« rien », définition dans le dictionnaire Littré

rien

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

rien

(riin) s. m. indéterminé

Résumé

  • 1° Quelque chose.
  • 2° Avec la négation ne, nulle chose.
  • 3° N'être rien. N'être de rien.
  • 4° De rien, avec ne, nullement.
  • 5° Ne rien faire. N'avoir rien. Ne rien dire.
  • 6° Cela ne fait rien.
  • 7° Ne faire semblant de rien.
  • 8° Ne compter pour rien.
  • 9° Il n'en est rien.
  • 10° Ne savoir rien de rien.
  • 11° Rien se dit quelquefois des personnes.
  • 12° Ne… rien que, uniquement, seulement.
  • 13° Ne… rien moins que. Ne… rien de moins.
  • 14° Rien suivi d'un adjectif, dont il est séparé par de.
  • 15° Rien sans la négative se disant pour nulle chose.
  • 16° De rien, après un substantif, marque la petitesse, le peu de valeur.
  • 17° Rien que cela.
  • 18° Il signifie quelquefois par exagération, peu de chose. Si peu que rien.
  • 19° Rien peut être représenté par le pronom il.
  • 20° S. m. déterminé. Néant, nullité.
  • 21° Peu de chose.
  • 22° Au plur. Bagatelles, choses de peu d'importance.
  • 23° Rien pris adverbialement.
  • 24° En rien, nullement.
  • 25° En moins de rien.
  • 26° Comme si de rien n'était.
  • 1Quelque chose (sens étymologique, sens propre, qui a été longtemps le sens essentiel et qui est encore conservé). En tous les bienfaits d'importance, la preuve ne peut avoir de lieu ; car il n'y a bien souvent que deux qui en sachent rien, Malherbe, le Traité des bienf. de Sénèque, III, 10. Et si rien à présent peut troubler son bonheur, C'est de te voir pour lui répandre tant de larmes, Racan, Stances, Conseils à M. de Bellegarde. Je vous envoie des vers que je fis il y a trois ans… faites-moi l'honneur, s'il vous plaît, de me mander si c'est rien qui vaille, Voiture, Lett. 196. Cependant plus j'y songe, et plus je m'examine, Moins je trouve, seigneur, à me reprocher rien, Corneille, Agésil. III, 1. Son nom fait tout pour lui sans qu'il en sache rien, Corneille, Sertor. I, 1. Je croirais vous trahir… Si je vous cachais rien des justes sentiments…, Corneille, Agés. V, 4. Tu n'as pas sujet de rien appréhender, Molière, l'Ét. V, 7. …Contre la coutume de France, qui ne veut pas qu'un gentilhomme sache rien faire, Molière, Sicil. 10. Pourquoi consentiez-vous à rien prendre de lui ? Molière, Tart. V, 7. Allez demander aux médecins s'il y a rien de plus préjudiciable à l'homme que de manger avec excès, Molière, l'Av. III, 5. Il faut que Mme la maréchale ait renoncé à louer jamais rien, puisqu'elle ne loue pas cette pièce, Sévigné, 519. À Dieu ne plaise que je diminue rien par mon discours d'un mérite aussi rare que celui-là ! Bourdaloue, Orais fun. de Condé, 1.

    C'est en vertu de cette signification que l'on construit quelquefois ne… pas, avec rien. On ne veut pas rien faire ici qui vous déplaise, Racine, Plaid. II, 6.

    Autrement on ne construit pas ne… pas, avec rien ; construction qui est blâmée dans ces vers de Molière. Martine : Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien. - Bélise : De pas mis avec rien tu fais la récidive, Et c'est, comme on t'a dit, trop d'une négative, Molière, Fem. sav. II, 6.

  • 2Avec la particule négative ne, rien signifie nulle chose. Ne crois rien précieux, ne crois rien admirable, Rien noble, rien enfin dans la solidité, Que ce qui doit aller jusqu'à l'éternité, Corneille, Imit. III, 4. Voulez-vous que moi, chien, qui n'ai rien à la chose, Sans aucun intérêt je perde le repos ? La Fontaine, Fabl. XI, 3. Il y a cinq ou six petits mots qui ne valent rien du tout, et qui sont d'un homme qui ne sait pas le monde, Sévigné, 89. Un homme [Cromwell] …qui ne laissait rien à la fortune de ce qu'il pouvait lui ôter par conseil et par prévoyance, Bossuet, Reine d'Anglet. Non, mes frères, les Philistins défaits et les ours même déchirés de ses mains [de David] ne sont rien en comparaison de sa grandeur qu'il a domptée, Bossuet, Mar.-Thér. Tout à coup on voit arriver le moment fatal où la terre n'a plus rien pour elle [la reine] que des pleurs, Bossuet, ib. Je dois vous représenter aujourd'hui un magistrat qui n'a rien ignoré, ni rien négligé dans son ministère, Fléchier, Lamoignon. Remords, crainte, périls, rien ne m'a retenue, Racine, Brit. IV, 2. Il ne faut rien pour gâter les plaisirs : ce sont des lits de roses, où il est bien difficile que toutes les feuilles se tiennent étendues, et qu'aucune ne se plie, Fontenelle, Dial. 2, Morts anc. La mesure de bonheur qui nous a été donnée est assez petite, il n'en faut rien perdre, Fontenelle, Mond. 4e soir. Rien n'est si beau à voir que l'Égypte dans deux saisons de l'année, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 44, dans POUGENS. N'ayant rien fait pour nous, il n'a rien mérité, Voltaire, Mér. I, 3. L'axiome : Rien ne vient de rien, a été le fondement de toute philosophie, Voltaire, Dict. phil. Génération. Dumarsais, disait un riche avare, est un fort honnête homme ; il y a quarante ans qu'il est mon ami, il est pauvre, et il ne m'a jamais rien demandé, D'Alembert, Éloges, Dumarsais.

    Que rien plus, ellipse pour : que rien ne l'est plus. Ils soutiennent qu'un tel repentir [sincère, à l'article de la mort] est si rare que rien plus, Anal. de Bayle, t. III, p. 282.

    Cela ne ressemble à rien, se dit d'une chose inconvenante, mal faite. Vous avez bien raison de dire que dans ce siècle il y a des choses qui ne ressemblent à rien, et beaucoup de riens qu'on voudrait faire ressembler à des choses, Voltaire, Lett. de l'Élect. palatin à Volt. 23 oct. 1758.

    Fig. On ne fait rien de rien, on ne saurait réussir en quoi que ce soit, si on n'a quelques moyens, quelques ressources pour y parvenir.

    Cette affaire ne tient à rien, presque rien n'empêche qu'elle ne se fasse.

    Il ne tint à rien qu'il ne fît telle chose, il ne s'en fallut presque rien qu'il ne la fît.

    C'est un homme qui ne met rien contre lui, c'est un homme très circonspect dans ses actes ou dans ses discours.

  • 3N'être rien, n'occuper aucun emploi, aucune position. Il comptait pour beaucoup cet avantage si peu recherché de n'être rien, Fontenelle, Reyneau. Vous épousez une personne qui n'est rien, et qui n'a rien, Marivaux, Marianne, part. 8. Je vois s'accomplir cette prédiction que me fit autrefois mon père : tu ne seras jamais rien, Courier, Lett. à l'Acad. des inscriptions.

    N'être rien, n'être d'aucun prix, d'aucune valeur, d'aucun intérêt, n'être compté pour rien. Un simple soldat qu'on emportait fort blessé, comme on le plaignait en le voyant tout couvert de sang : ce n'est rien, dit-il, le régiment a fait son devoir, Pellisson, Lett. hist. t. I, p. 330. Je ne suis pas de ceux qui disent : ce n'est rien, C'est une femme qui se noie, La Fontaine, Fabl. III, 10. Le concile d'Éphèse ne leur est plus rien [aux calvinistes], Bossuet, 1er avert. 19. Les maux d'autrui ne sont rien à nos yeux, Massillon, Avent, Afflict. Mes bons amis, et bien boire et bien rire N'est rien encor sans les amours, Béranger, Mes chev.

    Cet homme ne m'est rien, n'est pas mon parent. Il [un pauvre diable] descend de Pierre Corneille, en droite ligne, et Mlle Corneille, à la rigueur, n'est rien à Pierre Corneille, Voltaire, Lett. d'Argental, 9 mars 1763.

    N'être de rien à quelqu'un, ne l'intéresser en aucune façon. Le beau temps ne vous est de rien, vous y êtes trop accoutumée, Sévigné, 10 nov. 1675. [à vous calvinistes, qui pactisez avec les luthériens] on voit bien que la sainte table ne vous est de rien, Bossuet, 2e avert. 23. Sans compter que nous ne vous sommes de rien, ni vous de rien à nous, Marivaux, Marianne, part. 3. Cette affaire [de Sirven] agite toute mon âme : les tragédies, les comédies ne me sont plus de rien, Voltaire, Lett. d'Argental, 10 févr. 1766.

    N'être de rien, n'appartenir à rien. Les morts ne sont plus de rien, ils n'ont plus de part à la société humaine, Bossuet, Panég. St Franç. de Paule, 1.

  • 4De rien avec ne, nullement. Elle ne peut de rien profiter ni aussi de rien nuire, Descartes, Diopt. 9. Il ne sera pas dit que je ne serve de rien dans cette affaire-là, Molière, Sicil. 10. Mon indulgence ne servirait de rien, il faut qu'elle [la demande en grâce] soit signée de trois autres de mes confrères, Voltaire, Zadig, 13.

    De rien, se dit absolument et populairement, pour : ce n'en vaut pas la peine. Je vous remercie du coup de main que vous m'avez donné.- De rien.

  • 5Ne rien faire, demeurer dans l'oisiveté, le repos. Quant à son temps, bien le sut dispenser : Deux parts en fit, dont il soulait passer L'une à dormir et l'autre à ne rien faire, La Fontaine, Épitaphe.

    Avec ellipse de ne. Passer… La nuit à bien dormir et le jour à rien faire, Boileau, Sat. II. L'homme… Et formé pour agir se plaisait à rien faire, Voltaire, Disc. 6.

    Ne rien faire, n'avoir aucun emploi.

    Il ne fait plus rien, il n'a plus d'emploi.

    N'avoir rien, être sans fortune. Vous n'avez rien ; vous trouvez un établissement le plus avantageux et le plus brillant, Genlis, Théât d'éduc. Bonne mère, II, 5.

    Ne rien dire, garder le silence, se taire.

    Ne rien dire signifie aussi dire des choses qui ne sont que du bavardage. Celle qui toujours parle et ne dit jamais rien, Boileau, Sat. X.

    Ne parler de rien, garder le silence sur un objet qu'on a sur le cœur, ou qui préoccupe, ou qui importe. Mme de S*** ne me parla de rien ; mais elle me reçut avec une froideur qui me fit assez connaître son juste ressentiment, Genlis, Mères riv. t. II, p. 111, dans POUGENS.

    Fig. Ne rien dire, avec un nom de chose pour sujet, ne pas agréer, ne pas intéresser. Cela ne me dit rien.

  • 6 Familièrement. Cela ne fait rien, est de peu d'importance. Cela ne me fait rien. Deux ou trois pages qui ne font rien à la question, Bossuet, 3e Avert. 31.

    On dit dans le même sens : cela me fait moins que rien.

  • 7Ne faire semblant de rien, se comporter comme si on ignorait, comme si on ne s'intéressait pas à. Ne faites pas semblant de rien, et me laissez faire tous deux, Molière, G. Dand. II, 10.

    Avec ellipse de ne. Pour moi je vais faire semblant de rien, Molière, G. Dand. I, 2.

  • 8Ne compter pour rien, n'avoir aucun égard à, ne faire aucun cas de. Vous ne comptez pour rien les pleurs de Bérénice, Racine, Bér. IV, 5. Tout le reste de la terre n'est compté pour rien, Massillon, Carême, Enfant prod. Avec ellipse de ne. À ces mauvaises dispositions introduites dans les esprits par la réforme, ajoutons l'autorité de l'Église méprisée, la succession des pasteurs comptée pour rien, Bossuet, Var. X. Il compte même pour rien la réputation, Fénelon, Tél. X. Et comptez-vous pour rien Dieu qui combat pour nous ? Racine, Athal. I, 1.

    On dit aussi : ne compter à rien, ne compter rien. Je ne vous compte à rien le nom de mon époux, Corneille, Poly. IV, 3. Moi qui ne compte rien ni le vin ni la chère, Si l'on n'est plus au large assis en un festin Qu'aux sermons de Cassagne ou de l'abbé Cotin, Boileau, Sat. III.

  • 9Il n'en est rien, la chose dont il s'agit n'existe pas. S'il y avait un homme alors auprès duquel la philosophie d'Eusèbe devait réussir, c'était l'empereur Julien ; cependant il n'en fut rien, Diderot, Opin. des anc. phil. (Éclectisme).

    Il n'y a rien que… il y a peu de temps que… Il n'y a rien qu'il était ici.

  • 10 Familièrement. Ne savoir rien de rien, ne savoir absolument rien. Ver-vert, c'était le nom du personnage, Transplanté là de l'indien rivage, Fut, jeune encor, ne sachant rien de rien, Au susdit cloître enfermé pour son bien, Gresset, Ver-vert, ch. I. J'eus la bêtise de dire à M. Montaigu, qui ne savait rien de rien, ce que j'avais fait, Rousseau, Conf. VII.

    Ne dire rien de rien, ne dire rien du fait principal ni des circonstances qui s'y rapportent.

  • 11Rien se dit quelquefois des personnes. Oui, je deviens tout autre avec son entretien [de Tartufe], Il m'enseigne à n'avoir affection pour rien, Et je verrais mourir frère, enfant, mère et femme…, Molière, Tart. I, 6. C'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde, Molière, Mis. I, 1.
  • 12Ne… rien que, uniquement, seulement. Il [le dauphin] s'aperçoit qu'il n'a tiré Du fond des eaux rien qu'une bête, La Fontaine, Fabl. IV, 7. L'artisan exprima si bien Le caractère de l'idole, Qu'on trouva qu'il ne manquait rien à Jupiter que la parole, La Fontaine, ib. IX, 6. Et plusieurs qui tantôt ont appris mon martyre, Bien loin d'y prendre part, n'en ont rien fait que rire, Molière, Sgan. 16. Monsieur, vous n'avez rien qu'à dire, Je mentirai si vous voulez, Molière, Amph. II, 1. Ce qu'il avait vu arriver à tant de sages vieillards, qui semblaient n'être plus rien que leur ombre propre, le rendait continuellement attentif à lui-même, Bossuet, le Tellier. Sans rien prétendre Que quelque heure à me voir…, Racine, Bér. II, 2.

    Elliptiquement, rien que, en ne faisant que, en ne comptant que. Rien que d'y penser, je gage Qu'il meurt presque en ce moment, Béranger, Billet d'enterr. Il [notre siècle] les domine tous [les siècles], rien que par ses tombeaux, Hugo, Odes, III, 5. On l'eût pris pour un capitaine, Rien qu'à voir sa mine hautaine, Hugo, la Fiancée du timbalier.

  • 13Ne… rien moins que, locution qui signifie nullement. Ma comédie n'est rien moins que ce qu'on veut qu'elle soit, Molière, 1er plac. au roi. Un pédant qu'à tout coup votre femme apostrophe Du nom de bel esprit et de grand philosophe, D'homme qu'en vers galants jamais on n'égala, Et qui n'est, comme on sait, rien moins que tout cela ! Molière, F. sav. II, 9. Aujourd'hui des troupes de femmes, faisant profession de piété et conduites par un directeur qui certainement n'est rien moins que saint Augustin…, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 352. Je sais que vous n'avez trouvé rien moins que ce que vous espériez dans la situation où vous êtes, Staal, Mém. t. I, p. 229. Il arrive souvent [en changeant quelque chose au livre d'un autre] qu'on s'écarte du sujet, et qu'on ne fait rien moins que le perfectionner, Mém. de Trévoux, 1725, t. I, p. 110. Croyez-moi, Rousseau n'est rien moins qu'un méchant homme, Marmontel, Mém. VIII.

    Absolument. Un jour que je ne pensais à rien moins, on vint me chercher de la part du comte de la Roque, Rousseau, Conf. III.

    Elliptiquement. Vous a-t-il fait dire des choses impertinentes [Virgile, dans l'Énéide] ? - Rien moins… j'y dis de très belles choses, Fontenelle, Didon, Stratonice.

    Ne… rien moins, se dit quelquefois pour rien moindre, et prend alors un sens affirmatif signifiant que l'objet dont il s'agit n'est pas moindre que. Ces riches vêtements dont le baptême les a revêtus ; vêtements qui ne sont rien moins que Jésus-Christ même, selon ce que dit l'apôtre, Bossuet, Mar.-Thér. Quand Dieu… choisit une personne d'un si grand éclat pour être l'objet de son éternelle miséricorde, il ne se propose rien moins que d'instruire tout l'univers, Bossuet, Anne de Gonz.

    Ne… rien de moins, locution qui signifie rien de moindre. Le parti [les protestants] n'eut pas plus tôt senti ses forces, qu'on n'y médita rien de moins que de partager l'autorité, Bossuet, 5e avert. 5. Une indifférence, qui, selon M. Jurieu, ne tend à rien de moins qu'à renverser le christianisme, Bossuet, 6e avert. III, 9. Il ne faut rien de moins dans les cours qu'une vraie et naïve impudence pour réussir, La Bruyère, VIII.

  • 14Quand rien est suivi d'un adjectif, on les sépare par la préposition de. Rien de fâcheux n'est arrivé. Il ne se fait rien d'utile. Il n'est rien de tel que de se bien porter.

    On supprime quelquefois de dans le style archaïque et dans le style poétique. Et n'ayant rien si cher que ton obéissance…, Malherbe, II, 1. Seigneur, réglez si bien ce violent courroux, Qu'il n'en échappe rien trop indigne de vous, Corneille, Théod. IV, 5. Il n'est rien tel en ce monde que de se contenter, Molière, D. Juan, I, 2. Il n'est rien tel que les jésuites, Pascal, Prov. IV. Il n'est rien tel que d'être à son aise, Hamilton, Gramm. 9.

  • 15 Par abus, rien, sans la négative ne, se dit pour nulle chose. Tout ou rien. Rien du tout. Dieu a créé le monde de rien. Le roi et ceux qui l'accompagnaient admirèrent le courage de ce jeune homme, qui considérait comme rien les plus grands tourments, Sacy, Bible, Machab. II, VII, 12. Qu'appelles-tu sur rien, dis ? - J'appelle sur rien Ce qui sur rien s'appelle en vers ainsi qu'en prose ; Et rien, comme tu le sais bien, Veut dire rien ou peu de chose, Molière, Amph. II, 3. Et sa morale faite à mépriser le bien Sur l'aigreur de sa bile opère comme rien, Molière, F. sav. II, 9. Laissez faire ; ils ne sont pas au bout ; J'y vendrai ma chemise, et je veux rien ou tout, Racine, Plaid. I, 7. Quoi, dira-t-on, aimer sans plaire ? Oui, n'est-ce donc rien que d'aimer ? Lamotte, Odes, t. I, p. 220, dans POUGENS. Encore une fois, le testament qu'elle a fait pour moi et rien, c'est la même chose, Marivaux, Marianne, part 10. Il n'y a personne d'assez hardi pour dire que les choses retourneront à rien ; comment peut-on être assez hardi pour dire qu'elles viennent de rien ? Voltaire, Dict. phil Newt. I, 1.

    Par exagération. Si peu que rien, pas plus gros que rien, moins que rien, extrêmement peu, très petit. Donnez-m'en si peu que rien. Il me semble que je vais vous rendre mille petits services, pas plus gros que rien, Sévigné, 15 oct. 1677. Ariste veut me voir pour moins que rien peut-être, Picard, Médiocre et rampant, III, 8.

    Dans une réponse, rien se dit pour nulle chose. Que vous a-t-il donné ? rien.

    Pour rien, gratuitement, sans payer. Je veux une compagnie de cavalerie pour rien, Voltaire, l'Ingénu, 9.

    Fig. Pour rien, sans s'en ressentir. Pigeon n'aime que trop bien, N'étant pas, comme on peut croire, L'oiseau de Vénus pour rien, Piron, Fables. Ce roi [Frédéric II] a aussi les siens [préjugés] qu'il faut lui pardonner ; on n'est pas roi pour rien, Voltaire, Lett. d'Alemb. 11 juin 1770.

    Réduire à rien, anéantir. Seigneur, tu te moqueras d'elles [des nations], et tu les réduiras à rien, Voltaire, Philos. Déf. mil. Bolingbr. 44.

    Cela s'est réduit à rien, il n'en est presque rien resté ; se dit aussi d'une affaire dont on se promettait un grand succès et qui n'en a eu aucun.

    On dit dans un sens analogue : venir, devenir, aller à rien. Ce grand voyage de M. le Prince et de M. de Turenne, pour aller dégager M. de Luxembourg, est devenu à rien, Sévigné, 182. Ma terre de Bourbilly est quasi devenue à rien par le rabais et par le peu de débit des blés et autres grains, Sévigné, 31 mai 1687. Cette ressemblance devient à rien, Sévigné, 585. [L'abbé d'Auvergne] C'était un fort gros homme, qui vint à rien avant qu'être arrêté dans sa chambre, Saint-Simon, 188, 4.

  • 16De rien, après un substantif, marque la petitesse, le peu de valeur, le peu d'importance, etc. Elle a dans la tête une philosophie Qui déclare la guerre au conjugal lien, Et vous traite l'amour de déité de rien, Molière, Princ. d'Él. I, 2. Un précipice caché derrière une petite haie de rien, Sévigné, 18 oct. 1688. Louvois tire de son côté une petite épée de rien qu'il portait, en présente la garde au roi, Saint-Simon, 407, 91.

    Cet homme est venu de rien, s'est élevé de rien, il est venu d'une basse condition. Il s'était élevé de rien à une fortune considérable, Hamilton, Gramm. 6.

    Dans le même sens : un homme de rien. Vous n'êtes pas homme de rien, Ou ma foi je me trompe bien, Scarron, Virg. I. Puis se marie, épouse une fille de rien, Dont le moindre défaut fut de naître sans bien, Collin D'Harleville, Vieux célib. IV, 11. Chardon de la Rochette… paysan comme moi malgré ce nom pompeux, n'ayant que du savoir, de la probité, des mœurs, enfin un homme de rien, Courier, Lettre à l'Académie.

  • 17 Familièrement. Rien que cela, se dit, par antiphrase, pour exprimer quelque chose qui excite l'attention, la surprise. Le roi a dit d'un certain homme, dont vous aimiez assez l'absence cet hiver, qu'il n'avait ni cœur, ni esprit, rien que cela, Sévigné, 206.
  • 18Rien signifie quelquefois, par exagération, peu de chose. Il a eu cette maison pour rien. Il mange très peu, il vit de rien. Il se fâche de rien. Et qu'avez-vous donné pour tout cela ? fort bien ; Un peu de votre amour ? mais vraiment c'est pour rien, Hugo, Hernani, III, 4.
  • 19Rien, quoique nom indéterminé, peut être représenté par le pronom il. Je suis persuadé, selon la doctrine du Seigneur Jésus, que rien n'est impur de soi-même, et qu'il n'est impur qu'à celui qui le croit impur, Sacy, Bible, St Paul, Ép. aux Rom. XIV, 14. Quel malheur plus grand que de ne plus rien voir tel qu'il est ? Buffon, Nature des anim.
  • 20S. m. déterminé. Néant, nullité. Un rien s'assemble mal avec un autre rien, Corneille, l'Illus. com. III, 6 (1re édit.) . Quand il lui plut [à Dieu] vous donner l'être, Le rien fut sa matière, et l'ouvrier sa voix, Corneille, Trad. du ps. CLVIII. Tout ce qui n'est pas corps leur paraît un rien, Bossuet, Connaiss. V, 6. Que peut rechercher un rien comme moi, que des biens proportionnés au peu qu'il est ? Bossuet, 4e sermon, Pâques, I. Le Mercure Galant est immédiatement au-dessous du rien, La Bruyère, I. Sans sortir de mon indolence, Je reconnais tous les travers De ce rien qu'on nomme science, Bernis, Épît. VII, à mes dieux pén. Herschell se demande si la matière qui constitue les queues des comètes ne se réduirait pas à quelques livres ou même à quelques onces ; M. Babinet a exprimé une idée analogue en disant que les comètes sont des riens visibles, Guillemin, dans Presse scientifique, t. I, p. 138.

    Terme de mystiques. Se plonger dans son rien, ne produire aucun désir, Bossuet, Instr. sur les ét. d'orais. III, 2.

  • 21Peu de chose. Un songe, un rien, tout lui [à l'ami] fait peur, Quand il s'agit de ce qu'il aime, La Fontaine, Fabl. VIII, 11. Voilà d'étranges présents, un ruban, une ceinture, un petit pigeon, une ombre, un souffle, un rien ; c'est le denier de la veuve, Sévigné, 511. Je ne suis rien ; mais ce rien après tout, c'est ce que j'ai de plus cher, puisque c'est moi-même, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 419. Il engagea ce rien [le peu qu'il possédait] pour chercher la fortune, Boileau, Sat. I. Une terreur panique, un rien vous arrache la victoire, Fénelon, Tél. XI. C'est un rien [une correction dans l'Écossaise] ; mais rien, c'est beaucoup, Voltaire, Lett. d'Argental, 9 juill. 1760. Un rien peut la retenir comme un rien l'entraîner, Staël, Corinne, XVII, 9. Ah ! pour un rien, Nous laisserions finir le monde, Si nos femmes le voulaient bien, Béranger, âge futur.

    En un rien, en un instant. Et changeant en un rien sa colère en furie, Régnier, Sat. X.

  • 22 S. m. pl. Bagatelles, choses de peu d'importance. Je ne veux point vous écrire davantage aujourd'hui… je n'ai que des riens à vous mander, Sévigné, 89. Voilà ce qui s'appelle causer et dire des riens, Sévigné, 504. J'admire quelquefois les riens que ma plume veut dire ; je ne la contrarie point, Sévigné, 4 mars 1672. À quoi bon mettre au jour tous ces discours frivoles, Et ces riens enfermés dans de grandes paroles ? Boileau, Sat. IX. Écrivez-moi les moindres détails, des riens : mon amitié pour vous en fera des choses, Maintenon, Lett. à d'Aubigné, 11 mai 1677. Comme des enfants… dont les haines et les animosités puériles ne roulent que sur des riens, Massillon, Carême, Pardon. Tous ces aimables riens qu'on nomme amusement, Boissy, Deh. tromp. II, 10. Je retourne à mes riens que tu nommes frivoles, Chénier, Élégie VIII.

    Au singulier. La bagatelle, la science, Les chimères, le rien, tout est bon ; je soutiens Qu'il faut de tout aux entretiens, La Fontaine, Fabl. X, 1.

  • 23Rien pris adverbialement, en rien, nullement ; emploi qui n'est plus usité. Mais tout ce que je fais ne me profite rien, Racan, les Berg. II, 1. Allons, vous dis-je, il n'y a rien à balancer, Molière, G. D. I, 8.
  • 24En rien, loc. adv. En quelque chose. Je le dis à regret ; excusez-moi, mesdames, De vous fâcher en rien…, Boissy, Babillard, SC. 4.

    Avec ne, nullement. Ce qui glace mes sens ne vous émeut en rien, Lemercier, Fréd. et Br. V, 1.

  • 25En moins de rien, loc. adv. Très promptement. Ma joie en moins d'un rien comme un éclair s'enfuit, Régnier, Sat. X. Comme elle était jeune, belle et adroite, en moins de rien elle gouverna absolument le roi, et, bientôt après, tout le royaume, Voiture, Œuv. t. II, p. 277. En vit-on jamais un [sort] dont les rudes traverses Prissent en moins de rien tant de faces diverses ? Corneille, Hor. IV, 4. En moins de rien les deux dames furent grandes camarades, Scarron, Rom. com. I, 4. Mille caquets divers s'y font en moins de rien, Molière, Tart. I, 1.
  • 26Comme si de rien n'était, comme si la chose n'était pas arrivée. Tout d'un coup on lui vient dire qu'il verra clair, et que ses pauvres yeux que la fluxion avait mis hors de la tête y étaient rentrés heureusement, comme si de rien n'était, Sévigné, 6. J'attends du chaud la liberté de mes mains ; elles me servent quasi comme si de rien n'était, Sévigné, 286. Cependant [pendant les exécutions de Lalli, Sirven, Calas, etc.] les Français dansent comme si de rien n'était, Voltaire, Lett. d'Argental, 30 août 1769.

PROVERBES

On ne fait rien pour rien, l'intérêt personnel se mêle presque toujours dans les services rendus. Rien pour rien en tous lieux est une loi suivie, Les mains vides sont sans appas, Quinault, Alceste, IV, 1.

Qui ne risque rien n'a rien.

Qui prouve trop ne prouve rien.

Il fait de cent sols quatre livres, et de quatre livres rien, se dit d'un mauvais ménager.

Ce que vous dites et rien, c'est tout un, c'est la même chose, ce sont des paroles inutiles, qui ne prouvent rien.

REMARQUE

1. Le sens étymologique et propre de rien est chose.

2. Avec la négation ne, rien niant toute chose, équivaut au latin nihil.

3. De cet emploi presque continu vient le sens de chose très petite : des riens, un rien.

4. De là l'inutilité d'un autre mot comme pas, point, pour déterminer la négation ; voy. plus haut, n° 1, le vers de Molière.

5. De là aussi, dans le style négligé et dans des phrases très communes, l'emploi de rien avec le sens négatif, sans ne ; emploi qui est presque toujours mauvais dans le style élevé, par exemple : Le général La Romana avait beaucoup promis, et presque rien fait, Thiers, Hist. de l'Emp. XX.

6. Le Dictionnaire de l'Académie conseille d'éviter la locution rien moins, attendu qu'elle prête à l'amphibologie, signifiant tantôt en aucune façon, et tantôt au contraire rien de moindre. Il est vrai que l'Académie elle-même et plusieurs auteurs, parmi lesquels Bossuet, donnent quelquefois à rien moins le sens de rien de moins, de rien moindre. Il n'est rien moins que sage, veut dire proprement : il n'est aucune chose moins que sage, en d'autres termes : de toutes les choses qu'il est, celle qu'il est le moins c'est sage. Cette locution est essentiellement négative, et ne peut pas être autre chose. Rien moins ne peut pas dire chose moindre, pas plus que rien plus ne veut dire dit chose plus grande. Il paraît donc qu'il faut dans tous les cas conserver à rien moins sa signification négative ; et, quand on voudra le sens positif, on emploiera rien moindre ou rien de moins.

HISTORIQUE

XIIe s. Quant jà por riens qui soit née N'oublierai ceste honor D'amer toute la meillor, Couci, I. Las ! Pourquoi l'ai de mes euz [yeux] regardée, La douce rien qui fausse amie a nom ? ib. VI. Et s'il est riens qui m'en puisse partir, ib. VIII. Car riens, fors moi, ne porroit endurer Les grans travaus que j'ai por li [la] servir, ib. X. Voir, il n'est riens dont je soie en tristour, ib. XVII. Par ço les voil partut à raisun maintenir ; Ne jà pur nule rien ne m'en verrez flechir, Th. le mart. 27. N'a baron en la court qui de rien l'en desdie, Sax. XXXII.

XIIIe s. Chanter m'esteut, que m'en est pris courage, Non pas pour ce que d'amours me soit rien, Quesnes, Romancero, p. 85. Se j'onques fis rien que vous voulsissiez…, ib. LE ROI JEAN DE BRIENNE, p. 141. Quant la saison du douz temps s'asseüre… Que toute riens à sa douce nature Vient et retrait…, Anonyme, dans Couci, p. 125. De riens que commandez, ne serez jà desdite, Berte, LIV. Et pour rien qui aviegne, ne soit son lit guerpis, ib. LXXV. Fisicien [les médecins] me dient que la clarté m'empire… nule riens ne m'est pire, ib. LXXXVIII. Pour savoir se de Berte seroit riens retrouvée, ib. CIV. …Et vous plus l'honorez Qu'ainçois ne faisiez, se vous de rien m'aimez, ib. CXXI. Joieusement [ils] chevauchent, n'est riens qui les tourmente, ib. CXXXIV. Et por agencier le plus bel, Me sui porpensé d'une rien, Se vos loez que ce soit bien, Ren. 2526. En mai estoie, ce songoie, El tens amoureus plain de joie, El tens où tote riens s'esgaie, la Rose, 49. Se tu creins Dieu, si te creindront toutes les riens [choses] qui te verront, Joinville, 192. Et pource que elle n'en voult riens faire, Joinville, 202. Qui auques [quelque chose] a, si est amez ; Et qui n'a riens, s'est fols clamez ; Fols est clamez cil qui n'a rien, Rutebeuf, 226.

XIVe s. C'est la conclusion de cest chapitre que la partie ou puissance irraisonnable nuttritive ne appartient de rien as vertus, Oresme, Eth. 30.

XVe s. Il fut ordonné que on iroit mettre le siege devant le chastel de Gavre… mais il n'en fut rien ; je vous dirai pourquoi, Froissart, II, II, 232. Il y a un trop grand rien à repasser [pour s'en retourner], Froissart, II, II, 228. Là furent donnés et delivrés plus de cinq cents [blancs chaperons] et tous à compagnons qui trop plus aimoient cher la guerre que la paix ; car ils n'avoient rien que perdre, Froissart, II, II, 52. Et lui mandoit [le comte d'Ermignac] que il ne pouvoit venir, et que il ne lui en convenoit pas encore armer pour le pays de Berne, car il n'y avoit rien [rien n'était arrivé], Froissart, II, III, 12. Ernauton de Sainte-Colombe avoit un varlet qui regardoit la bataille ni point ne se combattoit, ni aussi on ne lui demandoit rien, Froissart, II, III, 9. Et [Louis Rambaut] ne cuidoit avoir nulle rencontre, et ne se doutoit en rien de Limousin ; c'estoit la mendre pensée que il eust, Froissart, II, III, 17. Messire Louis d'Espaigne et sa route gardoient si soigneusement le pas de la mer, que à trop grand'mesaise venoit rien en l'ost des Anglois, Froissart, I, I, 211. En memoire me vient que j'ay souvent à plusieurs ouy dire : je n'iroye pour riens soubz de pannon de tel, Al. Chart, Quadril. inv. Certes vous amez autre part, Et voy que vous ne m'amez rien, Deschamps, Poésies mss. f° 493. De riens ne servent pleurs, ne plains ; Tous mourrons, ou tart ou briefment, Orléans, Ball. 70. Si ne firent les dits Anglois semblant de riens, mais hastivement tournerent bride, Chastelain, Chr. du duc Philippe, I, 24. Et me venez requerir que j'escrive pour vous ! par la Pasque-Dieu saincte ! je n'en feray riens, Chastelain, ib. I, 60. En la saison que toute riens maine joye, et que bois et prés se revestent de fleurs et la terre verdoye, Bouciq. I, 13.

XVIe s. Tel est vestu d'habit monachal, qui on dedans n'est rien moins que moyne, Rabelais, Garg. I, Prol. Voyre, mais ilz prient Dieu pour nous. Rien moins, respondit Gargantua, Rabelais, ib. I, 40. Tout n'y servit de rien, Rabelais, Pant. II, 7. Ja long temps ha que nous sommes icy sans rien faire que despendre, Rabelais, ib. II, 10. Mon amy, voulez vous rien replicquer ? Rabelais, ib. II, 12. Ung guand, une aiguillette : peu de chose, rien d'importance, Rabelais, ib. III, 12. Dormez vous rien ? Rabelais, ib. V, 7. L'on a belle envie de sçavoir si vous avez riens faict, Marguerite de Navarre, Lett. 10. Je partiray lundy pour vous mercier de tant de paine que vous prenés pour riens, Marguerite de Navarre, ib. 54. Je n'en ouse faire bruit, de peur que ce ne soit riens, Marguerite de Navarre, ib. 57. Celuy qui peult, s'il luy plest, faire estre de riens quelque chose, et de glace feu ardent, Marguerite de Navarre, ib. 8. Puisqu'il vous plest vous en fier à nous, nous n'aurons regard à riens particulier, mais seulement à vostre service, Marguerite de Navarre, ib. 130. Il n'est rien plus sot que celui qui pense estre fin, ne rien plus sage que celui qui connaît son rien [néant], Marguerite de Navarre, Nouv. XXVIII. Mais je trouve que c'est outrance Que l'un a trop, et l'autre rien, Marot, II, 133. Ô viateur, pour t'abreger le compte, Ci gist un rien, là où tout triumpha, Marot, III, 262. Ce grand Dieu redoute, Qui fit tout de rien, Marot, IV, 272. Touchant rien, presque tous s'abusent à l'usage d'icelui mot, estimans ne signifier nulle chose que ce soit ; mais c'est tout le contraire ; car avec ce mot nous mettons toujours une négation ; ou nous l'entendons, comme si je demande, que fais-tu ? tu responds : rien ; mais la negation s'entend : je ne fay rien, R. Estienne, Gramm. franç. p. 127, dans LACURNE. Comme je ne voudrois user des deux autres [mots], aussi ne voudrois je dire sur toute rien ou sur tout rien, comme au premier livre d'Amadis : toutesfois il est bien deceu, car elle le hait sur tout rien ; je ne voudrois, dis-je, ainsi parler, encore que je sache bien que rien signifie autant que chose ; car je n'ay rien du monde, et je n'ay chose du monde valent autant l'un que l'autre, H. Estienne, De la précellence. La lecture des histoires ne scauroit que bien peu, ou rien du tout, servir à l'acquisition de prudence - Rien ne sert à devenir bon peintre, avoir ouy souvent parler de la peinture, Amyot, Préf. IX. Nous sommes icy à ne rien faire, Amyot, Cam. 43. Il feit chasser Hyperbolus qui ne se doubtoit de rien moins, Amyot, Alc. 20. Il estoit riche et en biens opulent, Mais pour cela de rien plus insolent, Amyot, Pélop. 6. Ilz ne vouloient rien moins qu'aller chocquer [ils ne voulaient pas…] de front les Romains à coups de main, Amyot, Crass. 40. Des mariniers qui ne sçavoient du tout rien, estoient patiemment escoutez, Amyot, Démosth. 10. Il jugea que c'estoit peu de chose et presque rien du tout, que de s'exerciter à bien dire…, Amyot, ib. Cela qui coule de ma playe est du vray sang, et non point, comme dit Homere : Une liqueur de rien, semblable à celle Qui flue aux dieux de nature immortelle, Amyot, Alex. 53. Ils ne sont rien moins que prestres, Calvin, Inst. 914. L'homme est reduit à neant, l'homme n'est rien ; mais comment n'est-il du tout rien, veu que Dieu le magnifie ? Calvin, ib. 441. Nous avons à penser que rien de ces choses n'advient, sinon par le vouloir et providence du Seigneur, Calvin, ib. 557. La louange du Seigneur ne doit estre empeschée par rien du monde, Calvin, ib. Quelle authorité a un message apporté par des femmes si effrayées que rien plus ? Calvin, ib. 794. Vistes vous jamais rien si confus ? Montaigne, I, 75. Il n'est rien si contraire à mon style que…, Montaigne, I, 103. Il n'y a rien de mal en la vie pour celuy…, Montaigne, I, 77. Les hazards et dangiers nous approchent peu ou rien de nostre fin, Montaigne, I, 78. Si peu que rien, Montaigne, I, 155. Je ne traicte à poinct nommé de rien que du rien, Montaigne, IV, 221. Il [La Boétie] n'avoit pensé à rien moins qu'à mettre au jour ces ouvrages, Montaigne, Lettre IX. Les semences de bien que la nature met en nous… s'abastardissent, se fondent et viennent en rien, La Boétie, Servit. volont. Il se trouva si surpris et esperdu, qu'il n'attendoit rien moins [rien de moins] sinon qu'on le vinst assieger, Sat. Mén. p. 133. Je ne puis assez blasmer la sotte arrogance et temerité d'aucuns de nostre nation, qui, n'estans rien moins que Grecz ou Latins, desprisent toutes choses escriptes en françois, Du Bellay, J. I, 3, verso. Brief, en toutes formes et manieres de vivre non moins louables que proufitables, nous ne sommes rien moins qu'eux [de rien inférieurs aux anciens], Du Bellay, J. I, 4, verso. La fortune amiable Est-ce pas moins que rien ? Du Bellay, J. II, 67, recto. Hé qu'est il rien que ce garçon [l'Amour] ne brule ? Ronsard, 116. Il estoit un grand fat d'aimer sans avoir rien, Ronsard, 124. Si je souhaite rien, vous estes mon souhait, Ronsard, 139. …Et que nostre fangeuse masse Si tost s'esvanouyt en rien, Qu'à grand'peine avons-nous l'espace De gouster la douceur du bien, Ronsard, 409. Et si je faux, au destin soit la faute, Et non à moy de rien ambitieux, Ronsard, 614. …Et si de mes labeurs qui honorent la France, Je ne remporte rien qu'un rien pour recompense, Ronsard, 703. …Qui fait que nostre vie est seulement un songe, Et que tous nos desseins se finissent en rien, Ronsard, 774. Il emporta en un rien le pris d'estre un très bon capitaine, Brantôme, Médicis. Rien n'a, qu'assez n'a, Cotgrave On ne fait de rien grasse poirée, Cotgrave Qui rien ne porte, rien ne lui chet, Cotgrave Qui ne sçait rien, de rien ne doute, Cotgrave

ÉTYMOLOGIE

Berry, rin ; bourguig. et bressan, ran ; wallon, rein ; provenç. re ; anc. catal. ren ; catal, mod. re, res ; du lat. rem, chose. Dans l'ancienne langue, riens est le nominatif singulier et rien le régime singulier ; au pluriel, riens est le régime.