« savoir », définition dans le dictionnaire Littré

savoir

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

savoir [1]

(sa-voir ; Palsgrave, p. 22, écrit scavoir, mais prononce savoir), je sais, tu sais, il sait, nous savons, vous savez, ils savent ; je savais ; je sus, nous sûmes ; je saurai ; je saurais ; sache, sachons, sachez ; que je sache, que nous sachions, que vous sachiez ; que je susse, qu'il sût ; sachant, su v. a.

Résumé

  • 1° Avoir connaissance de.
  • 2° Qui vous savez, que vous savez.
  • 3° Je sais ce que c'est.
  • 4° Savoir une personne, une chose, savoir que cette personne, cette chose existe, peut être trouvée.
  • 5° Ne savoir qu'une chose, être uniquement préoccupé d'une chose.
  • 6° Je ne sais qui, et, substantivement, un je ne sais qui.
  • 7° Je ne sais quoi, et, substantivement, un je ne sais quoi.
  • 8° Je suis tout je ne sais comment.
  • 9° Par manière de doute et d'interrogation, que savez-vous ? qu'en savez-vous ? que sais-je ?
  • 10° Dieu le sait. Dieu sait ! Dieu sait comme !
  • 11° Je ne sache. Que je sache.
  • 12° Savoir gré.
  • 13° Posséder une science, un art, un métier.
  • 14° Savoir, suivi d'une infinitif, être habile, être accoutumé à faire quelque chose.
  • 15° Ne pas hésiter à.
  • 16° Savoir à l'impératif, et suivi d'un infinitif, ne fait que renforcer l'impératif.
  • 17° Parvenir à, réussir à, avoir la force, le moyen de.
  • 18° Au conditionnel et au plus-que-parfait du subjonctif, il s'emploie pour pouvoir.
  • 19° Être informé de quelque chose, apprendre.
  • 20° Je le sais, vous le savez, nous le savons, etc. s'emploient souvent en parenthèse.
  • 21° Avoir dans la mémoire.
  • 22° Absolument, avoir l'esprit orné, rempli de connaissances.
  • 23° Faire savoir, instruire, informer quelqu'un.
  • 24° Faire à savoir.
  • 25° C'est à savoir, ou à savoir, ou, simplement, savoir.
  • 26° V. réfl. Se savoir, être su.
  • 27° Se connaître soi-même.
  • 1Avoir connaissance de. Comme ils ne savaient pas le pays, Vaugelas, Q. C. 348. Et, pour dernier outrage… Il faut vous voir mourir et n'en savoir la cause, Corneille, Perth. IV, 15. Seigneur, je sais que je ne sais qu'une chose ; c'est qu'il est bon de vous suivre, et qu'il est mauvais de vous offenser, Pascal, Prière 14. Un berger qui savait très bien les chemins de ce pays, Sévigné, 16 août 1675. Je vous quitte, je m'éloigne : voilà ce que je vois, et je ne sais pas l'avenir, Sévigné, à Mme de Grignan, 10 oct. 1673. Je sais le plaisir d'orner une chambre ; j'y aurais succombé, sans le scrupule …, Sévigné, 13 juin 1685. Il tire d'un déserteur, d'un transfuge, d'un prisonnier, d'un passant, ce qu'il veut dire, ce qu'il veut faire, ce qu'il sait, et, pour ainsi dire, ce qu'il ne sait pas ; tant il est sûr dans ses conséquences ! Bossuet, Louis de Bourbon. Qui ne sait où son rare mérite et son éclatante beauté, avantage toujours trompeur, lui firent porter ses espérances [la princesse Marie, qui devint reine de Pologne] ? Bossuet, Ann. de Gonz. Quoi ! attendre à commencer une vie nouvelle, lorsque, entre les mains de la mort, placés sous ses froides mains, vous ne saurez si vous êtes avec les morts ou encore avec les vivants ! Bossuet, ib. Vous, riches, vous qui vivez dans les joies du monde, si vous saviez avec quelle facilité vous vous laissez prendre aux richesses que vous croyez posséder, si vous saviez par combien d'imperceptibles liens elles s'attachent et, pour ainsi dire, s'incorporent à votre cœur…, Bossuet, le Tellier. Sachez, mes frères, que, si nous voulions bien nous juger nous-mêmes, nous ne serions jamais jugés de Dieu, Bourdaloue, Sévér. de la pénit. 1er avent, p. 197. C'est [l'esprit] une puissance orgueilleuse qui… laissant souvent la vérité pour le mensonge, n'ignore que ce qu'il faudrait savoir, et ne sait que ce qu'il faudrait ignorer, Fléchier, Duc de Mont. Personne ne discernait plus [avant l'établissement d'un grand hôpital à Paris] les pauvres de nécessité d'avec ceux de libertinage ; on ne savait en donnant l'aumône si l'on soulageait la misère, ou si l'on entretenait l'oisiveté, Fléchier, Aiguillon. Que si quelqu'un, mes vers, alors vous importune Pour savoir mes parents, ma vie et ma fortune, Contez-lui…, Boileau, Épître X. Elle [Agrippine] sait son pouvoir, vous savez son courage, Racine, Brit. III, 1. Je sais de ce palais tous les détours obscurs, Racine, Andr. III, 1. Du moins, si je ne sais le secret de lui plaire, Je sais l'art de punir un rival téméraire, Racine, Brit. III, 8. Ils racontent une religion, une police, une manière de se nourrir, de s'habiller, de bâtir et de faire la guerre, qu'on ne savait point, des mœurs que l'on ignorait, La Bruyère, Disc. sur Théophraste. Apprenez seulement ce que savait Socrate : Sachez que vous ne savez rien, Lamotte, Fabl. IV, 17. Je sais votre mérite, je sais mes talents, je vous conduis, et l'on vous aimera, toute raisonnable qu'on est, Marivaux, Fauss. confid. I, 2. La seconde guerre punique est si fameuse que tout le monde la sait, Montesquieu, Rom. 4. Oui, je sers Dieu, je crois en Dieu, et je veux qu'on le sache, Voltaire, Lett. d'Argental, 30 janv. 1761. Ho ! vous en voulez trop savoir, Vauvenargues, Dial. Catilina, Sénécion. De vices, j'avoue que je ne vous en sais point, D'Alembert, Portr. de Mlle de l'Espinasse. Chinois, qu'est-ce qui soutient le monde ? Un gros éléphant. Et l'éléphant, qui le soutient ? Une tortue. Et la tortue ? Je n'en sais rien, Diderot, Suffis. de la nat. n° 22.

    Absolument. D'où vient ce silence ? est-ce de l'oubli ? est-ce une parfaite indifférence ? je ne sais : que voulez-vous que je pense ? à quoi ressemble votre conduite ? Sévigné, Lett. au prés. de Moulceau, 5 juin 1695. Il eut plusieurs enfants qui furent tous rois, comme chacun sait, Voltaire, Zadig, 12.

    Il ne sait rien de rien, il n'est pas averti de ce qui se passe.

    Familièrement. Il ne sait ce qu'il veut, se dit d'un homme indécis ou dont les résolutions sont inconstantes.

    Il ne sait ni ce qu'il fait, ni ce qu'il dit, il ne fait ni ne dit ce qu'il devrait dire ou faire, soit par ignorance, soit par trouble d'esprit. Pour M. le prince de Conti, il était transporté, il ne savait ni ce qu'il disait ni ce qu'il faisait, Sévigné, 394.

    Il sait mieux qu'il ne dit, il parle contre sa propre connaissance.

    Il sait le fin du fin, se dit d'un homme habile qui a connaissance des affaires les plus secrètes.

    Il en sait bien long, il en sait beaucoup, il a beaucoup de finesse, d'adresse. À vous dire le vrai, vous en savez beaucoup, Corneille, Suite du Ment. II, 3. Vous en savez trop long pour moi, Vadé, Nicaise, sc. 17.

    Il en sait plus d'un, il en sait plus d'une, il a plus d'un tour d'habileté à sa disposition. Nous en savons plus d'un, dit-il en les gobant ; C'est tour de vieille guerre ; et vos cavernes creuses Ne vous sauveront pas, je vous en avertis, La Fontaine, Fabl. III, 18.

    Savoir qu'en dire, voy. DIRE n° 8.

  • 2Qui vous savez, que vous savez, se dit quand on ne veut pas nommer la personne ou la chose à une personne qui la connaît bien. Ne mandez point à Paris que je n'irai pas sitôt ; ce n'est pas que je craigne que quelqu'un ne se pende, mais c'est que je ne veux pas donner cette joie à qui vous savez, Sévigné, 237. Le mariage que vous savez ne va pas bien, Maintenon, Lett. au D. de Noaill. 15 juillet 1707. Passez chez votre notaire pour ce que vous savez, Dancourt, Chev. à la mode, I, 8. Demoulin m'est venu trouver dans ma retraite, et m'a confirmé qu'il croyait l'homme que vous savez, coupable de cette trahison (une édition d'œuvres de Voltaire), Voltaire, Lett. Formont, 5 juin 1734. Cet argent, voilà ce qu'il faut que j'ajoute, Vient de qui vous savez, pour ce que vous savez, Hugo, Ruy Blas, IV, 3.

    Ce que vous savez, sert à désigner, par euphémisme, des choses qu'il ne serait pas très décent de nommer. Son père me l'a accordée ; mais je crains un peu ce que vous savez, la disgrâce dont on ne plaint personne, Molière, Mar. forcé, 6. Vous êtes-vous mis en tête qu'un homme de soixante et trois ans ait si peu de cervelle, et considère si peu sa fille que de la marier avec un homme qui a ce que vous savez ? Molière, Pourc. II, 7.

  • 3 Familièrement. Je sais ce que je sais, se dit quand on ne veut pas s'expliquer. Il suffit que nous savons ce que nous savons, et que tu fus bien heureuse de me trouver, Molière, Méd. m. lui, I, 1. …Mais gardons le silence ; je sais ce que je sais, Le P. Brumoy, Boîte de Pandore, III, 7.
  • 4Savoir une personne ou une chose, savoir que cette personne, cette chose existe, peut être trouvée. Je sais un paysan qu'on appelait Gros-Pierre, Molière, Ec. des f. I, 1. L'on sait des gens qui avaient coulé leurs jours dans une union étroite…, La Bruyère, V. On m'a dit, ma bonne, que tu savais quelquefois des carrosses à vendre, Dancourt, la Femme d'intrigues, III, 8. Du reste, manquant rarement d'argent quand il en savait dans la bourse des autres, Rousseau, Confess. II.

    Savoir avec un participe ou un adjectif, savoir que la qualité indiquée par le participe ou l'adjectif est dans l'être auquel ils se rapportent. Je ne vous savais pas malade. Quand je vous ai su à Paris. Vous aurez su M. de Vivonne pour huitième maréchal de France, Pellisson, Lett. hist. t. II, p. 383. Savait-elle une famille opprimée ? elle animait la justice contre l'oppression, Fléchier, Aiguillon. Quand il les sut arrivés sur les frontières de ses États, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IX, p. 103, dans POUGENS. C'est pourquoi, n'étant point encore sorti de sa chambre, il [l'aveugle de Cheselden] disait que, quoiqu'il la sût plus petite que la maison, il ne comprenait pas comment elle pourrait le lui paraître à la vue, Condillac, Traité sens, III, 5.

  • 5Ne savoir qu'une chose, être uniquement préoccupé d'une chose. Les Spartiates ne savaient qu'une chose, c'était le dévouement à la patrie.

    On dit en un sens analogue : Ne savoir qu'une personne. L'abbé et moi nous pétillons, et nous sommes résolus… de nous en aller en Provence… pour moi, je ne sais que vous, et j'ai une telle impatience de vous aller voir, que mes sentiments pour les autres n'ont pas bien toute leur étendue, Sévigné, à Mme de Grignan, 6 avr. 1672. En termes de dévotion, ne savoir que Jésus-Christ, être uniquement occupé de conformer sa vie aux doctrines de l'Évangile. Ne voulant plus savoir que Jésus-Christ.

  • 6Je ne sais qui, et, substantivement, un je ne sais qui, un homme peu connu ou peu considéré. Qu'est-ce que ce grand je ne sais qui va penser d'elle, Marivaux, Pays. parv. 5e part.

    On dit de même : Un je ne sais quel homme est venu me trouver. On peut juger quelle était l'arrogance féroce des seigneurs croisés par le trait que rapporte la princesse Anne Comnène de je ne sais quel comte français qui vint s'asseoir à côté de l'empereur sur son trône, dans une cérémonie publique, Voltaire, Mœurs, 54.

  • 7Je ne sais quoi, quelque chose que l'on ne connaît pas. Que même de son maître on dit je ne sais quoi, Corneille, Cinna, IV, 5. C'est un M. Ameline, qui est je ne sais quoi à Notre-Dame, Maintenon, Lett. au cardin. de Noailles, 22 oct. 1695.

    Je ne sais quoi de, suivi d'un substantif. Vous maudirez peut-être un jour cette victoire Qui tient je ne sais quoi d'une action trop noire, Corneille, Poly. V, 4.

    Par extension. Je ne sais quoi, quelque chose d'indéfinissable, en parlant d'une qualité ou d'un sentiment. Je ne sais quoi pourtant dans mon cœur en murmure, Corneille, Héracl. V, 8. On se sent, à ces vers, jusques au fond de l'âme Couler je ne sais quoi qui fait que l'on se pâme, Molière, Femm. sav. III, 2. Il avait je ne sais quoi dans ses yeux perçants qui me faisait peur, Fénelon, Tél. IV. Ces deux hommes sont bien différents, le jeune a je ne sais quoi de vif et d'aimable, Fénelon, ib. IX. Je ne sais quoi de grand s'imprime à mes pensées, Saint-Lambert, Sais. II.

    Substantivement. Qu'on rêve avec plaisir quand notre âme blessée Autour de ce qu'elle aime est toute ramassée ! Vous le savez, seigneur, et comme à tous propos Un doux je ne sais quoi trouble notre repos, Corneille, Pulch. II, 1. Les âmes assorties S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer, Corneille, Rodog. I, 7. Le sixième [discours] est de M. de Gombauld, sur le je ne sais quoi, Pellisson, Hist. Acad. III. La France le vit alors accompli par ces derniers traits et avec ce je ne sais quoi d'achevé que les malheurs ajoutent aux grandes vertus, Bossuet, Louis de Bourbon. Il [notre corps, après la mort] devient un je ne sais quoi qui n'a plus de nom en aucune langue, Bossuet, Duch. d'Orl. Je ne suis, si l'on veut, ni belle ni jolie ; Mais j'ai certains je ne sais quoi Qui me font préférer à la plus accomplie, Th. Corneille, l'Inconnu, V, 2. L'amour, ne vous déplaise, est un je ne sais quoi, Qui vous prend, je ne sais ni par où, ni pourquoi ; Qui va, je ne sais où ; qui fait naître en notre âme Je ne sais quelle ardeur que l'on sent pour la femme ; Et ce je ne sais quoi, qui paraît si charmant, Sort enfin de nos cœurs, et je ne sais comment, Regnard, Démocrite, I, 5. Il s'est formé dans l'esprit des particuliers un certain je ne sais quoi qu'on appelle point d'honneur, Montesquieu, Lett. pers. 90. Je prie l'honnête homme qui fera Matière [dans l'Encyclopédie], de bien prouver que le je ne sais quoi qu'on nomme matière peut aussi bien penser que le je ne sais quoi qu'on appelle esprit, Voltaire, Lett. d'Alembert, juillet 1757. Il y a dans tous les arts un je ne sais quoi qu'il est bien difficile d'attraper, Voltaire, Lett. Diderot, 20 avr. 1773.

    On dit dans un sens analogue : je ne sais quel. Un je ne sais quel charme encor vers vous m'emporte, Corneille, Poly. II, 2. Agité de ces je ne sais quelles inquiétudes dont les hommes ne savent pas se rendre raison à eux-mêmes, Bossuet, le Tellier. Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce Qui me charme toujours…, Racine, Esth. II, 7. Il nous reste encore je ne sais quel désir vague, je ne sais quelle inquiétude, qui nous avertit sans cesse que nous sommes peu de chose, Voltaire, Micromégas, 2. C'était un mélange de génie et de tendresse, une beauté [Fénelon], ne sais laquelle, que jamais peintre n'a pu exprimer, Chateaubriand, Natch. liv. VII.

  • 8 Familièrement. Je suis tout je ne sais comment, j'éprouve un malaise que je ne puis définir.
  • 9Par manière de doute et d'interrogation. Que savez-vous ? Qu'en savez-vous ? Que sais-je ? Que sait-on ce qui arrivera ? La question est de savoir si… Reste à savoir si… Qui sait même, qui sait si le roi votre père Veut que de son absence on sache le mystère ? Racine, Phèdre, I, 1.

    Savez-vous, savez-vous bien, a, à peu près le sens de : ne vous y trompez pas. Savez-vous qu'un si grand retardement donne le temps à tout le royaume de parler ? Sévigné, 12. Savez-vous bien que je suis fort mécontente de la conduite et des manières de ma nièce ? Regnard, le Retard impr. 1.

    Que sait-on, se dit pour exprimer que l'on soupçonne quelque chose qui n'est pas su. Peut-être a-t-il démêlé dans votre vie quelque intrigue que vous espériez qui ne serait pas connue, que sait-on ? Fontenelle, Dial. 3, morts anc.

  • 10Dieu le sait, se dit pour exprimer notre ignorance dernière sur une chose. Nous naissons, nous vivons, bergère, Nous mourons sans savoir comment ; Chacun est parti du néant ; Où va-t-il ? Dieu le sait, ma chère, Voltaire, Stances, 24. Nous savons très bien que les tourbillons ne peuvent causer la pesanteur ; nous savons ce qui n'est pas, et Dieu sait ce qui est, Voltaire, Mél. litt. à M***

    Dieu sait ! Dieu sait comme ! locution familière et elliptique dont on se sert pour donner une grande idée de quelque chose. Il a des écus, Dieu sait ! Ensuite on s'est mis à boire, mais boire, Dieu sait, Sévigné, 77. Entre nous, les Moscovites ne sont pas des peuples bien raffinés ; c'est leur folie que de prétendre ressembler aux anciens Grecs ; mais Dieu sait sur quoi cela est fondé, Fontenelle, Dial. 4, Morts mod.

  • 11Elliptiquement, avec la négation et le subjonctif. Je ne sache personne, je ne sache rien, je ne connais personne, rien. Vapeurs… auxquelles je restreindrai le nom d'exhalaisons, à cause que je n'en sache point de plus propre, Descartes, Météor. 2. Je ne sache aucun orthodoxe qui ait osé dire que…, Bossuet, Avert. repr. idolâtrie, 17. Je ne sache rien au monde qui ne soit le monument de quelque sottise des hommes, Fontenelle, Mond. 2e soir. Je ne sache personne mieux partagé qu'il le sera, Marivaux, Marianne, part. 5. Cause que je ne sache pas qu'on ait encore remarquée, Montesquieu, Esp. XVII, 3. Des enfants étourdis deviennent des hommes vulgaires, je ne sache point d'observation plus générale et plus certaine que celle-là, Rousseau, Ém. I.

    Que je sache, locution dont on se sert à la fin d'une phrase pour indiquer que, si un fait est autrement qu'on ne le dit, on l'ignore. Est-il venu quelqu'un, que vous sachiez, que tu saches ? Il n'est venu personne, que nous sachions. Il n'a point été à la campagne, que je sache. Il vaudrait autant être amoureux de la femme de Mathusalem ; était-elle jolie, que vous sachiez ? Fontenelle, Lett. gal. II, 20. Ne descendant, que je sache, d'aucun Franc qui ait ravagé les Gaules avec Ildovic nommé Clovis, Voltaire, Lett. La Chalotais, 11 juillet 1762.

  • 12Savoir gré, voy. GRÉ, n° 3.
  • 13Posséder une science, un art, un métier. Savoir la grammaire. Il sait le latin. Il ne sait pas son métier. Quand je dis qu'Ergaste écrit bien, Tu me réponds qu'il ne sait rien ; Mais ton erreur est infinie ; Il sait ce qu'il n'apprit jamais ; Et toi qui n'as point de génie, Tu ne sais pas ce que tu sais, Gombaut, dans RICHELET. Il y a longtemps que j'ai dit que, pour savoir quelque chose, il le faut écrire, Pellisson, Lett. hist. t. III, p. 270. Et l'on sait tout chez moi, hors ce qu'il faut savoir, Molière, Femm. sav. II, 7. Il a des vieux auteurs la pleine intelligence, Et sait du grec, madame, autant qu'homme de France. - Du grec, ô ciel, du grec ! il sait du grec, ma sœur, Molière, ib. III, 5. Les Romains ignoraient les arts de la Grèce, et se contentaient de savoir la guerre, la politique et l'agriculture, Bossuet, Hist. I, 10. Dans un âge où l'on ne sait pas encore sa religion, il défendait déjà la sienne, Fléchier, Duc de Mont. Un esprit avide de tout savoir et capable de tout apprendre, Fléchier, Lamoignon. Ce que l'on sait est peu de chose en comparaison de ce qu'on ne sait pas ; quelquefois même ce que l'on ne sait pas est justement ce qu'il semble qu'on devrait le plus tôt savoir, Fontenelle, Préf. util. des math. On ne sait bien que ce que l'on apprend soi-même, Dumarsais, Œuv. t. I, p. 28. Plusieurs ont dit : que ne sais-je pas ? Montaigne disait : que sais-je ? Voltaire, Dict. phil. Bornes.

    Absolument. Laisse ce qu'à tes yeux le ciel défend de voir : Ton sort est d'admirer, et non pas de savoir, Delille, Parad. perdu, VIII.

    Ne savoir ni A ni B, être fort ignorant.

    Il en sait trop, c'est un homme trop habile, dont on se défie. Ah ! pour en être digne, il l'est, et plus que tous ; Mais aussi, pour tout dire, il en sait trop pour nous, Corneille, Othon, II, 4.

    Fig. Savoir la carte du pays, ou, absolument, savoir la carte, savoir, connaître parfaitement les intrigues, les intérêts, les manières du monde, d'un quartier, d'une société.

    Savoir bien le monde, ou savoir bien son monde, savoir bien la manière de vivre dans la société. Madame, M. Jourdain sait son monde, Molière, Bourg. gent. III, 19.

    Dans un sens analogue. Laissez-moi faire : je suis homme qui sais ma cour, Molière, Am. magn. II, 2. Le reproche en un sens le plus honorable que l'on puisse faire à un homme, c'est de lui dire qu'il ne sait pas la cour, La Bruyère, VIII. Un homme qui sait la cour, est maître de son geste, de ses yeux et de son visage ; il est profond, impénétrable, La Bruyère, VIII.

  • 14Savoir, suivi d'un infinitif, être habile, être accoutumé à faire quelque chose. Savoir jouer du violon. Il ne sait pas danser. Il sait plaire. Il sait plaisanter. Tu sais vaincre, disait un brave Africain au plus rusé capitaine qui fut jamais [Annibal], mais tu ne sais pas user de ta victoire, Bossuet, Reine d'Anglet. Loin du commerce des affaires et de la société des hommes, ces âmes sans force aussi bien que sans foi, qui ne savent pas retenir leur langue indiscrète, Bossuet, Duch. d'Orl. La sainte abbesse, qui savait donner le lait aux enfants aussi bien que le pain aux forts, Bossuet, Anne de Gonz. Que personne ne savait mieux estimer les choses louables, ni mieux louer ce qu'elle estimait, Fléchier, Duch. de Mont. Sainte Thérèse eût voulu ne savoir écrire que pour publier ses défauts, Fléchier, Panég. Ste Thér. Il ne sait pas distinguer sa main gauche de sa main droite, il est sans intelligence.

    Savoir vivre, savoir se conduire dans le commerce du monde. Tant les savantas savent peu vivre et ce qu'on appelle le décorum ! Anti-ménagiana, p. 103.

  • 15Ne pas hésiter à. Il faut savoir faire un sacrifice. Je leur savais bien dire, et m'attirais la haine De tous ces gens si peu soigneux, La Fontaine, Fabl. VII, 2. Eh bien, il faut paraître, il faut vous découvrir à ceux qui pour leur roi sauront du moins mourir, Voltaire, Oreste, III, 8.
  • 16Savoir à l'impératif, et suivi d'un infinitif ne fait que renforcer l'impératif. Sachons nous taire, c'est-à-dire taisons-nous. J'obéis à mon dieu ; vous, sachez m'obéir, Voltaire, Fanat. II, 3.
  • 17Parvenir à, réussir à, avoir la force, le moyen de. Je saurai bien me défendre. À deux milles d'ici j'ai su le rencontrer, Corneille, Sertor. V, 2. Qu'il est beau, après les combats et le tumulte des armes, de savoir encore goûter ces vertus paisibles et cette gloire tranquille…, Bossuet, Louis de Bourbon. Il faut savoir se donner des heures d'une solitude effective, si l'on veut conserver les forces de l'âme, Bossuet, Mar.-Thér. Accessible, accueillant, honnête, sachant employer son temps et quelquefois même le perdre, Fléchier, le Tellier. Celui qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchants arrêter les complots, Racine, Athal. I, 1.
  • 18Au conditionnel et au plus-que-parfait du subjonctif, il s'emploie pour pouvoir. L'un dit : je n'y vas point : je ne suis pas si sot ; L'autre : je ne saurais…, La Fontaine, Fabl. II, 2. Dans tous les entretiens on les voit s'introduire ; Ils ne sauraient servir, mais ils peuvent vous nuire, Molière, Mis. II, 3. Elle avait ouï dire que M. de Grignan était le plus beau garçon qu'on eût su voir, Sévigné, 58. Vous ne sauriez faire trop de liaisons avec Vauban ; l'estime de cet homme-là est plus glorieuse que celle de tous les courtisans, Maintenon, Lett. à d'Aubigné, 8 juillet, t. I, p. 118, dans POUGENS. Ne saurait-il rien voir qu'il n'emprunte vos yeux ? Racine, Brit. I, 2. Si vous voulez, restez, reprit Mme de Miran ; non, dit-il, je vous suis obligé, je ne saurais, j'ai quelque affaire, Marivaux, Marianne, 5e part. On ne saurait avoir une taille mieux prise, un plus beau teint, Rousseau, Ém. V.
  • 19Être informé de quelque chose, apprendre. Sachez que ma fille se marie. Afin que vous le sachiez. Si j'avais su qu'en mains il a de telles armes…, Molière, Tart. V, 3. Je ne sais point qu'elles soient retranchées [ses pensions], je crois que sa terre lui vaut dix mille livres de rente, je mets tout cela ensemble et je dis…, Sévigné, 608. On sait, messieurs, que la reine a souvent exposé sa personne dans ces conférences secrètes, Bossuet, Reine d'Anglet. Ne sais-je pas, mesdames, qu'ayant abandonné le monde pour mener une vie plus sainte et plus cachée dans la retraite, vous ne prétendez plus qu'à l'honneur d'être de la famille de Jésus-Christ ? Fléchier, Duch. de Mont. Et qui saurait sans moi que Cotin a prêché ? Boileau, Sat. IX. Seigneur, vous savez trop avec quel artifice Un faux Astyanax fut offert au supplice, Racine, Andr. I, 2. Chère Oenone, sais-tu ce que je viens d'apprendre ? Racine, Phèdre, IV, 6.

    Dans le même sens, avec un infinitif. Il marche contre les ennemis, qu'il savait avoir passé la rivière, Vaugelas, Remarques. Il fit du bien à tous ceux qu'il savait avoir aimé son fils, Vaugelas, ib.

    Familièrement. Vous savez ou vous ne savez pas, c'est une chose que je vous apprends. Vous savez, ou vous ne savez pas Qu'autrefois ce monsieur que Léandre l'on nomme, Lui fit certain billet d'une certaine somme, Boissy, Impatient, I, 2.

  • 20Je le sais, vous le savez, nous le savons, etc. s'emploient souvent en parenthèse. Cet art de donner agréablement, qu'elle avait si bien pratiqué durant sa vie, l'a suivie, je le sais, jusqu'entre les bras de la mort, Bossuet, Duch. d'Orl. Seigneur, vous le savez, son avis salutaire Découvrit de Tharès le complot sanguinaire, Racine, Esth. II, 1.
  • 21Avoir dans la mémoire. Il sait sa leçon. Le moyen de jouer ce qu'on ne sait pas, Molière, l'Impromptu, 1. Ce que je sais le mieux, c'est mon commencement, Racine, Plaid. III, 3. La veille du jour marqué, je savais mon discours par cœur ; je le récitai sans faute ; je le remémorai toute la nuit dans ma tête, Rousseau, Conf. XI. Lorsqu'on lui demandait [à Massillon] quel était celui de ses sermons qu'il croyait le meilleur, il répondait : celui que je sais le mieux, D'Alembert, Éloges, Mass. Est-elle sue [la pièce] ? - Laurette : Quant à moi, je sais mon rôle, Picard, Comédiens amb. II, 2.

    Fig. Savoir quelqu'un par cœur, ou, absolument, le savoir, connaître parfaitement son caractère, ses habitudes. Elle sait notre syndicat, notre procureur, notre gratification… comme elle sait la carte et les intérêts des princes, c'est-à-dire sur le bout du doigt, Sévigné, 174.

  • 22 Absolument. Avoir l'esprit orné, rempli de connaissances. Il y a moins de différence entre le chaos et le monde, qu'entre la manière dont il sait et celle dont il faut savoir, Guez de Balzac, le Barbon. Il [l'homme] veut être heureux et assuré de quelque vérité, et cependant il ne peut ni savoir, ni désirer de ne point savoir, Pascal, Pens. XXV, 37, édit. HAVET. Voilà notre état véritable [être borné de tous côtés] ; c'est ce qui nous rend incapables de savoir certainement et d'ignorer absolument, Pascal, ib. I, 2. Un amour curieux des livres, une avidité de savoir … ont été des passions de sa jeunesse, Fléchier, Duc de Mont. N'est-ce pas savoir beaucoup que de savoir qu'on ne sait rien ? Fénelon, Dial. des morts anc. (Pyrrhon, son voisin). [Valincourt] C'était un homme d'infiniment d'esprit et qui savait extraordinairement, Saint-Simon, 66, 104. Rica et moi nous sommes peut-être les premiers que l'envie de savoir ait fait sortir de leur pays, Montesquieu, Lett. pers. 1.
  • 23Faire savoir, instruire, informer quelqu'un. Je lui ai fait savoir comment cela est arrivé. Fais-lui, fais-lui savoir le glorieux dessein…, Corneille, Sertor. II, 1. J'ai fait à Josabeth savoir sa volonté, Racine, Athal. III, 5.

    Savoir faisons, formule de chancellerie et de palais.

  • 24Faire à savoir, voy. FAIRE, n° 53.
  • 25C'est à savoir, ou à savoir, et, plus ordinairement, savoir, locutions qui servent à spécifier ce dont il s'agit. Son revenu a plusieurs sources, à savoir sa place, le produit de sa terre, etc. L'armée était composée de quinze mille hommes, savoir : dix mille hommes de pied et cinq mille chevaux. Nous n'en trouverons [des corps] que deux… qui puissent être comptés parmi les principales parties [du monde], c'est à savoir le soleil et les étoiles, Descartes, Monde, 5. J'oubliais de vous avertir que je lui ai auparavant dit encore une particularité qui l'a assez agréablement surpris, c'est à savoir que je prétendais n'avoir proprement fait autre chose dans mon ouvrage que mettre en rimes la doctrine qu'il venait de nous débiter, Boileau, Lett. à Racine, mercredi 1697.

    On s'en sert aussi pour marquer du doute. Il part bien tard, c'est à savoir s'il arrivera à temps. Il ne tiendra qu'à vous que nous vivions en bonne intelligence ensemble. - Rustaud : c'est à savoir, Legrand, Galant coureur, sc. 13.

    En ce sens on dit substantivement : C'est un à savoir.

  • 26Se savoir, v. réfl. Être su. Tout se sait tôt ou tard, et la vérité perce, Gresset, Méchant, III, 5.
  • 27Se connaître soi-même. Lorsqu'il se sait à fond, il s'évertue sur le talent qu'il croit reconnaître en lui, Le P. Courbeville, dans DESFONTAINES. Un valet veut tout voir, voit tout et sait son maître, Comme à l'observatoire un savant sait les cieux, Et vous même, monsieur, ne vous savez pas mieux, Piron, Métrom. II, 4.

PROVERBES

Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait, si la jeunesse avait de l'expérience, si la vieillesse avait de la force.

Il sait son pain manger, il sait plus que son pain manger, c'est un habile homme, un rusé compère.

Qui plus n'en sait, plus n'en dit.

Il fait bon vivre et ne rien savoir, on apprend toujours quelque chose.

Qui ne sait son métier l'apprenne.

Qui ne sait rien ne sait guère, se dit pour s'excuser d'ignorer une chose survenue à notre insu.

On dit encore qu'il en sait plus que le chien de Barthole, qui avait mangé un sac d'écritures, Carmontelle, Prov. Entr'actes, t. IV, p. LXXV, dans POUGENS.

REMARQUE

1. Après savoir, pris dans le sens de pouvoir, on doit toujours supprimer pas ou point. Je ne saurais en venir à bout.

Après ce même verbe précédé de la négation, et signifiant être incertain, le mieux est de les supprimer. Je ne sais que devenir. Il ne sait ce qu'il veut. Mais il faut employer pas ou point, quand savoir est pris dans son vrai sens. Je ne savais point ce que vous racontez.

2. En vers on écrit quelquefois je sai au lieu de je sais. Ce n'est point une licence poétique ; c'est un archaïsme, parfaitement régulier d'ailleurs, sapio donnant je sai et non je sais ; l's est là un barbarisme que l'usage a consacré.

3. Dans la locution je ne sache pas, comment expliquer le subjonctif ? On a dit que c'était non le subjonctif, mais l'indicatif représentant sapio. L'explication ne peut être admise, car sapio a donné sai ; et sache vient de sapiam. D'ailleurs le sens dénote un subjonctif plutôt qu'un indicatif ; car je ne sache pas implique quelque chose de plus dubitatif que je ne sais pas ; et ce doute, on l'exprime en substituant le subjonctif à l'indicatif. C'est pour cela qu'on ne se sert jamais de cette tournure qu'à la première personne. Elle paraît être née au XVIe siècle, voy. l'historique. On peut conjecturer que ceux qui les premiers l'ont employée ont sous-entendu : j'ose dire, l'usage étant au XVIe siècle de mettre le subjonctif avec dire, quand l'affirmation n'était pas absolue.

4. J. J. Rousseau a dit : Je ne sache pas d'avoir vu, de ma vie, un pays plus antipathique à mon goût que celui-ci [Montpellier], Lett. à Mme de Warens, 23 oct. 1737. La phrase est incorrecte ; le d' est de trop ; il faut dire : Je ne sache pas avoir vu…

HISTORIQUE

Xe s. [Il] saveiet co que…, Fragm. de Valenc. p. 468.

XIe s. Par serment nommé, co est à savoir quatorze homes leals par nom, Lois de Guill. 16. Ço dist Marsiles : Guenes, par veir sacez…, Ch. de Rol. XXXIX. Il n'en set mot, n'i a culpes li bers, ib. X. Ben [il] set parler et dreite raisun rendre, ib. CCLXXV.

XIIe s. Tu siez bien que il pensent faire de nos, Machab. I, 3. Car preu le savent et de moult fier courage, Ronc. p. 182. Tuit mi penser sont à ma douce amie, Puisque je sai mon cuer en sa baillie, Couci, II. Je ne m'en sai venger fors au plorer, ib. VI. Dame, merci ; car à trop grant dolor [je] Muir et languis ; vostre pitié le sache, ib. X. Encor [elle] me saura gré De mon travail et de ma longue peine, ib. XI. Quar sa biautez me fait tant esbahir, Que je ne sai devant li nul langage, ib. XI. Il lui saront bien estre et felon et gaingnart, Et simple come aignel et fier come liepart, Sax. XXIX.

XIIIe s. Se je savoie un courtois chevalier Qui de ses armes fu loués et prisiés, Je l'ameroie de gré et volentiers, Audefroi le Bastard, Romancero, p. 71. Il manderent maçons vaillans, Bons ouvriers et bien sachans, ib. p. 57. Sachiés que il reprouvent le service que il ont à vous fait, tel come toute la gent sevent, et come il est aparissant, Villehardouin, XCIV. Et li Venicien, qui plus savoient de la mer, distrent que li corans les menroit par force contreval le bras, Villehardouin, CIII. Li maistres dit : femes sevent celer ce que eles ne sevent, Latini, Trésor, p. 361. Bien savez qu'on ne peut pas trestous jours durer, Berte, III. [Ils] Sorent près d'aussi bien le françois de Paris…, ib. V. Car bien estoit letrée et bien savoit escrire, ib. XI. Puisque ele ot seü que [vous] la veniez veoir, ib. LXXIX. Coïement, que les gens n'en seüssent nouvele, ib. LXXXVI. Sauriez-vous ci près maison ne casement Où je peüsse avoir aucun rassenement [indication du chemin] ? ib. CX. Ilueques l'ont li chien guerpi, N'en sevent mes ne vent ne voie, Ren. 1917. Si avient bien à bacheler Que il sache de vieler, De fleüter et de dancier ; Par ce se puet moult avancier, la Rose, 2218. Ne l'en doit pas mal gré savoir, Ne ge ne l'en saurai jà voir, ib. 4177. Lors me porpensai que j'avoie Ung compagnon que ge savoie Moult à loial…, ib. 3120. Tant que celui veigne en la presence dou seignor et de la court et offre à faire dreit de ce que l'on li saura que demander…, Ass. de J. 139. Je, Pierres, de tel lieu, fes savoir à toz presens et à venir que je…, Beaumanoir, XII, 58. Cil qui sunt baillié auditeur… doivent mult regarder et entendre comment li tesmong respondent as demandes qui lor sunt fetes, ou par savoir, ou par croire, ou par quidier, Beaumanoir, XL, 12. Quant il dist : Je sai de certain, Beaumanoir, XL, 12. Et comme tel cas ne soit pas puis avenus que noz saçons, nos creons que s'il avenoit, que cil qui…, Beaumanoir, XXX, 101. Le [la] premiere reson, c'est à savoir que Dix [Dieu] commanda que on amast son proisme comme soi-meisme, Beaumanoir, XII, Prologue. Le roy y envoia savoir par un messager chevalier, Joinville, 215.

XIVe s. Envoiez ung heraut ou [au] chastel par delà Pour parler au roi Pietres, saver comment il va, Guesclin. 16479. Li rois Pietre d'Espaigne si vault pis qu'uns Juïfs ; Et vous le savez bien, si le dittes envis, ib. 10012.

XVe s. Quand les nouvelles vinrent en l'ost que nul ne savoit à dire que le comte d'Armagnac estoit devenu, si furent tout esbahis, et ne savoient que dire ni que penser, Froissart, III, IV, 20. Routes [bandes] de Bretons qui prenoient et pilloient quant ils trouvoient, et rien ne savoient que c'estoit de payer, Froissart, II, III, 18. Il leur dit qu'il savoit tout le pays et connoissoit, Froissart, I, I, 133. Si ils sevent un chemin, j'en sçais bien un autre, Froissart, I, I, 139. Je suis de tous maulx bien garny, Autant que nul qui soit en France, Dieu scet en quel mauvais party, Orléans, Ball. 22. Ils avoient envoyé leurs messaigiers… pour annoncer et faire savoir la venue du mareschal, Bouciq. II, 19. Sartan, dessus ma leauté Vous jur que mal ne vous feray, Ne pis pour ce ne vous voudray : Dites ce que vous en savez, Nativité de N. S. J. C. Mystère. Legier semblez-vous vrayment ; Je vous retien mon mesagier. Maistre Sartan, sanz plus targier, Envoiez-le où vous savez, ib. J'ay escript et mis par memoire… le plus près de la verité que j'ay peu et sceu avoir souvenance, Commines, Prol. Et à moy est presque estrange que une personne sage sceust estre [pût être] ingrate de grant benefice, Commines, II, 3. La moitié de l'Europe ne l'eust sceu contenter [tant il était ambitieux], Commines, III, 3. À ce qu'il entreprenoit, il y pourvoyoit si bien, que à grant peine eust-il sceu faillir à estre le plus fort, Commines, II, 10. Fait Dieu grant grace à ung prince quant il sçait bien et mal, Commines, I, 10. C'est la femme que je sache qui plus se haste de s'en venir [des fêtes] quant elle y est, Les 15 joyes de mariage, p. 18. Au long aller fault que tout soit sceu, ib. p. 56. Ce roi et cette reine que vous querez sont par adventure mors ou tant anciens que deduyt n'est de les veoir. Haa, madame, dist Ourseau, vous sçavez mieulx que vous ne dites, Perceforest, t. IV, f° 141.

XVIe s. Nous savons bien de nostre vocation, mais de nostre election nous en sommes incertains, Calvin, Inst. 780. Et fut conclud que on envoyeroit quelque homme prudent devers Pichrocholle, sçavoir pourquoy…, Rabelais, Garg. I, 28. Phaeton, ne sçavant ensuyvre la line ecliptique…, Rabelais, Pant. II, 2. Le livre n'est encores imprimé, que je sçaiche, ib. II, 15. J'en sçay qui…, Montaigne, I, 29. Le sçavoir mourir nous affranchit de…, Montaigne, I, 77. Sans nostre sceu, Montaigne, I, 97. Je vouldrois que chascun escrivist ce qu'il sçait, et autant qu'il en sçait, Montaigne, I, 234. Savoir de certaine science que…, Montaigne, I, 203. Ces vers ont je ne sçay quoi de plus vif, Montaigne, I, 222. L'ignorance qui se sçait, et qui se condamne, Montaigne, II, 230. On y trouva des nations n'ayant, que nous sçachons, ouï nouvelles de nous, Montaigne, II, 334. On ne peut contraindre celuy qui sçait mourir, D'Aubigné, Conf. II, 7. Je ne saiche en ma vie l'avoir offensé, Carloix, IV, 3. Aussi osé-je dire que je ne sache homme si chatouilleux, qui ne…, Paré, Dédicace au lecteur. Je ne sache homme si peu versé en astrologie qui…, Paré, IX, 2e disc. C'est bien le tiltre le plus auguste qui sçauroit estre donné à un monarque souverain, Amyot, Épît. Au demourant, qu'il ait esté en Afrique et en Espagne, et jusques aux Indes, je ne sache personne qui l'ait escrit, Amyot, Lyc. 6. Assez sçait qui sçait vivre et se taire, Cotgrave Il ne sçait rien qui ne va par villes, Cotgrave Il ne sçait rien qui ne veut bien faire, Cotgrave De vos beautés sçav'ous que j'en dirois, Du Bellay, J. p. 364, dans LACURNE. (sçav'ous, pour savez-vous, abréviation qui s'était produite au XVIe siècle).

ÉTYMOLOGIE

Bourguig. sçaivoi ; wallon, saveur ; provenç. saber, saper ; espagn. et portug. saber ; ital. savere, sapere ; du lat. sap(re (avec changement d'accent, sapere), avoir de la saveur, avoir le goût bon, et fig. Être sage, judicieux, savoir connaître. C'est par une fausse étymologie qu'on s'est mis au XVe et au XVIe siècles à écrire sçavoir, comme si le mot venait du latin scire.