'ouverture du livre, en ouvrant le livre. Je suis tombé à l'ouverture du livre sur le passage dont j'avais besoin.

    Ouvrir, fermer un livre. Amis, un dernier mot, et je ferme à jamais Ce livre, à ma pensée étranger désormais, Hugo, Feuilles d'automne, XL.

    Fig. Après cela il faut fermer le livre, le point décisif est trouvé, et il n'y a plus rien à dire.

  • 2Fig. Terme de théologie. Le livre de vie ou des vivants, le décret de Dieu touchant les élus. N'est-ce pas assez que ces dons fussent écrits de la main même du Seigneur dans le livre de vie ? Massillon, Carême, Aumône. Un prophète ouvrit le livre de vie : le nom d'Hiéroclès était effacé, Chateaubriand, Mart. XXIII.

    Être écrit dans le livre de vie, être prédestiné à jouir du bonheur éternel. Ceux qui habitent sur la terre, dont les noms ne sont pas écrits dans le livre de vie de l'agneau qui a été immolé dès la création du monde, Sacy, Bible, St Jean, Apocal. XIII, 8.

  • 3 Fig. Le livre du destin, des destins, l'ordre immuable suivant lequel les événements doivent s'accomplir. Il ouvrit à ses yeux le livre du destin, Voltaire, Henr. I.

    Cela était écrit dans le livre du destin, se dit d'un événement où l'on croit voir quelque fatalité.

  • 4Ouvrage d'esprit, soit en prose, soit en vers, d'assez grande étendue pour faire au moins un volume. Livre bien écrit, mal écrit. Mettre un livre au jour. Publier, faire paraître un livre. Et disent pour bonjour : Monsieur, je fais des livres, Régnier, Sat. II. Hâte-toi, mon ami, tu n'as pas tant à vivre ; Je te rebats ce mot, car il vaut tout un livre, La Fontaine, Fabl. VIII, 27. Le dernier livre qu'il a fait contre M. Arnaud, Pascal, Prov. IV. Il faut qu'on n'en puisse dire [d'un homme] ni, il est mathématicien, ni prédicateur, ni éloquent, mais, il est honnête homme… quand en voyant un homme, on se souvient de son livre, c'est mauvais signe, Pascal, Pens. VI, 15 ter, éd. HAVET. Certains auteurs, parlant de leurs ouvrages, disent : mon livre, mon commentaire, mon histoire… ils feraient mieux de dire : notre livre, notre commentaire, notre histoire, vu que d'ordinaire il y a plus en cela du bien d'autrui que du leur, Pascal, ib. XXIV, 68. Les meilleurs livres sont ceux que ceux qui les lisent croient qu'ils auraient pu faire : la nature, qui seule est bonne, est toute familière et commune, Pascal, Esprit géom. II. Enfin, tant que nous aurons des livres, nous ne nous pendrons pas, Sévigné, 23 sept. 1671. Un amour curieux des livres, une avidité de savoir…, Fléchier, Duc de Mont. Un pédant enivré de sa vaine science, Tout hérissé de grec, tout bouffi d'arrogance… Croit qu'un livre fait tout, et que, sans Aristote, La raison ne voit goutte et le bon sens radote, Boileau, Sat. IV. Son livre est d'agréments un fertile trésor, Boileau, Art p. III. Après cela, docteur, va pâlir sur la Bible ; Va marquer les écueils de cette mer terrible ; Perce la sainte horreur de ce livre divin, Boileau, Sat. VIII. C'est un métier que de faire un livre, comme de faire une pendule, La Bruyère, I. Si l'on ôte de beaucoup d'ouvrages de morale, l'avertissement au lecteur, l'épître dédicatoire, la préface, la table, les approbations, il reste à peine assez de pages pour mériter le nom de livre, La Bruyère, I. Il y a, surtout en mathématique, plus de bons livres qu'il n'y en a de bien faits, c'est-à-dire qu'on en voit assez qui peuvent instruire et peu qui instruisent avec une certaine méthode et, pour ainsi dire, avec un certain agrément, Fontenelle, l'Hospital. Je mets les bons livres parmi les choses absolument nécessaires, Voltaire, Lett. Damilaville, 3 avr. 1767. Du temps de Pascal, de Boileau et de Racine, les mauvais livres ne valaient rien du tout, au lieu que les plus détestables livres de nos jours brillent toujours par quelque endroit, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 16 nov. 1773. Métastase a pris la plupart de ses opéras dans nos tragédies françaises ; plusieurs auteurs anglais nous ont copiés et n'en ont rien dit ; il en est des livres comme du feu dans nos foyers : on va prendre le feu chez son voisin, on l'allume chez soi, on le communique à d'autres, et il appartient à tous, Voltaire, Dict. phil. Prior, Butler et Swift. Vous les méprisez, les livres, vous dont toute la vie est plongée dans les vanités de l'ambition et dans la recherche des plaisirs ou dans l'oisiveté ; mais songez que tout l'univers connu n'est gouverné que par des livres, excepté les nations sauvages, Voltaire, ib. Livres. Les livres sont aujourd'hui multipliés à un tel point que non-seulement il est impossible de les lire tous, mais d'en savoir même le nombre et d'en connaître le titre, Voltaire, ib. Livres, sect. 3. De tous les livres de l'Occident qui sont parvenus jusqu'à nous, le plus ancien est Homère ; c'est là qu'on trouve les mœurs de l'antiquité profane, des héros grossiers, des dieux grossiers faits à l'image de l'homme, Voltaire, ib. Destin. Cet examen nous fournira quelque chose de nouveau et de vrai ; c'est la seule excuse d'un livre, Voltaire, Phil. Newt. II, 4. Il vit avec les livres comme avec les hommes ; il choisit et il n'est jamais la dupe des noms, Voltaire, l'Homme aux 40 écus, le bon sens. Le désir de plaire à Mme de Villette fit entreprendre à Helvétius le livre de l'Esprit, Duclos, Morc. hist. Œuv. t. X, p. 270, dans POUGENS. Les livres éclairent la multitude, humanisent les hommes puissants, charment le loisir des riches, instruisent toutes les classes de la société, Raynal, Hist. phil. XIX, 13. Un bon livre est un bon ami, Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg.

    Fig. Et je veux, si jamais on engage ma foi, Un mari qui n'ait point d'autre livre que moi, Molière, Femm. sav. V, 3. Je sens le chagrin que vous avez eu de quitter votre château, et votre liberté, et votre tranquillité ; le cérémonial est un étrange livre pour vous, Sévigné, 27 oct. 1675.

    Commencer, achever un livre, en commencer, en achever la lecture.

    Peuples du livre, nom qui désigne, dans le Coran, les juifs, les chrétiens et les sabéens.

    Les mauvais livres, les livres qui contiennent des doctrines subversives, et aussi les livres licencieux. Un tableau, une statue licencieuse est peut-être plus dangereuse qu'un mauvais livre, Diderot, Pensées sur la peint. Œuv. t. XV, p. 181, dans POUGENS.

    Livre populaire, celui qui, par la modicité de son prix, est à la portée des moindres fortunes.

    Livres élémentaires, ceux qui enseignent les éléments de quelque science.

    Livres classiques, ceux des ouvrages littéraires qui, consacrés par le temps et par une approbation universelle, font autorité.

    Livres classiques, se dit aussi des livres qui servent dans les classes à l'instruction de la jeunesse.

    Livres de bibliothèque, ouvrages d'une grande étendue que l'on a pour les consulter, ou ouvrages sérieux qui figurent bien dans une bibliothèque et y font honneur. Livres d'église, livres de prières, les livres qui servent au clergé pour célébrer l'office divin, et aux fidèles pour suivre les prières qui se récitent ou se chantent à l'église.

    Livres de dévotion, livres qui servent aux exercices de dévotion, qui contiennent des prières, des oraisons mystiques.

    Livre de paix, le livre qu'on donne à baiser à la messe.

    Les saints livres, la Bible, la sainte Écriture. Ayant pour notre consolation les saints livres qui sont entre nos mains, Sacy, Bible, Machab. I, XII, 9.

    Fig. On ferait un livre de… se dit pour exprimer que la chose dont on parle fournirait matière à de longs discours. Quel gros livre ne ferait-on point de ses perfections ? Sévigné, 366. On ferait un livre et fort divertissant du domestique [de ce qui se passait à l'intérieur] entre le père et le fils, Saint-Simon, 460, 207.

    Familièrement. Il n'a jamais mis le nez dans un livre, il n'a jamais rien lu, il est fort ignorant.

    Dévorer un livre, dévorer des livres, les lire avec une extrême avidité, une extrême promptitude.

    Sécher, pâlir sur les livres, lire avec une assiduité excessive.

    Familièrement. Parler comme un livre, parler sur un sujet avec grande connaissance, élégance et facilité. Vertu de ma vie, comme vous débitez ! il semble que vous ayez appris cela par cœur, et vous parlez tout comme un livre, Molière, Festin, I, 2. Bien est-il vrai qu'il parlait comme un livre, Gresset, Vert-Vert, ch. II.

    Parler comme un livre, se dit aussi pour faire la critique de quelqu'un qui s'exprime avec facilité, mais en termes recherchés.

    Parler livre, parler en savant. Que l'autre parle livre et fasse des merveilles, Régnier, Sat. VII. Eh bien ! il parle livre, il a le mot pour rire, Régnier, ib. XII.

    Fig. Brûler ses livres, voy. BRÛLER, n° 1.

  • 5 Fig. Il se dit de ce qui enseigne, instruit comme fait un livre. Le livre, le grand livre de la nature. Le livre du monde. Et me résolvant de ne chercher plus d'autre science que celle qui se pourrait trouver en moi-même ou bien dans le grand livre du monde, Descartes, Méth. I, 14.
  • 6 Fig. Livre opposé à réalité, pratique. J'étais trop bien à Paris pour être longtemps bien à la cour ; c'était là mon crime dans l'esprit d'un Italien [Mazarin] politique par livre, Retz, II, 87.
  • 7Une des principales parties qui forment la division de certains ouvrages. Mes derniers livres [de l'Énéide] sont négligés ; je ne prétendais pas les laisser si imparfaits ; vous savez que je voulais les brûler, Fénelon, Dial. des morts anc. 48. Il serait bien à souhaiter qu'on eût pu conserver son histoire [de Tite Live] ; il ne nous en reste que trente-cinq livres, dont quelques-uns même ne sont pas entiers ; ce n'est pas la quatrième partie de l'ouvrage, quelle perte ! Rollin, Hist. anc. t. XII, liv. XV, ch. 2, art. 2, p. 252, dans POUGENS. Il me semble que le second livre de l'Énéide, le quatrième et le sixième sont autant au-dessus de tous les poëtes grecs et de tous les latins sans exception, que les statues de Girardon sont supérieures à toutes celles qu'on fit en France avant lui, Voltaire, Dict. phil. Épopée.

    Livres sacrés, livres canoniques, les livres de l'Écriture sainte qui sont reçus de toute l'Église.

    Livres apocryphes, ceux que l'Église ne reconnaît pas pour authentiques.

    Livres sapientiaux, les livres de la Bible qui sont plus particulièrement destinés à l'instruction morale, tels que la Sagesse, les Proverbes, etc.

    Livres historiques, livres prophétiques, certaines autres parties de l'Ancien Testament.

  • 8 Terme de musique. Se dit pour livraison, volume. Œuvre 51, 10e livre de duos de violon.

    Chant sur le livre, se dit du plain-chant ou contre-point à quatre parties, que les musiciens composent et chantent impromptu sur une seule.

  • 9Il s'est dit jadis dans le sens de livret, libretto. L'opéra [de Proserpine, de Quinault] est au-dessus de tous les autres ; le chevalier dit qu'il vous a envoyé plusieurs airs, et qu'il a vu un homme [Quinault] qui doit vous avoir envoyé le livre, Sévigné, 9 fév. 1680. Quinault apporta au roi chez Mme de Montespan trois livres d'opéra pour cet hiver, Dangeau, t. I, p. 127, 16 mai 1685.
  • 10Registre sur lequel on inscrit ce qu'on reçoit et ce qu'on dépense. Livre de compte. Livre de dépense. Le maître d'hôtel et le cuisinier lui apporteront, tous les matins, leurs livres de dépenses, Genlis, Adèle et Théod. t. II, p. 155, dans POUGENS.

    Terme de banque et de commerce. Registre sur lequel on inscrit toutes les opérations financières ou commerciales qui se font. Livre de mise et de recette. Livres de commerce. Livre de caisse. Livres d'acceptations, d'échéances, etc.

    Tenir les livres, se dit, chez un négociant, de l'occupation qui consiste à enregistrer tout ce qui est vendu et acheté, et toutes les opérations commerciales en général. Ce commis sait bien tenir les livres. Étudier la tenue des livres. Il tient ses livres en partie double. L'anabaptiste Jacques en fit son teneur de livres, Voltaire, Cand. 4. Leurs comptes, comme tous les autres, se rendent à Batavia, où l'on tient le livre général de toutes les affaires, Raynal, Hist. phil. II, 20.

    Être porté, ou, simplement, être sur le livre d'un marchand, y être inscrit pour marchandise achetée.

    Fig. Être sur le livre de quelqu'un, être noté par lui comme objet de ressentiment, dont on essayera de se venger tôt ou tard.

    Livre journal, ou, simplement, journal, registre où l'on écrit jour par jour et de suite ce qu'on a reçu ou payé.

    Livre d'extrait, ou grand livre, ou, quelquefois, livre de raison, livre où l'on enregistre et classe les articles du livre journal. Tous banquiers… et marchands en gros… seront obligés de tenir livres de raison en bonne et due forme ; et tous marchands, boutiquiers et vendants en détails, des livres journaux, Règl. des 2 juin et 7 juillet 1667.

    Par extension. Tu as ouï dire qu'Auguste avait un livre de raison qui contenait le détail des forces de l'empire et de ses finances, Voltaire, Philos. Exam. Bolingbroke, XI.

  • 11 Absolument. Le grand-livre, la liste générale des créanciers de l'État. La principale base du projet de votre commission pour annuler promptement tous les anciens titres de créances, pour simplifier les mutations, les oppositions et la comptabilité, et pour faciliter le payement annuel dans les chefs-lieux de district, consiste à former un livre qu'on appellera grand-livre de la dette publique ; il sera composé d'un ou plusieurs volumes ; on y inscrira toute la dette non viagère, Cambon, Rapport du 14 août 1793, p. 71. Toute la dette publique non viagère sera enregistrée par ordre alphabétique des noms des créanciers, sur un grand-livre en un ou plusieurs volumes, dont le modèle est annexé au présent décret, ID. ib. article 1er. Le grand-livre de la dette publique sera le titre unique et fondamental de tous les créanciers de la république, ID. ib. art. 6. Il sera fait deux copies du grand-livre, ID. ib. art. 8. … Un beau jour, de rentiers naufragés Tous les débris à la fois submergés Allèrent se noyer dans la mer du grand-livre, Delille, Convers. II.

    Ouvrir, fermer le grand-livre, contracter un emprunt, renoncer à en contracter jamais.

  • 12 Terme d'ancienne administration. Garde des livres, officier qui avait soin des titres de la chambre des comptes.
  • 13 Terme de marine. Livre du bord, registre sur lequel on enregistre les marchandises et même les passagers.

    Livre de loch, registre sur lequel on inscrit, outre les routes mesurées par le loch, les variations du vent, les différentes voilures sous lesquelles le navire a couru, enfin tous les incidents et accidents de la navigation.

    Anciennement, registre sur lequel l'écrivain inscrivait les marchandises embarquées.

    Livre de signaux, ouvrage qui contient la nomenclature des signaux et des instructions sur la tactique.

  • 14 Terme d'administration militaire. Cahier de compte employé dans les régiments. Livre de compagnie, de police, de punition, d'ordre, de détail, etc.
  • 15Livre blanc, livre qui est tout de papier blanc, sur lequel on n'a encore rien écrit.

    Livre rouge, registre sur lequel étaient portées les dépenses secrètes de la cour, pendant les règnes de Louis XV et de Louis XVI.

    Fig. Il est écrit sur le livre rouge, c'est-à-dire il est marqué ou noté pour quelque faute qu'il a déjà commise.

    Livre noir, se dit des livres qui traitent de sorcellerie, de nécromancie.

    Le livre d'or, le registre où étaient inscrits les noms des nobles, dans quelques républiques.

    Livre d'or s'est dit, sous la Restauration, du registre contenant les noms des pairs de France.

  • 16Aujourd'hui, livre, accompagné d'une épithète désignant la couverture du livre, se dit des pièces, documents, rapports, etc. que les gouvernements soumettent aux chambres ou au pays pour leur faire connaître leur politique, leur conduite. En France, le livre bleu est pour les affaires intérieures, et le livre jaune pour les affaires extérieures (cet usage ne date que de 1852). En Angleterre, il y a aussi un livre bleu. Le compte rendu de Necker sur les finances de 1781 avait une couverture bleue, et, comme les conclusions en furent contestées, on l'appela le conte bleu.

HISTORIQUE

XIe s. Marsiles fait porter un livre avant, Ch. de Rol. XLVI.

XIIe s. Seient eslavé [effacé] del livre des vivanz, e ot [avec] les justes ne seient escrit, Liber psalm. p. 90. Il prist un livre, si i list sans faillance, Roncis. 165. De pluisurs altres choses unt entr'els desputé, Dunt um ne m'a encore acointié n'acerté, Ne tut ne puet pas estre en mun livre noté, Th. le mart. 114.

XIIIe s. Qui le livre as histoires me montra, où je vi…, Berte, I. À desenor [à déshonneur] muert [meurt] à bon droit Qui n'aime livre ne ne croit, Ren. V. 39.

XVe s. Les bons livres font les bons clers, Gerson, dans Hist. litt. de la Fr. t. XXIV, p. 283. Serment sur le livre et sur la croix, J. Chartier, Hist. de Charles VII, p. 238, dans LACURNE. Ou j'arderay tous les livres que j'ay, Qui ont traitté de vertus et de vices ; Ou en brief temps le jugement verray Des grans menteurs qui tiennent les offices, Deschamps, Poésies mss. f° 289. Un livre contrefait d'une piece de bois paincte, en semblance d'un livre, où il n'a nulles feuilles, ne riens escript, couvert de veluiau blanc, à deux fermaus d'argent dorez, De Laborde, Émaux, p. 367.

ÉTYMOLOGIE

Provenc. libre ; catal. llibre ; espagn. libro ; portug. livro ; ital. libro ; du lat. liber, proprement la pellicule entre le bois et l'écorce, pellicule qui a donné son nom au livre, attendu qu'on a écrit anciennement dessus.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. LIVRE.
6Livre opposé à réalité, à pratique. Ajoutez : J'aime à remplir de feux ma bouche en leur présence [des dames] ; La mode nous oblige à cette complaisance ; Tous ces discours de livre alors sont de saison, Corneille, Mélite, I, 1.
17 Terme de turf. Livre des paris, livre sur lequel on inscrit les paris.

Faire un livre, parier contre tous les chevaux.