« toucher », définition dans le dictionnaire Littré

toucher

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

toucher [1]

(tou-ché) v. a.

Résumé

  • 1° Sentir un objet avec la main.
  • 2° Se mettre en contact avec un objet, de quelque autre façon que ce soit.
  • 3° À l'escrime, atteindre du fleuret ou de l'épée.
  • 4° Éprouver sur la pierre de touche.
  • 5° En imprimerie, appliquer l'encre sur les formes.
  • 6° Frapper sur des animaux pour les faire marcher.
  • 7° Jouer de certains instruments de musique.
  • 8° Toucher l'aiguille d'un compas, la frotter sur une pierre d'aimant.
  • 9° En termes de marine, toucher une terre, toucher le vent.
  • 10° Recevoir, en parlant de sommes d'argent.
  • 11° Il se dit du contact d'objets inanimés.
  • 12° Être contigu.
  • 13° En peinture, poser et étendre les couleurs sur le tableau.
  • 14° Fig. Traiter, exprimer comme fait le peintre avec son pinceau.
  • 15° Fig. Parler d'une chose.
  • 16° Être sensible, douloureux, offensant.
  • 17° Toucher d'un sentiment, d'une passion.
  • 18° Faire impression.
  • 19° Emouvoir.
  • 20° Changer le cœur, en parlant de la grâce divine.
  • 21° Inspirer de l'amour.
  • 22° Concerner, regarder.
  • 23° Être parent, être de la même famille.
  • 24° S'approcher de, en parlant d'une époque vers laquelle on va.
  • 25° Toucher le but, y atteindre.
  • 26° V. n. Porter la main sur.
  • 27° Toucher de toute autre façon.
  • 28° Être en contact, avoir contact.
  • 29° Toucher dans la main à quelqu'un.
  • 30° En termes de marine, frapper de la quille ou du flanc sur un banc, sur une roche. Toucher à un port.
  • 31° Atteindre à.
  • 32° Toucher à quelque chose, en prendre, en ôter. Faire subir quelque peine.
  • 33° Apporter des modifications, des changements, des restrictions.
  • 34° S'attaquer à.
  • 35° Y toucher, avoir de la malice.
  • 36° Être limitrophe.
  • 37° Arriver à, en parlant d'un temps, d'une époque dont on approche.
  • 38° S'occuper de, avoir pour objet.
  • 39° Avoir de l'intérêt pour.
  • 40° Concerner, regarder.
  • 41° Toucher de naissance à quelqu'un, être lié avec lui par la parenté.
  • 42° V. réfl. Être contigu.
  • 43° Avoir des points de ressemblance.
  • 44° Se toucher d'affinité, être parents.
  • 45° Devenir touché, ému.
  • 1Sentir un objet avec la main. Toucher de la main, du doigt. Toucher doucement, légèrement. Ayant touché l'oreille de cet homme, il le guérit, Sacy, Bible, Évang. St Luc, XXII, 51. Au sortir de la messe et de la station, sans entendre encore parler d'autres affaires, le roi a touché les malades, qui ont été en assez grand nombre pour un lieu comme celui-ci, Pellisson, Lett. hist. t. III, p. 151. Ce que vous avez vu, entendu et touché presque de vos mains, Massillon, Or. fun. Villars. Ces maux [l'épilepsie, les écrouelles] étaient l'effet d'un miracle ; il fallait un miracle pour en guérir ; on faisait des pèlerinages, on se faisait toucher par les prêtres ; cette superstition a fait le tour du monde, Voltaire, Dial. XXIV, 3. Gardez-vous-en bien, répondit la Syrienne ; ce que nous cherchons ne peut être touché que par des femmes, Voltaire, Zadig, 18. Mais d'où vient qu'en ce temple Obéide rendue, En touchant cet autel est tombée éperdue ? Voltaire, Scythes, III, 1.

    Fig. Ne pas toucher de cartes, ne pas toucher les cartes, ne pas jouer aux cartes. Votre madame qui a juré de ne pas toucher des cartes que le roi d'Angleterre n'ait gagné une bataille, ne jouera de longtemps, la pauvre femme, Sévigné, 501.

    Fig. Toucher au doigt, être très voisin. Cela donne une effroyable idée de notre éloignement ; et l'on a besoin de l'espérance qui nous dilate présentement le cœur, et nous fait toucher au doigt le temps où nous serons bientôt ensemble, Sévigné, 456.

    Fig. et familièrement. Faire toucher une chose au doigt et à l'œil, la faire comprendre clairement, en donner des preuves indubitables, telles que celles que fournissent le toucher et la vue.

    Toucher au vif, toucher à l'endroit où une plaie est à vif.

    Fig. J'ai le cœur serré à n'en pouvoir plus, quand je suis dans cette grande chambre où j'ai tant vu ma très chère et très aimable enfant ; il ne me faut guère toucher sur ce sujet pour me toucher au vif, Sévigné, 8 janv. 1674.

  • 2Se mettre en contact avec un objet, de quelque autre façon que ce soit. Toucher du pied. Il le toucha avec son gant, avec son chapeau. La coupe dans ses mains par Narcisse est remplie ; Mais ses lèvres [de Britannicus] à peine en ont touché les bords…, Racine, Brit. v, 5. Je me trouvai poussée, ballottée, pressée, enlevée, mes pieds ne touchaient plus la terre, Genlis, Mém. t. II, p. 65, dans POUGENS.

    Toucher la figue, voy. APPRÊTER, n° 4.

  • 3À l'escrime, toucher, atteindre d'un coup de fleuret, ou d'épée. Il a touché son adversaire.

    Terme de billard. Toucher la bille, la heurter avec la sienne dans le carambolage.

    Absolument. Philibert cadet dans le billard : J'ai touché, monsieur ; je suis sûr que j'ai touché, Picard, Deux Philibert, III, 11.

  • 4Éprouver sur la pierre de touche. Toucher un lingot d'or. Cette pièce d'or est douteuse, elle a été touchée deux ou trois fois.
  • 5 Terme d'imprimerie. Appliquer l'encre sur les formes avec les balles ou avec le rouleau. Toucher la forme également. Toucher en noir, en rouge.
  • 6Frapper sur des animaux pour les faire marcher, les chasser devant soi. Toucher un troupeau. Le postillon toucha ses chevaux, et l'on partit.

    Absolument. Touche, cocher, Corneille, Veuve, III, 9. Il descend du palais, et, trouvant au bas du grand degré un carrosse qu'il prend pour le sien, il se met dedans ; le cocher touche, et croit ramener son maître dans sa maison, La Bruyère, XI.

    Fig. On regarde l'amour comme une hôtellerie Où l'on ne fait qu'un gîte, et puis, touche, cocher, Gherardi, Théât. ital. t. I, p. 310.

    Il se construit aussi avec la préposition sur. Toucher sur les uns et sur les autres.

    Terme de manége. Toucher de la gaule, aider de la gaule, en frapper légèrement sur l'épaule du cheval.

  • 7Jouer de certains instruments de musique qui sont à touches ou à cordes. C'est une faute contre la politesse que de louer immodérément en présence de ceux que vous faites chanter ou toucher un instrument, quelque autre personne qui a ces mêmes talents, La Bruyère, V. Quelque estimé que fût Thémistocle, on crut qu'il manquait quelque chose à son mérite, parce que, après un repas, il ne put, comme les autres, toucher la lyre ; l'ignorance sur ce point passait pour un défaut d'éducation, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 540, dans POUGENS. Le P. Cottin… parlait bien, chantait mieux, avait la voix belle, touchait l'orgue et le clavecin, Rousseau, Conf. v. D'autres touchent la lyre ; à leur tête est Orphée, Delille, Én. VI.

    Fig. On croit toucher des orgues ordinaires en touchant l'homme, ce sont des orgues, à la vérité, mais bizarres, changeantes, variables, Pascal, Pens. XXV, 118, édit. HAVET.

    On dit aussi : Toucher du piano, de l'orgue, etc. On peut l'entendre [la messe] en touchant de l'orgue, Bossuet, Lett. abb. 90.

    Fig. et familièrement. Il ne faut pas toucher cette corde-là, c'est une corde qu'il ne faut pas toucher, cette affaire est délicate, il ne faut pas en parler.

    Fig. Toucher la grosse corde, parler de ce qu'il y a de principal, de décisif.

  • 8Toucher l'aiguille d'un compas (boussole), la frotter sur une pierre d'aimant pour lui donner la vertu magnétique.
  • 9 Terme de marine. Toucher une terre, s'y arrêter accidentellement.

    Toucher le vent, gouverner très près.

  • 10Recevoir, en parlant de sommes d'argent. Six mille francs que je devais toucher à Nantes, Sévigné, 437. Les Phocéens ouvrirent les yeux, et nommèrent des commissaires pour faire rendre compte à tous ceux qui avaient touché les deniers publics, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 43, dans POUGENS. Vos mains ont touché le prix du sang et de l'infortune de mille malheureux, Massillon, Carême, Pâques. J'épouserai Angélique… je toucherai la dot, Lesage, Crispin rival, 3. La Barbarini [une chanteuse] touchait à elle seule plus que trois ministres d'État ensemble, Voltaire, Comm. Œuv. aut. Henr.
  • 11Il se dit du contact d'objets inanimés. Tout ce qui nous touche trop violemment nous blesse, Bossuet, Conn. I, 17. La barque touchait déjà le rivage de l'empire de Pluton, Fénelon, Tél. XVIII. Et je meurs ! de sa froide haleine Le vent funeste m'a touché, Millevoye, Chute des feuilles. Les doux fruits que leur main de l'arbre a détachés, Ou que d'un souffle impur leur haleine a touchés, Delavigne, Paria, I, 1.
  • 12Être contigu. Ma maison touche la sienne. Il y a un champ qui touche celui de mon père ; et ceux qui le cultivent sont exposés aux ardeurs du soleil, Montesquieu, Lett. pers. 13. C'est le voisin dont je vous ai parlé, celui dont l'enclos touche le mien, Al. Duval, Maison à vendre, SC. 14.

    Terme de géométrie. Cette ligne droite touche cette courbe, elle y est tangente.

  • 13 Terme de peinture. Il se dit de l'opération par laquelle le peintre pose et étend les couleurs sur le tableau. Ce peintre a bien touché ces figures. À la manière dont un tableau est touché, on reconnaît le maître qui l'a fait, Bou Tard, Dict. des arts du dessin, Toucher.

    Absolu ment. Le peintre aura été plus sûr de l'effet de son pinceau, aura touché plus fièrement, plus librement, aura moins remanié, tourmenté sa couleur, Diderot, Essai sur la peinture, ch. 2.

  • 14 Fig. Traiter, exprimer, comme fait le peintre avec son pinceau. Ce poëte touche bien les passions. Fig. Parler d'une chose, et, quelquefois, en parler incidemment. J'ai déjà touché ces deux questions [de Dieu et de l'âme humaine] dans le discours français que Je mis en lumière, en l'année 1637, touchant la méthode, Descartes, Médit. Préf. En cinq ou six lignes vous avez compris tout ce que je pouvais ouïr de plus agréable au monde, et, en me promettant la présence de mon maître, votre conversation et votre amitié, vous avez touché tous mes souhaits, Voiture, Lett. 34. Au moins je vais toucher une étrange matière, Molière, Tart. IV, 4. Je me réduisis à ne toucher qu'un petit nombre d'importuns ; et je pris ceux qui s'offrirent d'abord à mon esprit, Molière, Fâch. Préf. Il n'a pas touché les meilleurs moyens de sa cause, La Bruyère, Théophr. XVII. Il [le public] peut regarder avec loisir ce portrait que j'ai fait de lui d'après nature, et, s'il se connaît quelques-uns des défauts que je touche, s'en corriger, La Bruyère, les Caractères. Il y a peu de détails dans cet ouvrage [l'Essai sur les mœurs]… je me suis contenté de toucher en deux mots les faits principaux, Voltaire, Lett. à M***, 1765. Je touche en peu de mots les belles découvertes et les innombrables erreurs de notre René [Descartes], Voltaire, Lett. Formont, décembre 1732.

    Toucher un mot, quelque chose d'un sujet, en dire quelques mots. Philotas n'aura daigné, dans un si long entretien, toucher un seul mot d'une affaire qui. .. Vaugelas, Q. C. 362. Je vous supplie très humblement, quand vous écrirez [à M. Bailleul]… de lui en toucher quelque chose [du payement de la pension de Voiture], et de lui témoigner qu'il vous a fait plaisir, Voiture, Lett. 165 (à M. d'Avaux). Puisque vous voulez que je n'en touche rien, Molière, D. Garc. II, 7. De l'hymen de ma sœur touchez-lui quelque chose, Molière, Tart. I, 4. Je touchai un mot des occupations continuelles et du zèle pour le service du roi, Sévigné, 329. La dame Jacinte aurait mieux aimé que le chanoine eût commencé par faire son testament ; elle lui en toucha même quelques mots, Lesage, Gil Blas, II, 2.

  • 16 Fig. Être sensible, douloureux, offensant. Au moins, avant la mort, dis où le mal te touche, Régnier, Dial. Tu sais comme un soufflet touche un homme de cœur, Corneille, Cid, III, 4. Apprenez qu'il n'est rien qui blesse un noble cœur Comme quand il peut voir qu'on le touche en l'honneur, Molière, l'Ét. I, 10. Malgré la vue de toutes nos misères, qui nous touchent, qui nous tiennent à la gorge, Pascal, Pens. II, 4. La disgrâce de M. de Chartres est publique : il en est plus touché que je ne l'aurais pu croire de sa sainteté, Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 24 oct. 1708. Quelquefois il avait envie d'aller se jeter à son cou, et de lui témoigner combien il était touché de sa faute, Fénelon, Tél. VII.
  • 17Toucher d'un sentiment, d'une passion, exciter ce sentiment, cette passion. Parmi tant d'objets différents, il y en eut un qui me toucha d'un véritable plaisir, Voiture, Lett. 9. …tout ce qu'on voit de gloire temporelle Ne les touche d'aucun désir, Corneille, Imit. II, 6. Vous me dites des choses si extrêmement bonnes sur votre amitié pour moi… qu'en vérité je n'ose entreprendre de vous dire combien j'en suis touchée et de joie, et de tendresse, et de reconnaissance, Sévigné, 24 juill. 1675. Je suis … touchée d'une véritable joie, que vous ayez au moins tiré de vos malheurs… la connaissance de ce que vous êtes, Sévigné, à Bussy, 22 juill. 1685. Les hommes se plaisent généralement dans tout ce qui les touche de quelque passion que ce puisse être ; ils ne donnent pas seulement de l'argent pour se faire toucher de tristesse par la représentation d'une tragédie, ils en donnent aussi à des joueurs de gobelets pour se faire toucher d'admiration, Malebranche, Rech. V, 8. Mais si tant de malheurs vous touchent de pitié, Racine, Théb. I, 3. Si vous êtes touchés de curiosité, exercez-la du moins en un sujet noble, La Bruyère, VIII. Que leur destinée vous touche d'une sainte émulation, Massillon, Avent, Bonh. des justes.

    Absolument. Son courage [de Mlle de Grignan se faisant religieuse] touche d'admiration et de tendresse pour elle, Sévigné, 16 oct. 1680.

  • 18 Fig. Faire impression. J'espérais que l'éclat dont le trône se pare Toucherait vos désirs…, Corneille, Rod. I, 5. Un vertueux remords n'a point touché mon âme, Corneille, Cinna, v, 3. Séparée de la personne du monde qui m'est la plus sensiblement chère, qui touche mon goût, mon inclination, mes entrailles, Sévigné, 28 déc. 1673. Nous sommes touchés de son mérite [de Mme de Guitaut], et c'est une marque du nôtre, Sévigné, à Mme de Guitaut, 18 mai 1680. Elle [Mlle de Fontanges] est si touchée de la grandeur, qu'il faut l'imaginer précisément le contraire de cette petite violette qui se cachait sous l'herbe…, Sévigné, 1er sept. 1680. Cette grandeur que nous admirons de loin touche moins quand on y est né, Bossuet, Mar.-Thér. Il n'y eut qu'une ambition qui fût capable de le toucher [M. de Turenne] : ce fut de mériter l'estime et la bienveillance de son maître, Fléchier, Turenne. Ce reproche vous touche, Racine, Phèdre, I, 3. Le désir de la gloire m'a touché, j'ai cru qu'il était beau de gouverner un peuple par mon éloquence, Fénelon, Dial. des morts anc. Démosthène, Cicéron. Je ne suis touché ni des richesses, ni des délices, Fénelon, Tél. XX. S'il est ordinaire d'être vivement touché des choses rares, pourquoi le sommes-nous si peu de la vertu ? La Bruyère, II.
  • 19 Fig. Émouvoir, attendrir. Ce qui touche mon cœur, ce qui charme mes sens, Corneille, Nicom. IV, 5. Tous trois désavoueront la douleur qui te touche, Corneille, Hor. V, 3. Et ceux que vos rigueurs ne font qu'effaroucher, Peut-être à vos bontés se laisseront toucher, Corneille, Cinna, IV, 4. J'étais touché des fleurs, des doux sons, des beaux jours, La Fontaine, Élégie, IV. Votre procédé me touche assurément, Molière, Éc. des mar. III, 9. Pour moi, j'appris cette nouvelle par l'abbé de Grignan ; je vous avoue qu'elle me toucha droit au cœur, Sévigné, 386. J'ai été sensiblement touchée de cette mort, Sévigné, 118. Elle [une jeune fille] a bien de l'esprit et une envie si immodérée d'apprendre… qu'elle m'en a touché le cœur, Sévigné, 20 mai 1680. Ces émotions d'un jour qu'opèrent-elles ? un dernier endurcissement, parce qu'à force d'être touchés inutilement, on ne se laisse plus toucher d'aucun objet, Bossuet, Mar.-Thér. Dieu ! ne pourrai-je au moins toucher votre pitié ? Racine, Andr. III, 6. Je crains Dieu, dites-vous, sa vérité me touche, Racine, Athal. I, 1. Ce que c'est qu'à propos toucher la passion ! Racine, Plaid. III, 3. Orphée a bien touché, par le récit de ses malheurs, le cœur de ce dieu qu'on dépeint comme inexorable [Pluton], Fénelon, Tél. XVIII. Le Seigneur s'est enfin laissé toucher à vos larmes, Massillon, Avent, Mort du péch. Notre sage fut touché, non pas de la beauté de la dame (il était bien sûr de ne pas sentir une telle faiblesse), mais de l'affliction où il la voyait, Voltaire, Memnon.

    Absolument. Le secret est d'abord de plaire et de toucher, Boileau, Art p. III. L'éloquence n'est que l'art de toucher, d'émouvoir, d'intéresser ; je n'ajoute pas de persuader ; car quiconque touche, persuade, Condillac, Hist. anc. III, 10.

  • 20Il se dit de la grâce divine qui change le cœur. Quand il plaît à Dieu de toucher l'homme par sa miséricorde, Pascal, Prov. XVIII. Il [l'abbé de Coulange] est si touché de Dieu qu'il prend un intérêt particulier aux grâces particulières que l'on reçoit de lui, Sévigné, 11 sept. 1680.

    Dieu l'a touché, il s'est converti. Que nous serions heureux si Dieu vous touchait ! Maintenon, Lett. à M. de Villette [il était protestant], 16 juill. 1684.

  • 21Toucher se dit quelquefois, par atténuation, pour inspirer de l'amour. Néron : La sœur vous touche ici beaucoup moins que le frère ; Et pour Britannicus…, -J, unie : Il a su me toucher, Seigneur ; et je n'ai point prétendu m'en cacher, Racine, Brit. II, 3.
  • 22 Fig. Concerner, regarder. …l'affront me touche, il [Gormas] a perdu d'honneur Celui que de mon fils j'ai fait le gouverneur, Corneille, Cid, II, 7. La question semble plus considérable en ce qu'elle touche la foi, Pascal, Prov. I. Cette manière de priver les gens de leurs bénéfices est une nouveauté de mauvais exemple et qui touche tel qui n'y pense pas, Pascal, ib. XI. Votre santé est un point qui me touche de bien près, Sévigné, 75. Vous ne me sauriez jamais trop parler sur ce qui vous touche, ce sont mes véritables intérêts, Sévigné, 27 nov. 1689. Mes amis m'intéressent, mais mes pauvres me touchent, Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 17 févr. 1716. Et j'ose dire que, sur les ouvrages qui traitent de choses qui les touchent de si près et où il ne s'agit que d'eux-mêmes, ils [les hommes] sont encore extrêmement difficiles à contenter, La Bruyère, Disc. sur Théophraste. Votre réputation m'intéresse, comme je suis persuadé que la mienne vous touche, Voltaire, Lett. Thiriot, 2 janv. 1739.

    Absolument. Chacun en son affaire est son meilleur ami, Et tout autre intérêt ne touche qu'à demi, Corneille, Mél. II, 4.

  • 23Être parent, être de la même famille. Il nous touche de près, il est notre cousin. Il ne le touchait ni de parenté, ni d'alliance, Mézeray, Hist. de France avant Clovis, II, 8. A-t-on jamais rien vu… de plus impertinent et de plus ridicule que d'amasser du bien avec de grands travaux et d'élever une fille avec beaucoup de soin et de tendresse, pour se dépouiller de l'un et de l'autre entre les mains d'un homme qui ne nous touche de rien ? Molière, Am. méd. I, 5. Cette jeune Florestine, que vous nommez votre pupille et qui vous touche de plus près, Beaumarchais, Mère coupable, I, 6.
  • 24 Fig. S'approcher de, en parlant d'une époque vers laquelle on va. Ma fille, c'est donc là ce royal hyménée Dont nous pensions toucher la pompeuse journée, Corneille, Méd. v, 4.
  • 25Toucher le but, y atteindre.

    Fig. Toucher le but, réussir à. Si j'y réussis, j'aurai touché le but que je me propose, Malherbe, Lett. I, 7.

  • 26 V. n. Porter la main sur. Toucher aux vases sacrés. Les enfants touchent à tout. N'y touchez pas.
  • 27Toucher de toute autre façon. Ses pieds touchaient au sol. Et se tient sur ses pieds d'une telle façon, Que ses genoux toujours touchent à son menton, Dancourt, Sancho Pança, II, 3. Par exagération. Il ne touche pas à terre, il court, il danse très légèrement. Le voyez-vous, dit-il, ce conquérant ; avec quelle rapidité il s'élève de l'Occident comme par bonds et ne touche pas à terre ? Bossuet, Louis de Bourbon.

    Fig. Il ne touche pas à terre, il est dans le ravissement. Charme des yeux est à moi ; je l'ai épousée ; je ne touche plus à la terre, je suis dans le ciel, Voltaire, Amabed, 3e lettre.

    Fig. et familièrement. Cet homme ne laisse pas toucher du pied à terre, il ne donne pas le temps de se reconnaître, de respirer.

    Ils ne laissent pas toucher la balle à terre, se dit de bons joueurs de paume.

    Fig. et familièrement. Cette affaire ne touchera pas à terre, elle se fera sans difficulté.

    Terme de vénerie. Toucher au bois, se dit du cerf qui, ayant refait sa tête, la frotte contre les arbres, pour détacher la peau velue qui la recouvre.

  • 28Être en contact, avoir contact. Le peuple… rapportait comme un précieux trésor des linges qu'il avait fait toucher à son visage [de Mélèce évêque d'Antioche, mort au concile de Constantinople], Fléchier, Hist. de Théodose, II, 49. De tous les endroits du royaume on leur demandait des linges qui eussent touché à cette relique, Racine, Hist. de Port-Royal, 1re part. Rentrons, et qu'un sang pur, par mes mains épanché, Lave jusques au marbre où ses pas ont touché, Racine, Athal. II, 8. Saint-Évremond déposa le corps de la duchesse Mazarin à N. D. de Liesse, où les bonnes gens la priaient comme une sainte et y faisaient toucher leurs chapelets, Saint-Simon, 69, 128.
  • 29Toucher dans la main à quelqu'un, mettre sa main dans la sienne, en signe d'amitié, d'accord, d'acquiescement. Ne vous liez point avec ceux qui s'engagent en touchant dans la main, et qui s'offrent à répondre pour ceux qui doivent, Sacy, Bible, Prov. de Salom. XXII, 26. Allons, touchez-lui dans la main, et rendez grâce au ciel de votre bonheur, Molière, Bourg. gent. V, 6. ôtez ce gant ; touchez à monsieur dans la main, Molière, Fem. sav. III, 8. Le bourreau même était chef d'une troupe de brigands [dans les conflits des Armagnacs, au XVe siècle] ; et, comme le crime rend presque égaux ceux qu'il associe, il eut l'insolence de toucher dans la main du duc de Bourgogne, Duclos, Œuv. t. v, p. 56.

    Se toucher dans la main, se dit de deux personnes qui se touchent dans la main l'un à l'autre. Ils se sont touché dans la main. Mais, pour l'amour de moi, touchez-vous dans la main, Hauteroche, le Coch. sc. 18. Nos chiens font amitié, dans la patte on se touche, Lamotte, Fabl. III, 15.

    Touchez là, touchez-moi dans la main. La reine, transportée de joie, me tendit la main, en me disant : touchez là, et vous êtes après demain cardinal, et de plus le second de mes amis, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 366, dans POUGENS.

    Touchez là, il n'en sera rien, se dit, par antiphrase, pour éconduire quelqu'un quand on ne veut pas faire ce qu'il demande. Touchez là, monsieur, ma fille n'est pas pour vous, Molière, Bourg. gent. III, 12.

    Elliptiquement. Touche ; nous n'avons plus sujet de jalousie, Molière, le Dép. I, 4.

  • 30 Terme de marine. Frapper, en passant, de sa quille ou de son flanc sur un banc, sur une roche, sur un écueil, quel qu'il soit. Le vaisseau a touché sur un récif. Les gros navires ne peuvent approcher de la rivière de Cayenne sans toucher ; et les vaisseaux de guerre sont obligés de rester deux ou trois lieues en mer, Buffon, Not. just. Ép. nat. Œuv. t. XIII, p. 301.

    Toucher à un port, y relâcher, en passant et pour un peu de temps. Le navire, en allant en Amérique, touchera à Cadix.

  • 31Atteindre à. Sa tête touchait au plancher. Le vent redouble ses efforts, Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts, La Fontaine, Fabl. I, 22.

    Fig. Ces grands efforts d'esprit où l'âme touche quelquefois, sont chose où elle ne se tient pas, Pascal, Pens. VII, 12.

  • 32Toucher à quelque chose, en prendre, en ôter. Les ayant tués, ils ne voulurent toucher à rien de ce qui avait été à eux, Sacy, Bible, Esther, IX, 10. Puisque vous ne touchez jamais à cet argent, La Fontaine, Fabl. IV, 20. Et ne put au souper toucher à rien du tout, Tant sa douleur de tête était encor cruelle, Molière, Tart. I, 5. Accoutumée à ne manger que du pain ou du fruit à son goûter, elle ne touchait à rien, Genlis, Ad. et Théod. t. I, p. 502, dans POUGENS. Je me contente de mon revenu, auquel je ne touche pas, Picard, Trois quartiers, I, 1.

    Toucher à, faire subir quelque peine. L'âme pénitente osera-t-elle toucher à ce corps si tendre, si chéri et si ménagé ? Bossuet, la Vallière.

    Toucher à une femme, avoir avec elle des privautés. Harpagon : Hé dis-moi un peu, tu n'y as point touché [à une cassette] ? - Valère [croyant qu'on lui parle d'Élise] : Moi, y toucher ! ah ! vous lui faites tort aussi bien qu'à moi, Molière, l'Avare, V, 3.

  • 33 Fig. Toucher à, apporter des modifications, des changements, des restrictions. On a touché aux attributions de cette corporation. Les princes, Sire, ne doivent toucher à la religion que pour la protéger et pour la défendre, Massillon, Petit carême, Écueils. Il ne faut pas plus toucher aux monnaies qu'aux poids et aux autres mesures, Dutot, Réflexions sur le commerce et les finances, I, 5. Molière avait écrit son Avare en prose, pour le mettre ensuite en vers ; mais il parut si bon, que les comédiens voulurent le jouer tel qu'il était, et que personne n'osa depuis y toucher, Voltaire, Dict. phil. Art dramat. Il ne faut jamais toucher au gouvernement établi que lorsqu'il devient incompatible avec le bien public, Rousseau, Contr. soc. III, 18.

    Il y a touché, se dit d'un homme qui a eu part à un ouvrage d'esprit.

  • 34 Fig. S'attaquer à. Leurs plus grands ennemis [des capucins de Bretagne] ne touchent pas à leurs mœurs, Sévigné, 13 juin 1685.
  • 35 Fig. Y toucher, avoir de la malice. Voyez un peu, dirait-on qu'il y touche ? La Fontaine, Gag. Vous faites la discrète, Et vous n'y touchez pas, tant vous semblez doucette, Molière, Tart. I, 1. À ces simplicités qui sortent de sa bouche, à cet air si naïf, croirait-on qu'elle y touche ? Regnard, le Distr. I, 4. [La maréchale de Clérembault] C'était une vieille pleine de traits et de sel, qui coulaient de source, sans faire semblant d'y toucher et sans aucune affectation, Saint-Simon, 104, 110.

    Il n'a pas l'air d'y toucher, on ne dirait pas qu'il y touche, il fait ses coups avec un air simple et ingénu. Et bien qu'elle me mette à deux doigts du trépas, On dirait à la voir qu'elle n'y touche pas, Molière, Éc. des femm. IV, 1. Pour moi, je vais faire semblant de rien ; je suis un fin matois, et l'on ne dirait pas que j'y touche, Molière, Georg. Dand. I, 2.

    Sainte n'y touche, voy. NITOUCHE.

  • 36Être limitrophe. Ils touchaient au pays inaccessible du Caucase, rempli de nations féroces dont on pouvait se servir, Montesquieu, Rom. 7. Le polype enchaîne le végétal à l'animal ; l'écureuil volant unit l'oiseau au quadrupède ; le singe touche au quadrupède et à l'homme, Bonnet, Contempl. nat. II, 10. Je ne connaissais pas l'Auvergne, qui touche à la province que j'habite, Genlis, Mères riv. t. I, p. 362, dans POUGENS.

    Être dans la proximité. Nous touchons presque à l'île d'Ithaque, Fénelon, Tél. IX. Dans cet instant, on touchait aux portes du château, on rentra, Genlis, Veillées du château t. I, p. 417, dans POUGENS.

    Fig. Bajazet touche presque au trône des sultans, Racine, Baj. I, 3. Un rang qui touchait de si près au trône, Hamilton, Gramm. 8. On craignait pour les jours du jeune roi [Louis XV] ; on les aurait crus plus en sûreté entre les mains d'un prince qui n'aurait pas touché à la couronne de si près que le régent, Duclos, Œuv. t. v, p. 338. On croyait toucher au succès, lorsque les navigateurs, opiniâtrément repoussés par les vents contraires…, Raynal, Hist. phil. VIII, 35. Je vois le but [la mort], j'y touche, et j'ai soif de l'atteindre, Chénier M. J. la Promenade. Ainsi, Eudore, tout annonce que nous touchons à une révolution, Chateaubriand, Martyrs, IX.

  • 37Arriver à, en parlant d'un temps, d'une époque dont on approche. Peut-être touchons-nous au moment désiré Qui saura réunir ce qu'on a séparé, Corneille, Sertor. III, 4. Il semble qu'il [le jeune Sévigné] touche à sa guérison, Sévigné, 461. Je finis, ma très aimable et très chère bonne…, dévorant par avance le mois de septembre où nous touchons, Sévigné, 13 juin 1685. Saint Clément d'Alexandrie, maître d'Origène, qui touchait au temps des apôtres, Bossuet, 1re instr. past. 27. Le roi touche à son heure dernière, Racine, Mithr. v, 4. Vous n'aviez pas encore atteint l'âge où je touche, Racine, Phèd. III, 5. Ils touchent à la bienheureuse récompense, Massillon, Carême, Mort. Avant de partir, il [Pierre Ier] voulut voir cette célèbre Mme de Maintenon qu'il savait être veuve en effet de Louis XIV, et qui touchait à sa fin, Voltaire, Russie, II, 8. Le califat touchait à sa fin dans ce XIIIe siècle, tandis que l'empire de Constantin penchait vers la sienne, Voltaire, Mœurs, 59. Nous touchons au moment de n'avoir plus de jésuites ; et ce qui m'étonne, c'est que les herbes poussent comme à l'ordinaire, et que le soleil ne s'obscurcit pas, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 6 avril 1764.
  • 38S'occuper de, avoir pour objet. Je n'ose toucher à son départ [de ma fille] ; il me semble pourtant que tout me quitte, et que le pis qui me puisse arriver, qui est son absence, va bientôt m'achever d'accabler, Sévigné, à Guitaut, 15 août 1679. Il suffit ici qu'un livre touche à certaines matières et qu'il attaque bien ou mal certaines gens, pour être en conséquence hors de prix, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 8 juin 1770. Les triomphes théologiques de Bossuet, quelque prix qu'on y doive attacher, sont la partie de son éloge à laquelle nous devons toucher avec le plus de réserve, D'Alembert, Élog. Boss.
  • 39Avoir de l'intérêt pour. Au beau-père cela ne doit toucher en rien, Scarron, Jodelet, IV, 7.
  • 40Concerner, regarder. Les choses qui touchent à l'honneur. Cela touche à des questions importantes, à de graves intérêts.
  • 41Toucher de naissance à quelqu'un, être lié avec lui par la parenté. Ceux dont elle dépend sont de ma connaissance, Et même à la plupart je touche de naissance, Corneille, Suite du Ment. II, 4.
  • 42Se toucher, v. réfl. Être contigu. Ces deux maisons se touchent. La côte voisine est délicieuse par sa fertilité, par les fruits exquis qu'elle porte, par le nombre de villes et de villages qui se touchent presque, Fénelon, Tél. III. Elle désirait passionnément une alliance entre des héritiers dont les domaines se touchaient, Riccoboni, Œuv. t. v, p. 189, dans POUGENS.

    Fig. C'est l'union des cœurs qui fait leur véritable félicité ; leur attraction ne connaît point la loi des distances, et les nôtres se toucheraient aux deux bouts du monde, Rousseau, Hél. II, 15. Notre séparation sera moins longue, et nos cœurs ne cesseront pas de se toucher, Diderot, Lett. à Mlle Voland, 13 août 1773.

    Terme de géométrie. Ces deux courbes se touchent, elles sont tangentes l'une à l'autre.

  • 43 Fig. Avoir des points de ressemblance. Encore que la vertu, prise en elle-même, soit infiniment éloignée du vice, néanmoins il faut confesser, à la honte de notre nature, que les limites s'en touchent de près dans le penchant de nos affections, Bossuet, Vêture de Mlle de Bouillon, I. Ô que le génie et la folie se touchent de bien près ! Diderot, Opin. des anc. philos. (Théosophes) La Feuillade, colonel de ce régiment, n'aimait pas Catinat, et ne devait pas l'aimer ; car ces deux âmes n'avaient pas un seul point commun par où elles se touchassent, D'Alembert, Œuv. t. IX, p. 182, note 5.

    Les extrêmes se touchent, les choses les plus opposées ont des points de contact. Les Français avaient trouvé l'art de faire toucher les extrêmes : ils réunissaient des vertus et des vices, des traits de faiblesse et de force qui avaient toujours été jugés incompatibles, Raynal, Hist. phil. x, 15.

  • 44Se toucher d'affinité, être alliés. Le mariage n'était point défendu par les lois romaines entre les personnes qui ne se touchaient d'affinité que dans la ligne collatérale, jusqu'à la loi de l'empereur Constance, Pothier, Contrat de mariage, n° 155.
  • 45 Fig. Devenir touché, ému. Sûrs que son cœur pitoyable De leurs maux se touchera, Chaulieu, Épît. au duc de Vendôme.

    PROVERBE

    Il dit cela de la bouche, mais le cœur n'y touche, il ne parle pas sincèrement.

REMARQUE

À toucher, l'Académie écrit : Ils se sont touchés dans la main ; mais, à main, elle écrit : ils se sont touché dans la main. La véritable orthographe est la dernière. Quand il s'agit d'un accord, d'un acquiescement, on ne touche pas quelqu'un dans la main ; on touche à quelqu'un dans la main. Ils se sont touchés dans la main a un autre sens : toucher quelqu'un dans la main, c'est lui faire un attouchement dans la main.

HISTORIQUE

XIe s. Deus le guarit [guarantit] qu'el cors [l'épieu] ne l'ad tuchet, Ch. de Rol. CI.

XIIe s. Pharao li reis de Egypte vint à ost à Gazer, si la prist, tuchad le feu, si l'arst e ocist les Chananeus, Rois, 269. Je vuel que tu le me plevisses… Et que tu ne me tocheras, Ne vers moi ne t'approcheras, Tant que tu me verras monté, la Charrette, 827. E od [avec] ses ordes mains prist les sainz vesseaux e les tochoit ordement, Machab. II, 5. Sire, enclin tes ciels e descent ; toche les monz, e il fumerunt, Liber. psalm. p. 222. Ne voilez [veuillez] tucher les miens crist, e es miens prophetes ne voilez maligner, ib. p. 155.

XIIIe s. Un lonc cor qu'il avoit lié à son col, a mis à sa bouche, Si fort et si très bien le touche, Et commence à corner si haut, Que retentir en fait le gaut [bois], Ren. 16190. Renart remaint, Tybert s'en touche [s'en échappe], Si li escrie à plaine bouche : Renart, Renart, vos remanez, Et je m'en vais touz delivrez, ib. 2061. Moult grant douçor au cuer me touche, la Rose, 1015. Et des biens qui poent venir au bailli d'avoir les connissances dessus dites, toucerons nous briement, Beaumanoir, I, 9. Soit par reson d'eritage, soit de muebles, soit de querele qui touce à la persone, Beaumanoir, II, 1. Quant ceulx à cheval virent que en les bleçoit par devers nous, ceulz à cheval toucherent à la fuie [fuite], Joinville, 233. Et n'osoient les hommes toucher aux femmes en nulle maniere, pour la loy que leur premier roy leur avoit donnée, Joinville, 264. Entrues [cependant] li pape s'acouca [se mit au lit] D'un mal qui al cuer [cœur] li toca, Ph. Mouskes, mss. p. 61, dans LACURNE. Et fu si saine [une femme guérie] que il sembloit que ele ne touchast à terre, Miracles St Loys, p. 164.

XIVe s. Se croire me voliés, par le mien serement, Puis qu'il n'en touche à vous, n'en parleriés noient, Baud. de Seb. VIII, 870. [L'Amour] Si li pierce le cuer [cœur] dou ventre D'une sajette… Et puis le touce de la flamme Dont son cœur esprent et enflamme Pour l'amour à une pucielle, Jean de Condé, p. 106.

XVe s. Ce dommage nous touche de si près, que en nous n'a point de recouvrer, Froissart, II, II, 202. Le roi y dina petit, car autre chose lui touchoit que boire et manger, Froissart, I, I, 167. Proppre mal touche de plus près que d'aultruy, Chastelain, Chron. des ducs de Bourg. I, 64. On dit : celle femme n'y touche ; Se vous la voyez quand elle rit, Vous diriés : vela ung enfant, Coquillart, Monol. du puits. Lequel envoya incontinent deffendre aux Hostrelins de leur toucher, Commines, II, 5. Tous les seigneurs d'Allemaigne y estoient [à la guerre] à leurs despens, comme il est de coustume quant il touche le fait de l'empire, Commines, IV, 3. Le roy partoit avant jour, et ne sceut oncques qu'ily eust guide, et touchoit jusques à midy, là où il repaissoit, Commines, VIII, 7. Si oncques bouche d'omme toucha à la moye [mienne], Les 15 joyes du mariage, p. 71.

XVIe s. Ce qui vous touche lui touche, et ceulx qui sont contre vous sont contre luy, Marguerite de Navarre, Lett. 165. Nostre nef fut mise en rade honnestement, sans toucher ; mais le Sacre toucha, Journ. Voy. Parmentier, dans JAL. Touché au vif de cette derniere secousse, Montaigne, I, 6. Il touche [appartient] aux moindres de se trouver les premiers à l'assignation, Montaigne, I, 51. À ce dernier traict se doibvent toucher et esprouver les autres actions de nostre vie, Montaigne, I, 67. Cette isle touchoit quasi l'Espagne, Montaigne, I, 232. À qui touche l'honneur de tant de victoires, à Guesquin, à Glesquin, ou à Gueaquin [celui que nous nommons du Guesclin] ? Montaigne, I, 348. Avoir l'ame touchée de repentance, Montaigne, I, 405. Les philosophes n'ont gueres touché cette chorde, Montaigne, II, 302. Ceulx qui me touchent [les miens], Montaigne, IV, 96. Ceia dit, chacun se toucha en la main pour confirmation, Lanoue, 565. Les reitres s'attendoyent de toucher pour le moins cent mille escus, Lanoue, 625. Ilz [les Gaulois] demourerent quelque temps en doulte d'en approcher et de leur toucher [aux sénateurs romains], craignans que ce ne feussent des dieux, Amyot, Cam. 40. Ceulx à qui le sort touchoit, venoient à estre du corps de la cour d'Areopage, Amyot, Péric. 7. Les passions sont comme des tons et sons de l'ame, qui veulent estre touchez et sonnez de main de bon maistre, Amyot, ib. 33. Et touchant ses bœufs, s'en alla vers la ville, Amyot, Marius, 64. Vos gens sont meusniers, mon cousin. - C'est pour toucher vos asnes, madame, D'Aubigné, Hist. I, 140. Les Espagnols, aians frapé en la riviere de Shenem avec quatre navires, bruslerent le plus avancé qui avoit touché, D'Aubigné, ib. III, 201. En ees jourslà quatorze capitaines toucherent en la main pour essayer la reprise des Tourelles, D'Aubigné, Mémoires, p. 11. Le prince lui voulut toucher à la main [l'atteindre], et au commencement de juillet passa au soir deux rivieres, D'Aubigné, ib. III, 526. Faisoit de l'esbahi, comme s'il n'y eust jamais touché, Nuits de Straparole, t. I, p. 38. On touche toujours sur le cheval qui tire, Cotgrave

ÉTYMOLOGIE

Bourguig. tôchai, frapper ; Berry, touche-aux-nues, homme de petite taille ; prov. tocar, tochar, toquar ; espagn. et portug. tocar ; ital. toccare ; d'après Diez, de l'anc. haut-allem. zuchôn, tirer, arracher. Ce qui rend cette étymologie très probable, c'est que se toucher a signifié s'échapper, se tirer (voy. l'historique), ce qui serait inexplicable si toucher représentait un radical analogue à tac du latin tac-tus.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. TOUCHER. Ajoutez :
46 Terme de procédure. Atteindre. Elle [la Cour] a déclaré valablement excusés MM… qui justifient de leur état de maladie. MM… qui n'ont pas été touchés par la notification, Gaz. des Trib. 16-17 nov. 1874, p. 1103, 3e col. Que nulle demande en livraison n'ayant touché la compagnie du chef de M…, destinataire, celle-ci ne peut être constituée en faute par le seul fait d'avoir conservé ultérieurement la marchandise dans ses magasins, ib. 12 déc. 1874, p. 1190, 4e col. Considérant que… il n'apparaît pas que B…, avant son décès survenu à la date du 27 du même mois, ait été touché d'aucune mise en demeure, ib. 13 janv. 1875, p. 38, 2e col.