« recevoir », définition dans le dictionnaire Littré

recevoir

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

recevoir [1]

(re-se-voir), je reçois, tu reçois, il reçoit, nous recevons, vous recevez, ils reçoivent ; je recevais ; je reçus ; je recevrai ; reçois, qu'il reçoive, recevons, recevez, qu'ils reçoivent ; que je reçoive, que tu reçoives, qu'il reçoive, que nous recevions, que vous receviez, qu'ils reçoivent ; que je reçusse ; recevant ; reçu v. a.
  • 1Prendre ce qui est donné, présenté, offert. Recevoir un don, un legs, des étrennes, l'aumône. En recevant la robe et le bonnet de médecin, vous apprendrez tout cela, Molière, Mal. imag. III, 22. Tiens, reçois ce billet a tous trois si fatal, Voltaire, Zaïre, IV 5.

    Absolument. Ceci peut s'appliquer à la grandeur royale, Elle reçoit et donne, et la chose est égale, La Fontaine, Fabl. III, 2. Nous paraîtrons tous devant le tribunal de Jésus-Christ, afin que chacun reçoive selon le bien qu'il aura pratiqué ou selon le mal qu'il aura commis, Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 189. Depuis quand est - il vil de recevoir de ce qu'on aime ? depuis quand ce que le cœur donne déshonore-t-il le cœur qui accepte ? Rousseau, Hél. I, 16. Figaro : J'étais né pour être courtisan. - Suzane : On dit que c'est un métier si difficile ! - Figaro : Recevoir, prendre et demander, voilà le secret en trois mots, Beaumarchais, Mar. de Fig. II, 2.

    En termes juridiques, être l'objet d'une libéralité. Les femmes, surtout celles qui avaient des enfants, furent rendues capables de recevoir en vertu du testament de leurs maris ; elles purent, quand elles avaient des enfants, recevoir en vertu du testament des étrangers, Montesquieu, Esp. XXVII. Toutes personnes peuvent disposer et recevoir, soit par donation entre vifs, soit par testament, Code Nap. art. 902.

    Terme de turf. Recevoir une certaine quantité de livres, se dit d'un cheval auquel son rival rend cette quantité, en ce sens que celui-ci court avec une plus forte charge que celui-là.

  • 2Prendre ce qui est dû, en être payé. Recevoir de l'argent, une indemnité, une rente, un payement. Recevoir le prix d'un travail, un salaire, des honoraires. Les médecins reçoivent pour leurs visites ce qu'on leur donne, La Bruyère, XIV. Il [Lalli] ne demanda jamais au trésor de ce conseil [de Pondichéri] le payement de ses appointements de général ; il comptait le recevoir à Paris, et il n'y reçut que la mort, Voltaire, Pol. et lég. Fragm. sur l'Inde, 19.

    Absolument. Carro-Carri est si sûr de son remède et de l'effet qui en doit suivre, qu'il n'hésite pas de s'en faire payer d'avance, et de recevoir avant que de donner, La Bruyère, XIV.

  • 3Prendre ce qui est délivré, fourni, procuré. Les soldats ont reçu des vivres pour trois jours. L'armée a reçu des recrues, des renforts.
  • 4Prendre ce qui est envoyé, adressé. Recevoir des lettres, un placet, des renseignements. L'envie continuelle que j'ai de recevoir de vos lettres, Sévigné, 53. On reçoit donc ici quelquefois des nouvelles ; Les dernières, monsieur, les sait-on ? Gresset, Méchant, III, 9.

    On dit de même : recevoir un courrier, un message, un parlementaire, un ambassadeur, des députés.

    Il se dit aussi de communications faites de vive voix. Il a reçu de l'oracle cette réponse. J'ai reçu du ministre l'ordre de…

  • 5Il se dit les biens qui arrivent, des grâces qui sont faites. Les avantages qu'il a reçus de la nature. Recevoir le prix de ses services. Il vaut mieux n'avoir point besoin de grâce que d'en recevoir, Corneille, 2e disc. Oui, l'honneur que reçoit la vôtre [famille] par ce choix En pouvait à bon titre immortaliser trois, Corneille, Hor. II, 1. Ô toi [poison], qui n'attends plus que la cérémonie Pour jeter à mes pieds ma rivale punie, Et par qui deux amants vont d'un seul coup du sort Recevoir l'hyménée et le trône et la mort, Corneille, Rodog. V, 1. Je suis assurée que toute la faculté ne me défendrait pas cet amusement [écrire à Mme de Grignan], voyant le plaisir que j'en reçois dans mon oisiveté, Sévigné, 19 juill. 1677. Il faut encore qu'il [Alexandre] se trouve dans tous nos panégyriques ; et il semble, par une espèce de fatalité glorieuse à ce conquérant, qu'aucun prince ne puisse recevoir de louanges qu'il ne les partage, Bossuet, Louis de Bourbon. Les consolations que reçoivent les enfants de Dieu de la communication avec le saint siége, Bossuet, Reine d'Anglet. Ces grands hommes, dit saint Augustin, si célèbres parmi les gentils, et, j'ajoute, trop estimés parmi les chrétiens… ont acquis une gloire qu'ils désiraient avec tant d'ardeur ; et tous ces hommes vains ont reçu une récompense aussi vaine que leurs désirs, Bossuet, la Vallière. Les rois, non plus que le soleil, n'ont pas reçu en vain l'éclat qui les environne, Bossuet, Marie-Thér. Ils [nos pères] vivaient la plupart contents de ce qu'ils avaient reçu de la fortune, ou de ce qu'ils avaient acquis par le travail, Fléchier, Lamoignon. Quand la nature ne lui aurait pas donné tous ces avantages [de caractère et d'esprit], elle aurait pu les recevoir de l'éducation, Fléchier, Mme de Mont. Quel fruit recevront-ils de leurs vaines amours ? Racine, Phèdre, IV, 6. Ces enfants de Jacob, premiers-nés des humains, Reçurent, quarante ans, la manne de ta main, Lamartine, Médit. I, 28.
  • 6Il se dit de même de ce qui arrive de fâcheux, de ce qu'on subit. Recevoir une tuile sur la tête, un coup d'épée dans le entre. Recevoir un mauvais accueil. Après les pertes qu'il avait reçues, Vaugelas, Q. C. 212. De tous les maux qu'Alexandre reçut en sa vie, Vaugelas, ib. 591. Peut-être que vous en recevez quelque incommodité [d'avoir perdu vos chevaux], Voiture, Lett. 144. Ne voulant point céder, ni recevoir l'ennui Qu'il me pût estimer moins civile que lui, Molière, Éc. des femm. II, 6. Seigneur, j'ai reçu un soufflet, Molière, Sicil. 13. J'ai tout fait, tout osé, pour t'aimer, pour te plaire ; J'ai trahi mon pays, et mon père, et mon roi ; Cependant vois le prix, ingrat, que j'en reçoi, Th. Corneille, Ar. III, 4. Ce vaillant homme, poussant avec un courage invincible les ennemis qu'il avait réduits à une fuite honteuse, reçut le coup mortel…, Fléchier, Turenne. Les mécontentements qu'il avait reçus du ministre [Mazarin], Fléchier, Duc de Mont.

    Recevoir la mort, mourir, être tué. Son grand cœur [de Madame] ni ne s'aigrit ni ne s'emporte contre elle [la mort] ; elle ne la brave pas non plus avec fierté, contente de l'envisager sans émotion et de la recevoir sans trouble, Bossuet, Duch. d'Orl.

  • 7Être investi de. Afin que cette autorité que Dieu leur a donnée [aux princes] ne soit employée que pour la fin pour laquelle ils l'ont reçue, Pascal, Prov. XI. Recevez par cette lettre un pouvoir absolu sur tout le sérail, Montesquieu, Lett. pers. 148.

    Recevoir le bâton de maréchal de France, le chapeau de cardinal, la croix d'honneur, etc. Être nommé maréchal de France, cardinal, membre de la Légion d'honneur, etc.

  • 8Recevoir, en parlant de ce qui est transmis, communiqué. Le maître dont il reçoit les leçons. La Germanie conquise par Charlemagne reçut le christianisme. Cet enfant reçoit une bonne éducation, une mauvaise éducation. Avec toute sa sévérité, cette morale subsiste toujours telle que nous l'avons reçue, et toujours elle subsistera, Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 92. Un jeune homme, toujours bouillant en ses caprices, Est prompt à recevoir l'impression des vices, Boileau, Art p. III. Remise dès l'enfance en des bras étrangers, Je reçus et je vois le jour que je respire, Sans que père ni mère ait daigné me sourire, Racine, Iphig. II, 1. La fille d'un César, la veuve d'un Pompée, Sera digne du moins, dans ces extrémités, Du sang qu'elle a reçu, des noms qu'elle a portés, Voltaire, Triumv. IV, 5. C'est en Béotie que reçurent le jour Hésiode, Corinne et Pindare, Barthélemy, Anach, ch. 34.
  • 9Il se dit des sacrements administrés. Recevoir le baptême, la confirmation, les ordres, etc. Mais, pour en recevoir le sacré caractère [du baptême] Qui lave nos forfaits dans une eau salutaire…, Corneille, Poly. I, 1. Qu'elle nous parut au-dessus de ces lâches chrétiens qui s'imaginent avancer leur mort quand ils préparent leur confession, qui ne reçoivent les saints sacrements que par force…, Bossuet, Duch. d'Orl.

    Ce malade a reçu tous ses sacrements, on lui a administré, vu qu'il était en danger de mort, les sacrements de la pénitence, de l'eucharistie et de l'extrême-onction.

    Recevoir le corps et le sang de Jésus Christ, communier.

  • 10Recevoir, en parlant des choses qui éprouvent quelque action au sens physique. La terre reçoit les influences du ciel. Le miroir reçoit les images des objets. Si le fer est mou et, par conséquent, susceptible de recevoir plus promptement le magnétisme, Buffon, Min. t. IX, p. 189.

    Il se dit de même au sens figuré. Cet ouvrage a reçu de grandes modifications. Ma maison recevra quelques embellissements. Le ministère reçut une nouvelle organisation. Recevoir l'impulsion, le mouvement. Ce passage peut recevoir divers sens. Assurément ; cela ne reçoit point de contradiction, Molière, l'Av. I, 7. Jamais une démonstration dans laquelle ces circonstances [partir de principes certains et substituer le défini à la définition] sont gardées n'a pu recevoir le moindre doute, Pascal, Espr. géom. 2. Quoique cette idée générale de la beauté soit gravée dans le fond de nos âmes avec des caractères ineffaçables, elle ne laisse pas que de recevoir de très grandes différences dans l'application particulière, Pascal, Passions de l'amour. Le conseil qu'on donnait à Pyrrhus de prendre le repos qu'il allait chercher par tant de fatigues, recevait bien des difficultés, Pascal, Pens. IV, 2, édit. HAVET. Tout genre d'écrire reçoit-il le sublime, ou s'il n'y a que les grands sujets qui en soient capables ? La Bruyère, I.

    Recevoir un nom, une dénomination, être nommé, dénommé. Les plantes reçoivent quelquefois leur nom botanique de celui qui les a décrites le premier.

  • 11Faire venir de, tirer, emprunter. Cette maison ne reçoit ses jours que de la rue. La lune reçoit sa lumière du soleil. Il reçoit son vin du Bordelais. Vous avez vu quelle lumière, quelle grâce et quelle force une pensée reçoit d'une pensée qui lui ressemble ; il s'agit actuellement de considérer ce qu'elle reçoit d'une pensée qui lui est opposée, Condillac, Art d'écr. II, 5.
  • 12Il se dit des choses qui recueillent, contiennent ce qui coule, ce qui vient aboutir, se rendre. Un égout central qui reçoit toutes les immondices de la ville. Ce port reçoit beaucoup de bâtiments. La citerne reçoit les eaux qui proviennent du toit. C'est un gouffre, c'est une mer qui reçoit les eaux des fleuves, et qui ne les rend pas, La Bruyère, XIV. Une ville forte [Smolensk] pour appuyer et partager ses efforts [du général russe], cette ville et un fleuve pour recevoir et couvrir ses débris, s'il était vaincu, Ségur, Hist. de Nap. VI, 5.
  • 13Il se dit des personnes qui prennent dans leurs mains, recueillent, retiennent Recevoir le sang d'une saignée dans une poêlette. Le chien reçoit adroitement dans sa gueule ce qu'on lui jette. Je recevrai de la main droite la balle que vous me jetez. Il tombait blessé d'un coup de feu, ses soldats le reçurent dans leurs bras.

    Recevoir un enfant à sa naissance, le prendre au moment où il vient au monde. Elle était là au moment des couches de sa sœur et reçut l'enfant. Cet ange protecteur, Cet invisible ami veille autour de son cœur, L'inspire, le conduit, le relève s'il tombe, Le reçoit au berceau, l'accompagne à la tombe, Lamartine, Médit. II, 17.

    Fig. Recevoir les derniers soupirs de quelqu'un, l'assister à sa mort.

  • 14Il se dit de ce qui est confié. Il a nié le dépôt qu'il avait reçu. Recevoir déclaration sous le sceau du secret. Recevoir les dernières volontés de quelqu'un.
  • 15 Terme de guerre. Recevoir le mot d'ordre, prendre le mot d'ordre, ou, en sens inverse, se faire dire le mot d'ordre par ceux de qui on est en droit de l'exiger.
  • 16Agréer, accepter. Les offres ont été reçues. On ne voulut pas recevoir ses excuses. D'ici au mois de septembre, je ne puis recevoir aucune pensée de sortir de ce pays [Bretagne], Sévigné, 15 janv. 1690. Réservez-vous [ô Dieu], dans les temps marqués par votre prédestination éternelle, de secrets retours [dans le catholicisme] à l'État et à la maison d'Angleterre ? quoi qu'il en soit, recevez-en aujourd'hui les bienheureuses prémices en la personne de cette princesse, Bossuet, Duch. d'Orl. Ne donne point un cœur qu'on ne peut recevoir, Racine, Bérén. IV, 5. Non, je ne reçois point vos funestes adieux, Racine, Iphig. V, 2. Je vous donne un conseil qu'à peine je reçois, Racine, ib. IV, 4. Souvent dans sa colère il [le ciel] reçoit nos victimes, Racine, Phèdre, V, 3. Crois-moi, reçois la paix, si tu crains ta ruine, Voltaire, Fanat. II, 5. Il lui arriva un jour de vouloir donner une fête à une dame qui, au lieu de la recevoir, alla souper chez Zadig, Voltaire, Zadig, 4.

    Il se dit de garanties, de paroles, d'écrits qui sont donnés pour servir d'assurance, de gage. Il a reçu parole de lui. Il a reçu ma foi. Pendant qu'avec un air assuré il s'avance pour recevoir la parole de ces braves gens, Bossuet, Louis de Bourbon.

  • 17Faire accueil aux choses. Le public ne voulut pas recevoir la nouvelle doctrine. L'amour qu'ils ont pour la vie leur fait recevoir favorablement tout ce qui contribue à la conserver, Pascal, Prov. X. Cette petite licence n'a pas été bien reçue, Sévigné, 6 avril 1672. Si l'on trouvait dans l'antiquité un poëme comme Armide ou comme Atys, avec quelle idolâtrie il serait reçu ! mais Quinault était moderne, Voltaire, Louis XIV, 32. C'est ainsi que les mêmes choses sont bien ou mal reçues selon les temps, et qu'on se plaint souvent autant de la guérison que de la blessure, Voltaire, Mœurs, 181.

    Bien recevoir, mal recevoir, approuver, désapprouver.

  • 18Prendre en un sens ou en l'autre. Je ne sais comment vous aurez reçu la perte de vos lettres ; je voudrais bien que vous l'eussiez prise comme il faut, Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 3. Tout ce qui viendra de vous sera reçu comme une guerre, ou feinte ou déclarée, Fénelon, Tél. XX.
  • 19Reconnaître comme vrai, comme valable. Le premier [précepte] était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle, Descartes, Méth. II, 7. Que, pour toutes les opinions que j'avais reçues jusques alors en ma créance, je ne pouvais mieux faire que d'entreprendre une bonne fois de les ôter, afin d'y en remettre…, Descartes, ib. II, 2. Prouvez par mes écrits que je ne reçois pas la constitution, Pascal, Prov. XVII. Les Juifs le refusent [Jésus Messie], mais non pas tous, les saints le reçoivent, et non les charnels, Pascal, Pens. XIX, 5 bis, éd. HAVET. La Grèce, toute polie et toute sage qu'elle était, avait reçu ces mystères abominables [de Vénus], Bossuet, Hist. II, 5. On est catholique, on est uni de croyance avec l'Église, on ne rejette aucune de ses décisions, et on les reçoit toutes purement et simplement, Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 210. Ce que je vais dire d'abord n'est que pour ceux qui reçoivent le principe de M. Descartes, Malebranche, Rech. lois des mouv. part. 1. On ne doit parler, on ne doit écrire que pour l'instruction ; et, s'il arrive que l'on plaise, il ne faut pas néanmoins s'en repentir, si cela sert à insinuer et à faire recevoir les vérités qui doivent instruire, La Bruyère, les Caractères. Dès qu'on ne parle qu'à un petit nombre de gens, on s'engage à recevoir toutes leurs passions et tous leurs préjugés, Fénelon, Tél. XXIV. Le général des jésuites exigea, pour article préliminaire, qu'on reçût la bulle en France comme article de foi, Voltaire, Hist. parl. LXII.
  • 20Il se dit des ordres, des missions, etc. Il reçut l'ordre de partir. Ce commandement [ne pas tuer] a été imposé aux hommes dans tous les temps ; le Décalogue n'a fait que renouveler celui que les hommes avalent reçu de Dieu avant la loi, en la personne de Noé, Pascal, Prov. XI. Peut-être en recevant sa mission, et se mettant en devoir de l'exercer, avait-on dit comme l'apôtre…, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 207.

    Recevoir la loi, obéir. Les Gaulois, vaincus par Rome, reçurent la loi.

    Recevoir les ordres de quelqu'un, être soumis à ses volontés. Je n'ai point d'ordre à recevoir de vous.

    Recevoir les ordres de quelqu'un, signifie aussi s'informer auprès de lui de ce qu'on peut faire qui lui soit agréable. Avant de partir j'irai recevoir vos ordres.

  • 21Donner accès chez soi. C'est un homme mal famé, ne le recevez pas. À recevoir le monde on vous voit toujours prête, Molière, Mis. II, 3. [Hommes rares et singuliers] On en fait mention de tous côtés ; partout on les reçoit avec agrément ; grands et petits, tout le monde leur témoigne du respect et de la vénération, Bourdaloue, Pens. t. II, p. 204. Recevant les amants sous le doux nom d'amis, Boileau, Sat. X.

    Être reçu chez quelqu'un, être admis chez quelqu'un. Il est reçu chez le ministre. Il est reçu partout. Des personnes de la première distinction et du plus haut rang, chez qui il est bien reçu, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 222.

    Recevoir visite, recevoir la visite de quelqu'un, être visité par lui.

    Recevoir des visites, être visité par différentes personnes.

    Recevoir des visites, signifie aussi admettre chez soi les personnes par qui l'on est visité. Pendant le premier mois de son deuil, elle ne recevra pas de visites.

    Absolument. Le ministre reçoit le jeudi. On reçoit demain à la cour. Ses salons sont fermés ; il ne reçoit plus. Il a quitté la ville, mais il reçoit à la campagne. Il faut avoir un jour fixé pour recevoir, Delavigne, Éc. des vieill. I, 5. Recevoir me fatigue, et, pour être sincère, C'est un mal, j'en conviens, mais un mal nécessaire, Delavigne, ib.

  • 22Recevoir quelqu'un à sa table, lui donner à dîner. Vous serez toujours reçu à ma table. Permettez qu'Esther puisse à sa table Recevoir aujourd'hui son souverain seigneur, Racine, Esth. II, 7.

    On dit de même : recevoir au festin. On nous avertit de la part du maître que tout est prêt, et qu'il ne nous reste plus que de nous préparer nous-mêmes et de nous mettre en état d'être reçus au festin, Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 105.

    Recevoir à la cène, admettre à la communion. Quand la politique du parti [calviniste] fit résoudre qu'on recevrait les luthériens à la cène, Bossuet, 2e avert. 23.

  • 23Recevoir dans son lit, se dit d'une femme qui se marie. Les Parques à ma mère, il est vrai, l'ont prédit, Lorsqu'un époux mortel fut reçu dans son lit, Racine, Iphig. I, 2.
  • 24Accueillir bien ou mal. Recevoir un ambassadeur. Ne le recevez pas en meurtrier d'un frère, Mais en homme d'honneur qui fait ce qu'il doit faire, Corneille, Hor. II, 4. Recevant une foule d'amis comme si chacun eût été le seul, Fléchier, Lamoignon. Mon homme en m'embrassant m'est venu recevoir, Boileau, Sat. III. Quoi ! vous êtes ici quand Mithridate arrive, Quand pour le recevoir chacun court sur la rive ? Que faites-vous, madame ? Racine, Mithr. II, 1. Il m'a assez mal reçu ; à peine a-t-il daigné m'écouter et me répondre, Fénelon, Tél. XXIV. Madame vous recevra fort mal, mais elle vous écoutera, Genlis, Théât. d'éduc. l'Intrigante, II, 8.

    Populairement. Recevoir quelqu'un comme un chien, voy. QUILLE 2, n° 1.

    Fig. La terre, son origine et sa sépulture, n'est pas encore assez basse pour la recevoir ; elle voudrait disparaître tout entière devant la majesté du roi des rois, Bossuet, Mar.-Thér. Beaux lieux, recevez-moi sous vos sacrés ombrages, Lamartine, Médit. II, 15.

  • 25Il se dit de la manière dont on soutient une attaque. Ils avancèrent tout harassés pour trouver un ennemi tout frais qui les venait recevoir, Vaugelas, Q. C. III, 11. Il m'a mené jusqu'aux lignes où il m'a fait voir de quoi vous bien recevoir, Hamilton, Gramm. 5. Nous recevrons vigoureusement les troupes du roi d'Espagne ; je vous réponds qu'elles seront battues, Voltaire, Cand. 15.

    Il l'a reçu en brave, en homme de cœur, se dit d'un homme qui a fait tête bravement à un ennemi qui venait l'attaquer.

    Les ennemis ont été reçus à grands coups de canon, on a fait sur eux un grand feu d'artillerie quand ils se sont approchés.

    Recevoir la bataille, se dit d'une armée, d'un général qui attend l'ennemi et s'en laisse attaquer.

  • 26Donner retraite chez soi. Recevoir un proscrit.

    Donner entrée. Recevoir l'ennemi dans la place. Vous avez reçu dans l'Église le nom de son ennemi ; c'est y avoir reçu l'ennemi même, Pascal, Prov. II.

  • 27Admettre, en parlant de ceux qu'on soumet à quelque épreuve, à quelque condition. Il fut reçu à l'école polytechnique. Enfin on le reçut en grâce. Il n'a pas été reçu à se justifier. La congrégation des cardinaux de propaganda fide fut obligée de défendre aux jésuites de cacher le mystère de la croix à ceux qu'ils instruisent de la religion [en Chine], leur commandant expressément de n'en recevoir aucun au baptême qu'après cette connaissance, Pascal, Prov. V. Si j'eusse vécu, je vous aurais reçu à l'abjuration sans vous faire languir, Fénelon, Dial. des morts mod. Henri IV, Sixte V. Les alliés, touchés de ces raisons, les reçurent dans l'alliance du Péloponnèse, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 538, dans POUGENS.

    Être reçu à, être autorisé à, avoir congé de. Si le mot de grâce suffisante est une fois affermi, vous aurez beau dire que vous entendez par là une grâce qui est insuffisante, vous n'y serez pas reçu, Pascal, Prov. II. Reprenez-vous vous-mêmes… et puis vous serez reçus à reprendre les autres, Bourdaloue, Carême, II, Zèle, 146. Serait-on reçu à dire qu'on ne peut se passer de voler ? La Bruyère, VI. Si nous supposions que ces grands corps [du ciel] sont sans mouvement, on ne demanderait plus, à la vérité, qui les met en mouvement, mais on serait toujours reçu à demander qui a fait ces corps, La Bruyère, XVI. J'ai vu évidemment [dans la tragédie d'Irène] qu'il faut avoir quelques reproches à se faire, pour qu'on soit bien reçu à se tuer entre son père et son amant, Voltaire, Lett. Thibouville, 26 nov. 1777. Homère serait mal reçu aujourd'hui à nous peindre un sage comme Nestor ; mais aussi ne le peindrait-il pas de même, Marmontel, Œuv. t. VII, p. 431.

    Fig. On trouve quelquefois que les gens qu'on croit ennemis [nos ennemis] ne le sont point ; on est alors fort honteux de s'être trompé ; il suffit qu'on soit toujours reçu à se haïr, quand on y est autorisé, Sévigné, 28 nov. 1670.

    Terme de procédure. Recevoir quelqu'un à serment. On l'a reçu partie intervenante. On l'a reçu à prouver. Faire recevoir une caution en justice.

    Fin de non-recevoir, voy. FIN 1, n° 6.

  • 28Recevoir le mâle, se dit des femelles qui s'accouplent.
  • 29Installer avec le cérémonial ordinaire. Il a été reçu docteur. Il a été reçu à l'Académie. Cet apprenti sera bientôt reçu maître. Cet officier fut reçu à la tête de son régiment.

    Recevoir de majorité, se disait, dans l'ordre de Malte, de ceux qui étaient admis à seize ans accomplis.

  • 30Se dit en parlant des ouvrages de charpente, de menuiserie, de maçonnerie, etc. dans le sens de reconnaître, après examen et mesurage ou pesage, l'espèce, la qualité et la quantité de ces ouvrages.
  • 31Se recevoir, v. réfl. Être accepté. Un contentement qui est aussi chaste que ceux qui se reçoivent au ciel, Guez de Balzac, Liv I, lett. 6.

    Se retenir. Le perroquet se reçoit sur son bec.

    PROVERBE

    Il vaut mieux donner que recevoir.

HISTORIQUE

XIe s. [Que] nuls ne receit [reçoive] home ultre treis nuis…, Lois de Guill. 46. Si recevez la lei de chrestiens, Ch. de Rol. III. De cops ferir, receveir et doner, ib. X. [Elle] Chet [tombe] li as piés, l'amirals la reçut, ib. CXCVII.

XIIe s. Belleem est senz faille et digne de rezoyvre nostre Signor, Saint Bernard, 534. Venez vous ci treü reçoivre, Wace, Brut, V. 3133.

XIIIe s. Et vos avés tuit juré seur sains que celui que nos eslirons, vos pour empereour le recevrés et pour seigneur, Villehardouin, CX. Margiste lui fera recevoir tele rente…, Berte, X. Doucement [elle] a le roy en ses bras receü, ib. LXXIX. Mout a li rois Pepins noblement receü Le bon roi de Hongrie, ib. CXXIII. Se vous m'aviiez à ami Reçut, et je vous à amie…, Lai de l'ombre. Chil [celui] qui ne veut jurer que se [sa] demande est vraie ne doit pas estre recheüs en se [sa] demande, Beaumanoir, VI, 31. Comme la cire reçoit la figure dou seel [sceau], Latini, Trésor, p. 466. Prodigues est cil qui se desmesure en doner et faut en reçoivre, Latini, ib. p. 284. Il [les Turcs] portoient lors les touailles, quant il se vouloient combatre, pource que elles reçoivent un grant coup d'espée, Joinville, 273.

XIVe s. Verité est que le profit du recevant est la mesure de la retribucion, Oresme, Eth. 25. Il se receut [se retira] parmi ses gens, Chron. de St Denis, t. II, f° 40, dans LACURNE.

XVIe s. Tu venois lors tout freschement De confesse et de recevoir [communier], Marot, p. 17, dans LACURNE. Il receut la ville de Heraclea, laquelle vouluntairement se rendit à luy, Amyot, Démétr. 28. Il est receu de tout temps de…, Montaigne, I, 15. Recevoir pour ami, Montaigne, I, 27. Les opinions et mœurs approuvées et receues autour de nous, Montaigne, I, 115.

ÉTYMOLOGIE

Wallon, rissûr ; patois des Fourgs, r'cidre ; provenç. recebre ; esp. recibir ; ital. ricevere ; du lat. recipere, de re, et capere, prendre. Dans l'ancienne langue, l'infinitif a deux formes reçoivre et recevoir ; la première est correcte, représentant recipere, qui a l'accent sur ci ; la seconde représente une forme barbare recipère, d'où recevoir et receü, devenu par contraction reçu. Le participe de la pre mière est recept, recet, recette, de receptus.