« sec », définition dans le dictionnaire Littré

sec

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

sec, sèche

(sèk, sè-ch') adj.

Résumé

  • 1° Qui a peu ou qui n'a pas d'humidité.
  • 2° Qui n'est plus frais.
  • 3° Que l'on a fait sécher, que l'on a rendu moins humide
  • 4° Qui n'est pas mouillé, n'est pas moite.
  • 5° Vin sec, vin qui n'a rien de liquoreux.
  • 6° Qui n'a point d'embonpoint, de graisse.
  • 7° Il se dit de ce qui n'est pas accompagné d'un accessoire habituel.
  • 8° Habit sec, habit usé.
  • 9° Coup sec.
  • 10° Fig. Argent sec. Perte sèche.
  • 11° En termes d'art, qui manque de moelleux.
  • 12° Il se dit d'une prononciation qui n'a pas de mollesse.
  • 13° Qui est dénué d'agrément.
  • 14° Qui n'a point de sensibilité.
  • 15° Qui a une aridité morale.
  • 16° Qui est d'une humeur un peu dure.
  • 17° Ruiné, privé d'argent.
  • 18° S. m. Ce qui n'est pas humide.
  • 19° Le sec, le fourrage sec.
  • 20° Tirer des confitures au sec.
  • 21° Adverbialement. Boire sec. Répondre sec.
  • 22° À sec, sans eau.
  • 23° À sec, sans fournir vin, ni bière.
  • 24° Tout sec, uniquement, sans rien de plus.
  • 25° Martin-sec.
  • 1Qui a peu ou qui n'a pas d'humidité. Sec comme une allumette. Un temps, un froid sec. La rosée tomba sur toute la terre, et la toison seule demeura sèche, Sacy, Bible, Juges, VI, 4. Vous m'avez donné une terre sèche, donnez-m'en une aussi où il y ait des eaux en abondance, Sacy, ib. I, 45. Les grenadiers, les palmiers et tous les arbres des champs sont devenus tout secs, Sacy, ib. Joet, I, 12. Déjà la flamme vole, elle dévore le vaisseau, qui est d'un bois sec et enduit de résine, Fénelon, Tél. VII. Un morceau de bois bien sec qui ne pèse que trois livres, en pèsera cinq lorsqu'il aura séjourné plusieurs années dans l'eau, Buffon, Hist. nat. introd. part. exp. t. VIII, p. 334.

    Jusqu'au sec arbre, locution des poëmes du XIIe et du XIIIe siècle pour dire : jusqu'au bout du monde.

    Familièrement. Sec comme pendu, se dit d'un homme très maigre.

    Terme d'histoire naturelle. Se dit en général d'un organe qui ne contient pas beaucoup de sucs.

    Terme de marine. Banc sec, celui qui découvre au jusant.

    Terme de graveur. Graver à la pointe sèche, faire des traits ou des hachures sur la planche sans employer l'eau-forte.

    Substantivement. Qu'il eût du chaud, du froid, du beau temps, de la bise, Enfin du sec et du mouillé, La Fontaine, Fabl. VI, 4.

  • 2Qui n'est plus frais, en parlant d'herbes, de plantes et autres objets. Des herbes sèches. Du fromage sec. Des haricots secs. Des roses sèches. La gloire des méchants est pareille à cette herbe… On la voit sèche et morte aussitôt qu'elle est née, Malherbe, I, 2.
  • 3Que l'on a fait sécher, qu'on a rendu moins humide. Des fruits secs. De la morue sèche.

    Confitures sèches, fruits confits conservés hors du sirop. Acceptez cependant quelque peu de douceurs… Les sèches sont dessous, celles-ci sont liquides, Corneille, Suite du Ment. II, 6.

    Fig. Fruit sec, voy. FRUIT 1, n° 2. On dit aussi quelquefois par abréviation : Il a été sec à l'école polytechnique, il a mal passé ses examens et est sorti sans être placé.

  • 4Qui n'est pas mouillé, qui n'est pas moite. Les rues sont sèches. Il fait sec dans les rues. Les plâtres ne sont pas secs. Avoir la bouche, la langue, la gorge sèche. La partie sèche du globe que nous habitons a été longtemps sous les eaux de la mer, Buffon, Hist. nat. 2e disc. Œuv. t. I, p. 117. Il [le rat d'eau] ne quitte pas le bord des eaux, ne s'en éloigne même pas autant que la loutre, qui quelquefois s'écarte et voyage en pays sec à plus d'une lieue, Buffon, Quadrup. t. II, p. 299.

    Orage sec, orage qui n'est pas accompagné de pluie.

    Fossé sec, fossé d'une place de guerre, d'un château, où il n'y a point d'eau et qui n'est point destiné à en avoir.

    À pied sec, sans se mouiller, en traversant un cours d'eau, un ruisseau, quand il n'a plus d'eau, ou quand il n'en a plus guère. Traverser un bras de rivière à pied sec.

    Avoir une toux sèche, tousser sans cracher.

    Terme d'ancienne médecine. Un sang sec, un sang où il n'y a pas assez de sérosité.

    D'un œil sec, avec des yeux secs, sans pleurer. Il est impossible de le lire avec des yeux secs, Sévigné, 401. L'autre, avec des yeux secs et presque indifférents, Voit mourir ses deux fils par son ordre expirants, Racine, Bérén. IV, 5. Je verrai d'un œil sec et d'un cœur sans envie Cet hymen qui pouvait empoisonner ma vie, Voltaire, Adél. du Guesclin. I, 1.

  • 5Un vin sec, vin qui n'a rien de liquoreux. Un vin sec, aigrelet et assez agréable qui tire son origine de Madère, et que consomment les colons riches, Raynal, Hist. phil. II, 18.
  • 6Qui n'a point d'embonpoint, de graisse. Des gens tout secs de faim et de pauvreté, Sacy, Bible, Job, XXX, 3. Je n'eusse jamais pensé que cette Mme de Charmes eût pu devenir sèche comme du bois, Sévigné, 383. [Auteurs]… de qui le corps sec et la mine affamée N'en sont pas mieux refaits pour tant de renommée, Boileau, Sat. I. Bientôt de ce travail revenu sec et pâle, Boileau, Epît. X. C'était [Bouillé, président de la chambre des comptes] un homme sec et sobre autant que son frère était gourmand, ivrogne et débauché, Saint-Simon, 329, 79. Elle [une vieille dame] était sèche comme le bois d'un vieux violon, et vécut dans cet état près de quatre-vingts ans, sans presque souffrir, Voltaire, Lett. à Mme de Fontaine, 8 janv. 1756. Ce personnage sec et long qui se promène seul à l'écart, Marmontel, Contes moraux, Connaisseur.

    Substantivement. Un grand sec.

    Ce cheval a la tête sèche, il n'a pas la tête chargée de chair.

    Ce cheval a les jambes sèches, il les a nerveuses, peu chargées de chair.

  • 7Il se dit de ce qui n'est pas accompagné d'un accessoire habituel.

    Pain sec, pain tout sec, du pain pour tout aliment. Pâtés tous les jours de ma vie ! J'aimerais mieux du pain tout sec, La Fontaine, Pâté d'anguille. On ne vit pas de pain sec et de gloire, Béranger, Trembl.

    Fig. Une âme qui vit du pain sec de la tribulation, ne se lasse jamais de chercher Dieu, Fénelon, t. XVIII, p. 259.

    Le pain sec, punition de collége par laquelle on ne donne dans un repas à un écolier que du pain. On l'a mis au pain sec.

    Nourrice sèche, mère ou nourrice qui, par une raison quelconque, ne donnant pas à téter, élève l'enfant au biberon

    Messe sèche, voy MESSE.

    Mur de pierres sèches, mur fait sans plâtre, ciment ou mortier, mais seulement de pierres arrangées les unes sur les autres. Girone d'abord a été une grande entreprise, ensuite on a parlé d'une muraille sèche pour toute défense, Maintenon, Lett. au duc de Noailles, 25 janv. 1711. Les coteaux sont généralement coupés en terrasses soutenues par des murailles sèches, Raynal, Hist. phil. I, 20.

    On dit de même : construire en pierres sèches, conduit de pierres sèches, ouvrage à pierre sèche.

    Consultation sèche, se disait d'une consultation qu'un avocat donnait par occasion sans recevoir d'argent.

    Ventouse sèche, voy. VENTOUSE.

    Cale sèche, voy. CALE.

    Bricole sèche, se dit au billard quand, en voulant jouer de bricole, on manque à toucher.

    Terme de marine. Se dit d'une vergue qui, quoique établie en croix, n'est pas destinée à avoir une voile enverguée

    La panne et la cape sèches sont celles où l'on se tient en travers au vent sans se servir de ses voiles.

  • 8Habit sec, habit usé jusqu'à montrer la corde (locution peu usitée).
  • 9Coup sec, coup donné avec promptitude sans rester sur l'objet frappé.

    Un pouls sec, pouls qui donne un coup sec au doigt qui l'explore.

    Au billard, donner un coup sec, donner un seul coup contre sa bille et retirer la queue à soi sur-le-champ, au lieu de pousser la bille et de la conduire avec la queue.

    Terme de marine. Grain sec, celui qui éclate sans pluie.

  • 10 Fig. Argent sec, argent comptant.

    On dit de même : sec et liquide. Quarante mille écus d'argent sec et liquide ! De la succession voilà le plus solide, Regnard, le Lég. II, 8.

    Perte sèche, perte absolue, sans compensation ni diminution. Il avait mis là vingt mille francs ; il n'en retirera guère que le quart ; c'est une perte sèche de quinze mille. Une taxe sèche de dix-sept millions, Duclos, Œuv. t. V, p. 29.

  • 11Fig. Terme de peinture et de sculpture. Qui manque de moelleux, qui est dur et sans agrément. Des contours secs. Un coloris sec. Artiste qui a un faire sec, une manière sèche. Polygnote fut le premier qui varia les mouvements du visage, et s'écarta de la manière sèche et servile de ses prédécesseurs, Barthélemy, Anach. Introd. part. 2, sect. 3.
  • 12 Fig. Il se dit d'une prononciation qui n'a pas de mollesse. La double ll a deux prononciations en notre langue : l'une sèche et simple qui suit l'orthographe ; l'autre molle qui semble y joindre une h, Préf. du Théâtre de P. Corneille, édit. 1682.
  • 13 Fig. En parlant de l'esprit, de ses qualités, et des compositions littéraires, qui est dénué d'agrément, de grâce. Une morale sèche et rebutante. Le pauvre esprit de femme et le sec entretien, Molière, Mis. II, 5. La conversation me paraît un peu sèche, Boursault, Fabl. d'Ésope, III, 3. Les expressions du théâtre, où tout paraît effectif, où ce ne sont point des traits morts et des couleurs sèches qui agissent, mais des personnages vivants…, Bossuet, Comédie, 4. C'est un auteur sec et aride, toutes ses expressions sont rudes et forcées, Boileau, Dissert. sur Joconde. On donne aux enfants un petit catéchisme sec, et qu'ils apprennent par cœur sans en comprendre le sens, Fénelon, t. XXI, p. 106. Diogène de Laërce a écrit la vie de Socrate, mais d'une manière fort sèche et fort abrégée, Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. IV, p. 347. Notre langue un peu sèche et sans inversions, Voltaire, Épître à Horace. Ce n'est pas la peine d'envoyer mes magots de la Chine [l'Orphelin de la Chine, qui était d'abord en trois actes] ; je ne peux d'ailleurs avoir absolument que trois magots, les cinq seraient secs comme moi, au lieu que les trois ont de gros ventres comme des Chinois, Voltaire, Lett. à Mme de Fontaine, 22 août 1754. M. Rousseau est éloquent et pathétique, Hobbes sec, austère et vigoureux, Diderot, Opin. des anc. philos. (Hobbisme). Style sec, style dépourvu d'ornements, sans charmes.

    Matière sèche, matière qui n'offre pas de ressources pour la traiter avec intérêt.

    Fig. J'ai sur certaine femme Jeté, sans y songer, quelque amoureuse flamme ; J'ai trouvé la matière assez sèche de soi ; Mais la belle est tombée amoureuse de moi, Regnard, le Joueur, III, 11.

  • 14Qui n'a point de sensibilité, en parlant des dispositions morales. Un cœur sec. Je viens de lui écrire un petit billet [à Mlle de Méry] pour l'assurer que je ne suis point sèche, et qu'il eût été plus sec de ne se pas soucier de ses plaintes, Sévigné, 7 juill. 1680. Qu'il est sec ! qu'il est brut, et qu'il est ennuyeux ! Voltaire, Indiscr. I, 7. Âmes sèches et frivoles, ce n'est pas pour vous que j'écris ; âmes tendres et sensibles, lisez-moi et pardonnez-moi, D'Alembert, Lettre à Condorcet sur Mme Geoffrin.
  • 15Qui a une aridité morale. Ma fille, je vous conseille de suivre toutes vos bonnes résolutions de règle et d'économie ; cela ne rajuste pas une maison, mais cela rend la vie moins sèche et moins ennuyeuse, Sévigné, 343. La mort de M. de Saint-Romain me fait peur ; je n'y vois pas un moment entre sa vie dure et sèche pour la religion et sa mort, Sévigné, 20 juill. 1694. Ne vous attachez pas à une pratique sèche et sans amour [dans la dévotion] ; commencez à aimer la personne ; l'amour de la personne vous fera aimer la doctrine, Bossuet, Médit. sur l'Évang. 89e jour. Les premiers législateurs de la Grèce ne proposèrent pas à ces peuples des doctrines abstraites et sèches, Diderot, Opin. des anc. phil. (Grecs). Quelle est donc la sèche amitié qui repousse mes confidences ? Beaumarchais, Mère coupable, I, 10.
  • 16Qui est d'une humeur un peu dure. Me laisserai-je éblouir par un air de capacité ou de hauteur,… qui vous rend sec sur les louanges, et empêche qu'on ne puisse arracher de vous la moindre approbation ? La Bruyère, IX. Si je veux être austère et sec avec mon élève…, Rousseau, Ém. IV.

    Il se dit aussi des choses. Quand il était en particulier avec moi, ses manières étaient respectueuses et modérées, mais sèches, Fénelon, Tél. XI. Pourquoi avez-vous écrit une lettre sèche et peu convenable à Mme du Chatelet, dans les circonstances présentes ? Voltaire, Lett. Thiriot, 7 janv. 1739. Des interrogations sèches et froides, sans aucun signe d'approbation ni de blâme sur mes réponses, ne me donnaient aucune confiance, Rousseau, Confess. II. Vous forcerez le conseil à ne pouvoir plus répliquer que par un sec il n'y a lieu, Rousseau, Lett. à Deluc, 7 juill. 1763.

    Mine sèche, mine qui annonce quelque mécontentement, quelque dépit. Une grande femme maigre et menue, dont le visage étroit et long lui donnait une mine froide et sèche, Marivaux, Marianne, 6e part.

    Réponse sèche, réprimande sèche, réponse, réprimande désobligeante et brève.

    On dit de même : parler, répondre d'un ton sec. Messieurs, leur dit Mlle Hubert, d'un ton assez sec, je serais fâchée de vous gêner, vous êtes les maîtres, Marivaux, Pays. parv. 3e part.

    Il lui a fait un compliment fort sec, il lui a parlé d'une manière brève et un peu dure.

    La donner sèche, la donner bien sèche, faire une proposition désagréable, donner quelque alarme sans précaution. Mais lui [un fâcheux], pour le quitter, me voyant ébranlé : Sortons, ce m'a-t-il dit, le monde est écoulé ; Et, sortis de ce lieu, me la donnant plus sèche : Marquis, allons au cours faire voir ma calèche, Molière, les Fâch. I, 1.

  • 17Ruiné, privé d'argent. N'est-ce pas une chose rude que de faire six mois de retraite pour avoir vécu cet hiver à Aix… cette pensée est dure de songer que tout est sec pour vous jusqu'au mois de janvier, Sévigné, à Mme de Grignan, 6 mai 1680. Le marquis : Je suis sec, abîmé, mais parbleu J'ai deux bons appuis. - Cléon : Qui ? - Le marquis : Les femmes et le jeu, Destouches, Dissip. I, 9.
  • 18 S. m. Ce qui n'est pas humide. Le sec et l'humide.

    Tirer au sec, à sec, se dit de l'action de vider un puits.

    Terme de marine. Mettre les voiles au sec, les déployer pour les faire sécher.

  • 19Fourrage sec, c'est-à-dire le foin, la paille et l'avoine. Un magasin de sec. Ce cheval est nourri au sec, tandis qu'il faudrait le mettre au vert.

    Fig. Employer le vert et le sec, employer toute espèce de moyens.

  • 20 Terme d'office. Tirer des confitures au sec, les tirer de leur sirop.

    Une corbeille, une assiette de sec, une corbeille, une assiette remplie de confitures sèches, et que l'on sert au dessert dans un repas.

  • 21Sec pris adverbialement.

    Boire sec, ne pas mettre d'eau dans son vin, bien boire. Chers amis, voulez-vous vivre Autant que Melchisédec ? Dépêchez-vous de me suivre, Et comme moi buvez sec, Pannard, Œuvr. t. III, p. 407. J'ai fort mauvaise opinion de cet homme-là ; il mange fort, il boit sec, il parle la bouche pleine, Picard, Deux Philibert, II, 4.

    Répondre sec, parler sec, répondre, parler sèchement, brusquement.

    Peindre sec, peindre sans agrément et sans moelleux.

    Filer sec, filer de la laine dégraissée avec du savon noir.

  • 22À sec, loc. adv. Sans eau. Leurs nefs à sec sur le rivage Ne craignaient plus vent ni naufrage, Scarron, Virg. VII. Je suis bien assurée que vous n'avez pas d'eau dans votre petite rivière, puisque notre belle Loire est entièrement à sec en plusieurs endroits, Sévigné, 289. Il fallut mettre à sec une rivière si rapide et si profonde, en détournant ses eaux dans un lac immense que la reine avait fait creuser, Bossuet, Hist. III, 4.

    Un bâtiment est échoué à sec lorsqu'il reste à découvert sur la côte quand l'eau se retire.

    Mettre à sec, se dit d'un vase que l'on vide jusqu'à la dernière goutte. Pour laquelle aussi mainte coupe Fut aussi souvent mise à sec, Scarron, Virg. VII. En moins d'un mois, pour loger ma sagesse, J'ai mis à sec un tonneau de vin vieux, Béranger, Nouv. Diog.

    Fig. et familièrement. Être à sec, se trouver à sec, avoir perdu tout son argent, tout son avoir. Cesse-t-on de payer [la pension à M. de la Garde] sans dire pourquoi ? un pauvre homme, accoutumé à cette douceur, demeure-t-il à sec sans qu'on lui dise un mot ? Sévigné, 8 janv. 1690. Ou bien, réduit à sec, d'une âme familière Peut-être il parle au ciel d'une étrange manière, Regnard, Joueur, I, 2. J'allai à mes abbés gascons et à quelques autres de cette classe : je les trouvai à sec, Marmontel, Mém. III.

    Fig. et familièrement. La bourse est à sec, il n'y a plus rien dedans, ou, dans un sens plus étendu, on n'a plus d'argent.

    Mettre à sec, ruiner une personne, lui faire perdre tout ce qu'elle a. Il joue, et, qui plus est, il y fait bien son compte ; Car il va mettre à sec un franc provincial, Destouches, Glorieux, I, 3.

    Être à sec, signifie aussi n'avoir plus rien à dire. Sur ce chapitre on n'est jamais à sec, Molière, Remerc. au roi. Et partout sur le Wal, ainsi que sur le Leck, Le vers est en déroute, et le poëte à sec, Boileau, Épître IV.

    Terme de marine. À sec, sans l'aide des voiles, sans déployer une voile. J'eus un vent si frais à ma traversée [de Lisbone au Port-Louis], que je vins à sec, Mém. de Villette-Mursay, 1684, dans JAL.

    On dit aussi à sec de voiles.

  • 23À sec, se dit, en Bretagne, dans les lieux où l'on donne à manger, quand on ne fournit ni vin, ni cidre, ni bière.
  • 24Tout sec, uniquement, sans rien de plus. Son revenu consiste tout sec en cinquante écus de rente.

    On dit de même toute sèche avec un nom féminin. Ainsi la cruauté… paraît officieuse [dire du mal de quelqu'un en paraissant le louer, s'intéresser à lui]… pire mille fois que la médisance toute sèche, Guez de Balzac, 5e Disc. sur la cour.

  • 25Martin-sec, voy. MARTIN-SEC, à son rang.

HISTORIQUE

Xe s. E cilg eedre [ce lierre] fu seche, Fragm. de Valenc. p. 468.

XIIIe s. Comment que ta parleure soit, ou par rime ou par prose, esgarde que ti dit ne soient ni maigre, ni sec, Latini, Trésor, p. 482. Il ses deniers sec [argent comptant] me paya, Bl. et Jeh. 3774. Se li arbres est sec…, Beaumanoir, XXV, 12. Ce n'est pas por ce à entendre qu'il puist le vivier rompre, ne metre à seques, Beaumanoir, XXXVIII, 18. Cil à qui le [la] coze doit estre baillie ne l'emportera pas… s'il ne paie tout sec [comptant], Beaumanoir, XXXIV, 59. Laiens vendent, je vous afi Le patrimoine au crucefi à boens deniers ses et contans, Rutebeuf, II, 72.

XIVe s. Il n'en a marce [marche] ne païs ne regné, Desc'au sec arbre ne tant c'on puet aler, Si m'aït Diex, là où je n'aie esté, Huon de Bordeaux, V. 3079. Les unes [vaches] sont plus tost letées que les autres, et les unes plus tost seches ; et les joeunes ne rendent pas à tant de leet com les vieilles, Bibl. des ch. 4e série, t. II ou XI, p. 369.

XVe s. Et faisoit une tres belle saison et seche, Froissart, II, II, 211. Et devint [Charles V de France] aussi sec qu'un baston, Froissart, II, II, 70. Qui veult avoir les avocas, Avant qu'om leur die son cas, C'est un noble office du bec, Où il convient payer tout sec, Deschamps, Poésies mss. f° 372. Il [Louis XI] parloit aussi sec comme se jamais n'eust esté malade, Commines, VI, 12. Le chevalier se deffend comme preux qu'il estoit, si bien que le roy ne lui donne coup que celluy ne luy rende tout sec, Perceforest, t. I, f° 28.

XVIe s. Plusieurs ruisseaux tout à sec demourerent, Marot, III, 297. En la place où il avoit livré battaille à pied sec, l'esté venu…, Montaigne, I, 261. Un parler sec, rond et crud, Montaigne, I, 292. Diagoras et Theodorus nioient tout sec qu'il y eust des dieux, Montaigne, II, 249. Les bergers ayans quitté leurs petits parapets de pierre seche…, D'Aubigné, Hist. I, 69. Le sang qui a signé la guerre n'est pas encores sec par les champs ; et aussi peu seche l'ancre qui vient de signer la paix, D'Aubigné, ib. II, 252. Le reste estoient Portugais, picques seches et bisongues, D'Aubigné, ib. II, 391. Il est temps de mettre en veue Dom Jouan, qui emploie verd et sec, D'Aubigné, ib. II, 402. St-Luc en ceste ordonnance, aiant gagné le sec de l'isle, fait alte, D'Aubigné, ib. III, 12. …Auquel est plus commode paier ses ouvriers à l'argent sec, que d'y ajouster la nourriture, De Serres, 59. Les sages font comme les abeilles qui tirent du thym le plus penetrant et le plus sec miel, Amyot, De la tranq. d'âme, 8. Ilz sont à sec, et sans grace ou science Demeure à plat morte leur eloquence, Amyot, Lucull. 2. Un pays aride et sec, Amyot, Pomp. 47. Ils ne parlent pas sec [nettement], Charron, Sagesse, p. 226, dans LACURNE. Si je ne boy, je suis à sec, me voilà mort… en sec jamais l'ame n'habite, Rabelais, Garg. I, 5.

ÉTYMOLOGIE

Picard, sé ; Berry, chéche, sec, et aussi sé : du linge sé, des draps sés ; bourguig. sô ; wallon, seg ; norm. sec et au fém. sèque ; provenç. sec ; espagn. seco ; ital. secco ; du lat. siccus ; comparez le celtique : gaél. seac ; kimry, sygh, sick ; bas-breton, seach, sech ; racine sik, qui est dans le sanscr. sik-ata, sable ; bactrien, hik-us, sec.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

SEC.
11Ajoutez :

Il se dit aussi des sons. Son but était de remédier à l'inconvénient des sons secs et coupés de cet instrument en prolongeant leur tenue, L. Gougenot, dans Mém. inéd. sur l'Acad. de peint. publiés par Dussieux, etc. t. II, p. 323.

22À sec. Ajoutez :

Peinture à sec, par opposition à peinture à fresque, peinture exécutée sur une muraille sèche, sur du bois sec, ou sur tout autre fond sec. Les moines l'accusaient [Lanfranc] d'avoir exécuté ses peintures à sec, au lieu de les avoir faites à fresque… il était perdu de réputation, s'il demeurait prouvé qu'au lieu d'improviser à fresque les peintures de Saint-Martin, il avait pris son temps pour les exécuter lentement à sec, en les retouchant et en les corrigeant tout à son aise, J. Dumesnil, Hist. des amat. ital. p. 389 et 390.

Filer à sec, filer sans humecter. Nous filons à sec et nous peignons avec une légère addition d'huile, Enquête, Traité de comm. avec l'Angleterre, t. III, p. 498.

26Sec ou secs, à l'écarté, au billard, etc. se dit d'une partie unique et sans revanche et par opposition à partie liée. Je te joue cela en cinq sec ou secs.

PROVERBE

Année sèche n'appauvrit son maître.